Commission Charbonneau – Pereira rapporte des propos liant la FTQ Construction aux Hells

Ken Pereira a subtilisé les factures extravagantes de Jocelyn Dupuis pour le faire expulser de la FTQ-Construction (FTQ-C).
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ken Pereira a subtilisé les factures extravagantes de Jocelyn Dupuis pour le faire expulser de la FTQ-Construction (FTQ-C).

Ken Pereira, celui qui a dénoncé les comptes de dépenses de l'ancien directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis, affirme s'être fait dire que les Hell's Angels faisaient partie de la FTQ-Construction et étaient de leur bord.

Devant la Commission Charbonneau, mardi, l'ancien directeur de la section locale des mécaniciens industriels de la FTQ-Construction a dit tenir cette confidence de Guy Dufour, représentant syndical des métiers de la truelle à la FTQ-Construction. «Guy Dufour m'explique: regarde Ken, les Hell's Angels sont avec nous autres, les Hell's sont partie de la FTQ (Construction)», a rapporté M. Pereira.

L'ancien syndicaliste a aussi laissé entendre que l'ancien directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, avait des liens avec le crime organisé, tant les motards criminels que la mafia.

Selon lui, Normand Casper Ouimet, un membre des Hell's Angels, était ami de Jocelyn Dupuis. Il l'a vu entrer dans son bureau «deux, trois fois».

«Tout le monde savait à la FTQ que Jocelyn Dupuis était partie ou voulait ou était "hangaround" ou était partie d'une gang ou il aimait se démontrer que sa famille, c'était la FTQ, mais il en avait une autre», a avancé M. Pereira.

Quand le procureur de la commission, Me Simon Tremblay, lui a demandé quelle était son autre famille, M. Pereira n'a manifesté aucune hésitation. «La famille des Hell's ou la famille de la mafia. Je pense qu'il les avait les deux amis.»

Expulsion de Dupuis

Plus tôt dans la journée, Ken Pereira a explique avoir subtilisé les factures extravagantes de Jocelyn Dupuis pour faire expulser de la FTQ-Construction (FTQ-C) ce syndicaliste mû par la poursuite de ses propres intérêts.

En juillet 2008, M. Pereira s'est emparé de six mois de factures de Jocelyn Dupuis, qui a réclamé le remboursement de 125 000 $ en frais de représentation. Dans un seul restaurant, le Cavalli, M. Dupuis aurait dépensé 30 000 $ en un mois.

Ken Pereira était convaincu d'avoir trouvé «le jackpot». «Ma conclusion? C'étaient des fausses factures», a-t-il dit mardi à la commission Charbonneau.

Plutôt que de se ruer vers la police ou les journalistes, il a exigé une rencontre avec le président de la FTQ, Michel Arsenault. «C'est d'une importance capitale que ça reste à l'interne», a-t-il expliqué. Mon but c'était de montrer que les dirigeants de la FTQ-Construction ne travaillaient plus pour les travailleurs.»

L'ancien délégué syndical des mécaniciens industriels ne faisait pas confiance à l'exécutif de la FTQ-Construction pour régler ce problème.

Après tout, les réclamations de Jocelyn Dupuis avaient été approuvées par l'exécutif. Ses dirigeants étaient aveugles, pour ne pas dire complices des irrégularités dans l'esprit de M. Pereira. «Il y a beaucoup plus une complicité qu'une omerta», résume-t-il.

Durant l'entretien en privé, Michel Arsenault avait l'air estomaqué. Jocelyn Dupuis avait réclamé davantage en six mois que le président de la centrale ne le faisait en deux ans. M. Arsenault lui demandé de converser les factures originales, ce que M. Pereira a refusé. Il lui a promis une réponse dans un délai de 24 heures.

Jocelyn Dupuis a dû quitter son poste de directeur général de la FTQ-C à la suite de ce scandale. Des accusations de fraude ont même été portées contre lui.

Ken Pereira se défend d'avoir agi par vengeance. «Je voyais que Jocelyn Dupuis était très loin d'où il avait commencé. Les bottines, il les a laissées dans le nord, à Havre-Saint-Pierre. Il nous a oubliés complètement, résume-t-il. Il fait peur, il intimide. Il se comporte comme si la FTQ-C lui appartient.»

De nombreux délégués syndicaux se plaignaient à Ken Pereira du train de vie de Jocelyn Dupuis. «On me dit que Jocelyn Dupuis exagère. Tout le monde qui porte un peu d'attention sait immédiatement qu'il vit au-dessus de ses moyens, dit-il.

Aux danseuses

Ken Pereira a été recruté par Jocelyn Dupuis pour relancer le local 1981, formé des mécaniciens industriels, en 2006. Son embauche a été finalisée lors d'une rencontre à l'Onyx, propriété de Tony Accurso, où le président de la FTQ-C, Jean Lavallée, et les autres membres de l'exécutif l'ont reçu. Jocelyn Dupuis référait au restaurant de l'entrepreneur aujourd'hui accusé de fraude comme «le bunker» de la FTQ-C.

M. Dupuis était également un habitué du club de danseuses 10-35, à Chambly. Lors d'un congrès, le directeur général de la centrale a payé la traite à ses hommes. «Ils ont barré le club pour nous», se souvient Ken Pereira. Jocelyn Dupuis lui aurait dit que tout était à sa portée, gratuitement. L'alcool, les filles...

