Les cadres de la santé s’opposent à l’interdiction des signes religieux

Marlene Figueroa ne quittera pas son travail si la Charte était adoptée. Pas plus qu’elle ne retirera son voile.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Marlene Figueroa ne quittera pas son travail si la Charte était adoptée. Pas plus qu’elle ne retirera son voile.

Quand la préposée aux bénéficiaires Marlene Figueroa a appris mardi que les patrons du réseau de la santé ne souhaitaient pas la forcer à retirer son voile, le poids qu’elle portait depuis quelques semaines s’est allégé. Les signes religieux ostentatoires ne posent problème dans aucun établissement de santé, mais la Charte des valeurs risque d’en créer, ont en effet averti les dirigeants du réseau de la santé.

La directrice générale de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), Diane Lavallée, demande même à Québec d’exempter les 230 000 travailleurs de la santé, comme Mme Figueroa, de cet article de la Charte des valeurs québécoises.

« Nous craignons que l’interdiction de port de signes religieux ostentatoires n’entraîne des difficultés de recrutement et de rétention du personnel, en plus de créer des tensions malsaines là où il n’y en avait aucune », a affirmé Mme Lavallée en conférence de presse.

Hébert doute

L’AQESSS a sondé les cadres de ses 125 établissements de santé sur la Charte entre le 19 et le 25 septembre dernier. Les résultats sont sans équivoque : 100 % des établissements affirment ne rencontrer aucun problème avec le port de signes religieux. Ils n’ont reçu aucune plainte en ce sens dans les deux dernières années. Pourtant, près de la moitié des établissements comptent, parmi leur personnel, des personnes qui portent de tels signes. De plus, 97 % des établissements affirment que ces signes ne posent aucune difficulté dans les relations avec la clientèle.

L’AQESSS approuve toutefois la proposition de Québec pour encadrer les accommodements religieux. Même si un seul établissement dit avoir éprouvé « des problèmes significatifs » concernant ceux-ci, la moitié est favorable à la proposition de Bernard Drainville.

Mais à Québec, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, met en doute la validité des conclusions de l’AQESSS, qui a demandé à ses membres s’ils rencontraient des « problèmes significatifs » avec les accommodements ou les signes religieux. « Je suis un peu étonné que l’AQESSS affirme qu’il n’y a aucun problème parce que j’entends parler de problèmes ; des associations et des syndicats affirment que ça existe », a-t-il d’abord répondu aux journalistes. « Tout est dans l’interprétation du mot « significatif » », a-t-il ensuite laissé tomber.

Pour Bernard Drainville, le droit de retrait prévu à la Charte ne doit pas être « utilisé pour sortir systématiquement de la neutralité religieuse. On prend acte de la déclaration de l’AQESSS et ce sera inclus dans nos réflexions en vue du dépôt du projet de loi », a-t-il déclaré avant la période des questions.

Derrière leurs travailleurs

« Nous avons des infirmières et des médecins qui n’ont aucune ombre à leur dossier. On ne voudrait pas leur imposer des sanctions disciplinaires sous prétexte qu’ils portent des signes religieux. On ne voudrait jamais en arriver là », a déclaré Diane Lavallée mardi.

Elle souligne que le recrutement demande un effort constant qu’il ne faut pas torpiller pour « régler un problème qui n’existe pas ». « Malheureusement, le débat [sur la Charte] a entraîné dans le réseau des tensions qui n’existaient pas auparavant », déplore-t-elle.

La préposée aux bénéficiaires Marlene Figueroa, qui travaille dans un CHSLD de Montréal, partage entièrement la lecture de l’AQESSS. « Je n’ai jamais senti que mon voile dérangeait », dit-elle.

Femme de caractère, elle ne quitterait pas son travail si la Charte était adoptée. Pas plus qu’elle ne retirerait son voile. « Je resterais jusqu’à ce qu’on me mette à la porte », lance-t-elle.

L’appui de l’AQESSS lui enlève tout un poids. « Je fais confiance aux Québécois », dit-elle à la lumière de l’empathie et de l’appui qu’on lui a manifestés au cours des dernières semaines, même si à une occasion elle a dû essuyer des insultes alors qu’elle magasinait dans une grande surface avec ses deux filles.

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32 commentaires
  • Michel Bouchard - Inscrit 2 octobre 2013 00 h 45

    Merci quand même !

    Merci quand même Marlene Figueroa mais si la majorité décide, de dire oui à une charte, vous devez vous y conformez. C'est ça la démocratie !

    • Chantale Desjardins - Abonnée 2 octobre 2013 08 h 20

      Quand on a visionné le reportage de vendredi dernier à radio-canada, on change d'idée et on comprend mieux les signes extérieurs. Les hôpitaux ne peuvent se soustraire à la loi. L'enquête de l' AQESSS est douteuse.
      Pour pratiquer sa religion, il n'est pas nécessaire de porter des signes extérieures. La Charte devrait aussi prôner le suppression des religions qui sont la cause de trouble dans le monde...

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 2 octobre 2013 10 h 05

      Mme Desjardins. Douteux sondage effectivement.

