Les commissions scolaires déclarent la guerre

Le gouvernement Marois forcera les commissions scolaires à baisser leurs taxes de 100 millions au cours des deux prochaines années. Or, les commissions scolaires entendent s’opposer farouchement à ce qu’elles considèrent comme de nouvelles compressions, quitte à défier la loi.

 

C’est sur un pied de guerre que sont repartis les représentants des commissions scolaires de leur rencontre avec la première ministre, Pauline Marois, et la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Marie Malavoy.

 

Au terme de la rencontre qui a duré environ une heure et demie en fin de journée mardi, Marie Malavoy parlait d’une « entente » avec les commissions scolaires. Mais en fait, le gouvernement Marois leur a présenté sa solution, concoctée par le secrétaire général du Conseil exécutif, Jean St-Gelais.

 

Les commissions scolaires devront diminuer leurs taxes de 50 millions en 2014-2015 et du même montant en 2015-2016. La ministre - la première ministre ne s’est pas adressée aux journalistes après la rencontre - a aussi annoncé la mise sur pied d’un comité d’experts pour revoir de fond en comble, d’ici quelques mois, la gestion, l’administration, le financement ainsi que la gouvernance des commissions scolaires. Le groupe d’experts aura également pour tâche de trouver « les marges de manoeuvre pour absorber cette diminution de 100 millions des taxes scolaires », a dit la ministre.

 

« Il faut se rendre à l’évidence : le système de financement des commissions scolaires est rendu à la fin de sa vie utile, a déclaré Marie Malavoy. On convient qu’on ne peut pas aller plus loin simplement avec les moyens habituels. […] Il faut prendre un moyen additionnel nouveau. » Et pour ça, « il faut un regard externe ».

 

Défier la loi

 

La ministre a indiqué que le gouvernement pourra aller de l’avant sans présenter un nouveau projet de loi. Mais comme il s’agit de baisses de taxes décrétées pour les deux prochaines années, il faut en déduire qu’elles seront comprises dans le prochain budget et dans le projet de loi qui devra être présenté pour le mettre en oeuvre.

 

C’est une véritable déclaration de guerre qu’a faite la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard, au terme de la rencontre. « On pourrait défier la loi, a-t-elle signalé. Si on décide qu’on ne les fera pas, les coupes, on ne les fera pas, les coupes. »

 

« Je pourrais donner mes clés à Mme Marois. Je pense que les présidents [des commissions scolaires] vont être heureux de le faire : si vous êtes meilleurs que nous, venez les faire. »

 

Toute compression additionnelle affectera les services aux élèves, a soutenu Josée Bouchard. « Non, on ne sabrera pas les services aux élèves pour faire plaisir à un parti qui veut gagner la prochaine élection. »

 

La présidente de la FCSQ a lancé un appel à « toutes les personnes, à tous les groupes » qui ont à coeur l’école publique pour qu’ils se mobilisent « contre le saccage que s’apprête à faire le gouvernement dans le réseau scolaire québécois ».

 

Même son de cloche du côté de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ). Son président David C. Daoust a indiqué que l’association va tenir tête au gouvernement. « On est déjà en guerre », a-t-il déclaré.

8 commentaires
  • Martin Simard - Inscrit 2 octobre 2013 07 h 26

    Des peanuts... et une proposition.

    50 millions $ sur un budget annuel de plus de 4 milliards $... On parle ici d'un effort de 1,25 %. D'un côté, le gouvernement veux nous faire croire qu'il serre la visse au maximum (!), et de l'autre côté, les commissions scolaires nous préviennent qu'elles pourraient partir en guerre et déchirer leurs chemises pour si peu. On nous prend pour des cons ou quoi? Pathétique....

    C'est 400 millions (10 %) que le gouvernement aurait dû imposer, et ce, en commençant par éliminer les commissaires scolaires. En effet, le taux de participation aux élections scolaires est tellement faible qu'on ne peut plus payer ces élus qui ne représentent personne et qui, pourtant, détiennent un pouvoir réel, notamment de taxation.

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 octobre 2013 11 h 00

      Sans commissions scolaires, qui va gérer les écoles? Qui va embaucher puis payer les profs? Qui va organiser le transport scolaire? Qui va distribuer les spécialistes? Qui va décider si on doit fermer ou agrandir une école?

      Si vous croyez que les directeurs auront le temps de faire cela... Il faudra adjoindre à chacun d'entre eux et elles une équipe d'administrateurs... (Mais qui va nommer ces directeurs?) À moins que tout soit dirigé du ministère de l'Éducation. Que choisissez-vous?

