Charte des valeurs québécoises - Thomas Mulcair modère ses intentions

Thomas Mulcair avait indiqué que le NPD appuierait toute contestation judiciaire citoyenne contre le Charte, quitte à ce que son parti finance les contestations à même ses propres fonds.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Thomas Mulcair avait indiqué que le NPD appuierait toute contestation judiciaire citoyenne contre le Charte, quitte à ce que son parti finance les contestations à même ses propres fonds.
Le Nouveau Parti démocratique ne financera finalement pas les possibles recours juridiques citoyens contre la Charte des valeurs québécoises. Du moins pas directement. Le chef Thomas Mulcair a en effet précisé jeudi que le parti se contentera d’offrir un coup de main logistique à ceux qui voudraient contester la Charte devant les tribunaux.

« Julius Grey a dit qu’il accepterait de défendre des citoyens [sans frais] », a indiqué M. Mulcair lors d’un point de presse à Montréal. « Donc, il n’est pas question pour nous de le financer. Tout ce qu’on est en train de dire, c’est que, puisqu’on est sérieux lorsqu’on parle de la défense des droits, on va s’assurer que les gens n’aient pas de frais. »

M. Mulcair a précisé qu’il n’est pas dans l’intention du « parti d’offrir ces fonds-là, mais [qu’]on trouverait les moyens d’aller chercher les fonds » pour aider ceux dont les droits religieux seraient brimés. Le chef néodémocrate a laissé entendre que le NPD pourrait organiser des « soirées de financement ».

Cette position module passablement celle exprimée par Thomas Mulcair le 16 septembre à Ottawa. Il avait indiqué que le NPD appuierait toute contestation judiciaire citoyenne contre la Charte, quitte à ce que son parti finance les contestations à même ses propres fonds. « Oui, sans aucune hésitation », avait dit M. Mulcair.

La déclaration n’avait pas plu à tous. En entrevue au 98,5 FM le lendemain, le député néodémocrate Alexandre Boulerice (Rosemont-La Petite-Patrie) avait ainsi pris soin de ne pas endosser cette position jugée « largement hypothétique ». « Pour l’instant, regardons ce que l’Assemblée nationale va faire, avait-il indiqué. Il y a encore très loin de la coupe aux lèvres, la Charte n’a pas été adoptée ni débattue. »

Justin Trudeau avait lui aussi affirmé que l’étape des contestations était encore loin.

Le Bloc québécois avait réagi vivement, accusant Thomas Mulcair d’en être « déjà rendu à brandir le spectre des poursuites judiciaires pour tenter d’empêcher les Québécois de mener à bien » le débat autour de la Charte.

M. Mulcair estime toutefois qu’il est tout à fait normal que l’opposition officielle à Ottawa s’immisce dans un débat qui concerne surtout l’Assemblée nationale du Québec. Il a rappelé qu’en septembre 2010, alors chef adjoint du NPD, il avait participé à la commission parlementaire concernant le projet de loi sur les écoles passerelles. Il avait alors vivement dénoncé le projet du gouvernement Charest. « Et qui m’avait applaudi le plus ? Le Parti québécois », a-t-il dit jeudi.

Bourassa

De passage dans le local électoral - un garage, en l’occurrence - de la candidate désignée du NPD à l’élection partielle dans Bourassa, Stéphane Moraille, Thomas Mulcair a soutenu être à la fois « confiant et lucide » par rapport aux chances de victoire du NPD. « C’est une circonscription libérale qui a résisté à la vague orange en 2011, a-t-il fait valoir. Nous allons mener une lutte exceptionnelle avec la candidate idéale, mais soyons clairs : c’est libéral. »

M. Mulcair rappelle néanmoins qu’il a fait son entrée à Ottawa après avoir remporté une partielle dans Outremont en 2007. « On aime ça, au NPD, les forteresses libérales réputées imprenables », a-t-il dit… avant de répéter une fois de plus que Bourassa est libérale.

En 2011, Denis Coderre l’avait emporté par un peu plus de 3000 voix. Une députée conservatrice (1988) et un bloquiste (1993) ont déjà été élus dans la circonscri ption. La date de l’élection partielle n’est pas encore connue. Mme Moraille, avocate et chanteuse, affrontera l’ancien député provincial Emmanuel Dubourg (Parti libéral) et l’ex-hockeyeur Georges Laraque (Parti vert).