      Si l’Association compte près de 230 000 travailleurs de la santé, seuls «les présidents de conseils d'administration et des directeurs généraux d'établissements de même qu'auprès des directeurs des ressources humaines [ont été invités] à répondre au sondage avec les médecins directeurs des services professionnels, entre le 19 et le 25 septembre dernier. En tout, 74 établissements sur 125 ont répondu au sondage, soit quelque 60 %».
      http://www.aqesss.qc.ca/1777/Communiques_de_presse

      Les présidents et directeurs des 74 sur 125 établissements qui ont répondu au sondage ne représentent pas tous les travailleurs de la santé. Ils ne représentent qu’eux-mêmes.

    • Robert Dufresne - Inscrit 2 octobre 2013 10 h 10

      C'est pour des déclarations comme celle-ci qu'il esiste une charte des droits, afin de protéger les minoritées et leur permettre d'exercer leurs droits malgré le refus de la majorité de les respecter.

  • Gaetane Derome - Abonnée 2 octobre 2013 00 h 55

    C'est 74 etablissements qui ont repondu au sondage.

    J'ai ete voir la consultation,disponible sur le site de l'AQESSS et c'est 74 etablissements sur 125 qui ont repondu au sondage.Donc,60% et on ne peut donc affirmer que 100% des etablissements sont d'accord avec la position de l'AQESSS...
    Par ailleurs,meme si certains DRH rapportent dans ce sondage certains desagrements survenus a cause des signes religieux(3%),ceux-ci mentionnent qu'ils n'ont pas eue de plainte formelle.Mais on sait bien que les gens(surtout les patients) n'aiment pas se plaindre par ecrit et bien souvent,comme pour les gens ages,ne connaissent meme pas le processus!
    http://www.aqesss.qc.ca/docs/Sondage_fiche_synthes

    • Yvan Dutil - Inscrit 2 octobre 2013 07 h 00

      Il faudrait savoir quels sont ces désagréments. Moi, on m'a dit que c'était des problèmes de contaminations dus au non respect des règles d'isolement.

  • Matthieu Jean - Inscrit 2 octobre 2013 01 h 30

    Sondage indépendant!

    "L’AQESSS a sondé les cadres de ses 125 établissements de santé sur la Charte entre le 19 et le 25 septembre dernier." sic

    Madame Lavallée, qui ne veut pas avoir à gérer les vagues qui se pointent, fait tout ce qu'il faut pour impressionner le ministre de la santé. Mais il semble que ça ne marche pas tout à fait selon son plan de faire exempter 230,000 travailleuses de l'État.

    J'espère que Bernard Drainville ne prendra pas acte de la déclaration de l’AQESSS
    sans avoir sous les yeux le rapport d'un sondage indépendant.

    Quant à cette dame, Marlene Figueroa, qui déclare: « Je n’ai jamais senti que mon voile dérangeait », elle devrait avoir senti quelque chose lorsqu'elle a eu à essuyer des insultes alors qu’elle magasinait dans une grande surface avec ses deux filles -ce qui est, de la part de tels agresseurs, absolument déplorable-.
    C'est tout de même contradictoire, non? Comment cette préposée aux bénéficiaires peut-elle arriver à nier les faits?

  • Minona Léveillé - Inscrite 2 octobre 2013 06 h 53

    Hygiène et sécurité

    Tout les types de voiles seront-ils acceptés, même les plus longs? Que fait-on des manches longues, qui accompagnent systématiquement le voile, et peuvent entrer en contact avec des surfaces souillées et ainsi véhiculer des agents infectieux? Oublie-t-on que des bactéries comme la Clostridium difficile, survivent très longtemps hors du corps humain sous forme de spores qui peuvent se loger dans n'importe quelle surface?

    De plus, est-ce que les membres voilées du personnel qui travaillent en salle d'opération seront tenus de changer de voile comme ils doivent retirer leur casaque, leurs gants et leur masque une fois l'opération terminée?

    La sécurité des patients devrait passer avant le droit du personnel d'afficher leurs croyances religieuses.

    • Robert Dufresne - Inscrit 2 octobre 2013 10 h 44

      Et que fait-on avec les uniformes à manche longue du personnel infirmier de "souche" ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 octobre 2013 11 h 11

      Monsieur Dufresne,
      Pourquoi racialisez-vous le débat?

    • Baruch Laffert - Inscrit 2 octobre 2013 11 h 14

      À chaque fois que les tribunaux avaient à décider entre le droit de porter un vêtement religieux et la santé/sécurité des gens, c'est la santé/sécurité qui l'a emporté. Les chirurgiennes voilé vont s'habiller de façon à respecter le code vestimentaire, ne vous inquiétez pas.

    • Minona Léveillé - Inscrite 2 octobre 2013 12 h 37

      @Robert Dufresne

      En ce qui me concerne, tout membre du personnel doit porter des manches courtes, sauf en salle d'opération, où sa tenue de base du doit être recouverte d'une casaque à manches longues.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 2 octobre 2013 07 h 26

    Les patients

    Le personnel doit respecter les patients et s abstenir de porter des signes religieux . C est cela la priorité.

    • Baruch Laffert - Inscrit 2 octobre 2013 11 h 17

      Selon mon expérience, les seuls patients qui s'offusquent de voir des signes religieux (non chrétiens) sont ceux qui ne veulent pas recevoir des soins de la part des autres "races" ou ceux qui s'exprime moins bien en français. En autre mots, l'intolérance face aux religions différentes est lié à l'intolérance envers les minorités visibles.