Au début de son association avec la FTQ-C, Ken Pereira s'est montré «très agressif» dans le maraudage sur les chantiers, afin de convaincre les membres de son ancien syndicat, le Conseil provincial international, d'adhérer à la FTQ-C.

Avec le recul, il estime avoir été manipulé par Jocelyn Dupuis. Il accuse celui-ci d'avoir relancé quatre locaux seulement pour obtenir plus de 50 % de la représentativité syndicale dans l'industrie et imposer ses vues dans les négociations collectives.

«Quand je suis rentré à la FTQ-Construction, on m'a promis mer et monde. Je me suis heurté à homme qui contrôlait [la centrale] de a à z», a déploré M. Pereira.

Après avoir essuyé un échec, M. Dupuis s'est désintéressé des luttes syndicales menées par Ken Pereira. Il lui a conseillé de s'attaquer aux chantiers et aux entreprises de taille modeste, et de laisser les gros joueurs tels que Gastier et Ganotech entre les mains de l'International.

Ken Pereira et ses hommes ont payé le prix de cette lutte entre les deux syndicats. Ils ont été barrés des chantiers contrôlés par l'International.

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9 commentaires
  • Richard Laroche - Inscrit 1 octobre 2013 13 h 04

    Le problème général de la gouvernance

    Qu'il s'agisse de l'État Québécois, d'une corporation, d'un syndicat ou de toute autre forme de regroupement de personnes, tous les problèmes des personnes morales surviennent à cause de l'asymétrie d'information interne. Il s'agit d'un problème principal-agent.

    C'est à cause du coût élevé de l'information dans nos organisations traditionnelles qu'on aboutit si souvent à ce résultat. Toutes nos organisations sociales sont construites sur des modes de communication et sur des processus de prise de décision archaïques. L'informatisation des communications et des processus de prise de décision en est à ses balbutiements.

    Par exemple, il faut assister à de nombreuses réunions et discuter avec beaucoup de gens pour être mis au courant des enjeux du groupe. Il faut également participer à de longs débats verbaux et consacrer des efforts dans des assemblées pour pouvoir faire progresser ses idées.

    Dans le cas présent, l'exécutif a abusé des cotisations des membres. Par exemple, pour un membre cotisant ordinaire, le coût pour pouvoir savoir ce qui se passait au 10-35 aurait été de surmonter l'intimidation, de consacrer du temps à convaincre un témoin de divulguer l'information. Ensuite il aurait fallu supporter le coût de diffuser l'information et de la faire valoir en assemblée, tout en supportant d'autres possibles intimidations.

    Quand on regarde la relation entre un citoyen payeur de taxes et un élu, c'est exactement le même problème. Pour pouvoir savoir les enjeux qui touchent mes taxes et qui sont discutés dans le bureau de mon maire ou de mon député (ou dans un restaurant, au golf ou n'importe où des projets touchant mes taxes sont discutés...), l'effort est presque impossible à surmonter. Non seulement les élus jouissent d'une prérogative de confidentialité qui relève quasiment du droit féodal, mais à moins d'installer des caméras cachées pour capter les faits, rien n'empêche le député de donner une version modifiée à son avantage de ce qui s'est dit.

    • Francis Renaud - Abonné 1 octobre 2013 18 h 31

      Excellente analyse M. Laroche !!

      Félicitation.

  • Jean-Marc Garneau - Inscrit 1 octobre 2013 17 h 54

    On dit que le pouvoir corropmt, dans nos sociétées démocratique nous essayons de changer le pouvoir en moyenne a tous le 8 ans, les syndicats regnent depuis des décennies, ouf ayoye

  • Guy Desjardins - Inscrit 1 octobre 2013 18 h 09

    Ouais!!!

    Du courage en titi pour ce Monsieur Pereira. Beaucoup de nos élus(es) devraient prendre note de ce vaillant personnage. Un hommme qui n'a aucune crainte, surtout lorsqu'il s'agi du monde douteux et crapuleux.

  • André Loiseau - Inscrit 1 octobre 2013 18 h 34

    Il est exceptionnel

    M. Pereira est tres courageux!

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 2 octobre 2013 05 h 59

      Il est en plus «un vrai syndicaliste» ! La ligne de pensée de cet homme est : C'est pas juste pour mes hommes ! Râre !

  • alain maronani - Inscrit 1 octobre 2013 22 h 19

    La FTQ...

    Une vieille alliée du PQ....Tony Acurso a pu acheter les firmes comme Simard-Beaudry avec l'aide de la FTQ et du gouvernement du Québec quand Bernard Landry était premier ministre...gracieuseté de Louis Laberge...

    Rien ne changera tant et aussi longtemps que le monopole syndical existera sur les chantiers de construction, le tout aggravé par l'implication des fonds de travailleurs dans la politique industrielle, l'investissement dans tout ce qui bouge dans ce secteur au Québec...

    Une bonne première mesure a été la décision du gouvernement Harper de supprimer les avantages fiscaux dont bénéficiait les fonds FTQ et CSN, malgré les protestations...

    Je me demande si le PQ va se précipiter aux prochaines élections pour quémander le support de la FTQ ?

    Après le PLQ c'est au tour de la FTQ-Construction, de loin le syndicat le plus compromis, tout le monde le savait...

    Qu'attends donc le gouvernement pour les mettre sous tutelle ?