  • Martin Richard - Inscrit 2 octobre 2013 08 h 55

    Aucun problème

    Comme tous leur enfants fréquentent l’école privée, le PQ n’a rien n’a secoué des commissions scolaires et des enfants itou. En 1995, au même moment où Gilles Vigneault poétisait lors du lancement de la campagne référendaire, on coupait le lait dans les écoles. « Un Québec fou de ses enfants » est l’un des slogans les plus hypocrites pondus ces dernières décennies.

    Martin Richard
    Mtl

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 octobre 2013 11 h 05

      Pourquoi limiter vos attaques au PQ? Pensez-vous vraiment que les enfants de MM. Couillard et Legault vont au public?

  • Jean Richard - Abonné 2 octobre 2013 09 h 01

    Remise en question, oui mais...

    Que les commissions scolaires soient remises en question, ce n'est pas une mauvaise chose en soi. Il y a tout même deux raisons de s'inquiéter.

    La disparition des commissions scolaires signifierait-elle que la gestion des écoles serait confiée au ministère de l'éducation ? Dans ce cas, des écoles montréalaises dirigées de Québec, qu'elles soient anglophones ou francophones, ça fait peur.

    Ensuite, les prochaines élections pourraient reconduire le PQ minoritaire au pouvoir ou, ni mieux ni pire, ramener les libéraux. Dans un cas comme dans l'autre, on a affaire à des politiciens qui aiment bien gouverner vers la droite. Qui dit à droite dit moins de gouvernance publique – et pourquoi pas des écoles en PPP... La recette est simple : on coupe dans l'école publique et cette dernière devient de moins en moins attrayante. Et comme on va continuer à subventionner l'école privée, elle pourrait devenir de plus en plus accessible – à la classe moyenne bien sûr.

    Ville d'accueil des gens défavorisés, Montréal a tendance à avoir le cœur un peu plus à gauche que le reste du Québec. Malgré tout, confronté avec des écoles publiques sous-alimentées et dirigées de Québec, les inconditionnels de l'école publique pourraient contourner leurs principes, s'ils en ont les moyens, pour ne pas sacrifier une génération d'enfants. C'est déjà commencé et ça n'ira qu'en augmentant.

  • Pierre Jacques - Abonné 2 octobre 2013 09 h 49

    Des pistes !

    Pourquoi ne pas commencer par couper la participation de l'état au financement de l'école privée comme on l'a fait en Ontario il y a longtemps ! On pourrait également confier la gestion matérielle des établissements scolaires aux MRC régionales et laisser la pédagogie au Ministère et à des conseils d'établissements regroupés.
    Pour avoir siégier sur les comités d'école puis sur les conseils d'établissement de mes enfants,j'ai pu constater l'infime marge de manœuvre budgétaire des directeurs! Nous passions des heures à discuter de l'achat d'un petit tapis pour la salle de musique ! Trésor loin de l'achat de tableaux blancs .....

  • François Dandurand - Inscrit 2 octobre 2013 13 h 17

    Bravo!

    Pour une fois que les commissions scolaires tiennent tête au Gouvernement et se tiennent debout! Qu'en est-il de la situation des CEGEP? Pourquoi ne prenons-nous pas une vue d'ensemble de notre système d'Éducation? Les économies sont dans la fusion des commissions scolaires et des cegep. Arrêtons d'être unique avec notre réseau collégial qui pourrait très bien être intégré aux commissions scolaires et nous aurions d'importantes économies sans compter les passerelles entre les divers paliers d'Éducation (formation professionnelle, formation technique, fornation générale et formation pré-universitaire).
    Mesdames et messieurs les commissaires vous êtes élus (ce n'est pas votre faute si les Québécois ne s'occupent pas de leurs affaires et ne vont pas voter). Vous êtes aussi légitimes que certains maires et conseillers municipaux et même davantage que ceux qui sont élus par acclamation. Tenez-vous contre ce gouvernement qui parle des deux cotés de la bouche en même temps: Rationalisation des budgets et Qualité de l'éducation. Il s'agit de connaître le milieu scolaire pour voir jusqu'à quel point TOUS LES EMPLOYÉS y compris ceux des centres administratifs sont exténués et épuisés par un ministère de l'éducation hautain et irrespectueux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 octobre 2013 15 h 15

      Fusionner les secondaires et les cégeps aurait quelques conséquences:

      l'application de la loi 101 aux cégeps;
      fin des transferts fédéraux pour l'éducation post-secondaire pour les cégeps;
      fin des prêts et bourses pour les étudiants du collégial;
      nécessité de créer de nombreux nouveaux cégeps, qui ne sont que 48, alors qu'il y a 72 commissions scolaires et que le territoire d'au moins une commission scolaire compte plus d'un cégep;
      baisse de la valeur des diplômes collégiaux professionnels, qui ne seront plus considérés que comme des diplômes d'études secondaires.