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33 commentaires
  • André Bissonnette - Abonné 26 septembre 2013 15 h 37

    "Thomas Mulcair estime par ailleurs qu'il est tout à fait normal que l'opposition officielle à Ottawa s'immisce aussi fortement dans un débat qui concerne surtout l'Assemblée nationale du Québec. Il a rappelé qu'en septembre 2010, il avait participé à la commission parlementaire concernant le projet de loi sur les écoles passerelles (projet de loi 103). Il avait alors vivement dénoncé le projet du Parti libéral. «Et qui m'avait applaudi le plus? Le Parti québécois», a-t-il dit jeudi."
    Alors qu'il attende donc que la commission parlementaire l'invité, on verra bien s'il y sera convoqué en tant que député fédéral...

  • Pierrette L. Ste Marie - Inscrit 26 septembre 2013 16 h 21

    Parler trop vite

    Parfois le silence est plus sage

    • jean Gilbert - Inscrit 27 septembre 2013 07 h 33

      C'est pour le moins ironique que Mulcair nous parle de 'liberté' quand il s'agit de la burqa ou du niqab qui sont des prisons ambulantes imposées par les Talibans ...

      Si ces femmes le font par choix (ce qui est douteux) c'est qu'elles se sont auto-excluent elles-mêmes de la société ...

      En effet le silence est plus sage ... plutôt que de prometttre de défendre tout azimuth le "droit' de porter des symboles qui ne reflettent en rien les Droits et Libertés individuelles ...

    • Jean-Claude Archetto - Inscrit 27 septembre 2013 08 h 10

      Tout à fait. Je ne sais pas si c'est son ADN d'ancien président d'Alliance Québec et de toutes les poursuites que cet organisme contre la loi 101 qui ressort .

      Il faudrait peut-être rappeler à Mulcair qu'il a été élu au fédéral et non pour combattre le gouvernement du Québec avec l'argent qui lui est envoyé pour qu'il fasse son travail d'opposition au gouvernement Harper.

      Il y a assez de dossiers à s'occuper en politique fédérale pour qu'il reste sur sa patinoire.
      Avec sa prise de position irréfléchie le ressac de la fameuse vague orange est à prévoir.

    • Marc Lacroix - Abonné 27 septembre 2013 10 h 34

      M. Mulcair aurait-il dû garder le silence ? Je ne suis pas certain, car maintenant — nous savons clairement que ce dernier est multiculturaliste — et qu'il nie à la majorité la possibilité d'instaurer un modèle de société qui ne le soit pas.

      Pour moi, le NPD s'est "planté" et je ne voterai plus pour ce parti gouverné par une bête rectitude politique. La religion ne prime pas sur les valeurs d'égalité et elle a souvent tendance à dévier des valeurs égalitaires pour en arriver à des horreurs. Devrait-on accepter n'importe quoi, sous prétexte de "liberté individuelle" ? Non !

  • Cyril Dionne - Abonné 26 septembre 2013 16 h 27

    M. Mulcair,

    Beaucoup trop tard votre changement de cap dans le dossier de la Charte des valeurs québécoises. S'immiscer dans un débat de nature provinciale qui vous ne concernait pas et en plus, être prêt à financer des attaques juridiques contre le gouvernement dûment élu par les Québécois, n'était pas la meilleure idée que vous avez eue cet automne. De toute façon, vous aurez la reponse des Québécois à la prochaine élection fédérale. Je ne donnerai pas cher de la peau de vos poteaux au Québec au prochain scrutin.

    • Carl Brabant - Abonné 27 septembre 2013 00 h 25

      Selon toute vraisemblance, M. Mulcair a eu une réaction épidermique à ce qu'il a perçu comme une restriction au droit de vivre une religion.

      Malheureusement, le foulard est aussi un étendard de l'islam et proclame l'adhésion de celle qui le porte aux valeurs et à l'idéologie d'un certain islam, celui des frères musulmans, des salafistes et des courants intégristes.

      Le voile manifeste également la primauté des valeurs de cet islam par rapport aux us et coutumes du pays d'accueil.

      M. Mulcair aurait dû se garder une forte réserve. Endosser les valeurs de l'islam radical, c'est tout un faux pas!

  • Léandre Nadeau - Inscrit 26 septembre 2013 16 h 43

    Qu'auriez-vous fait M. Mulcair ?

    J'aimais M. Mulcair, mais c'est fini. Il est inféodé à l'idéologie du Multiculturalisme au point d'en être aveugle. Je suis un partisan des chartes des droits individuels, mais pas des droits individuels illimités. Il est parfois nécessaire de placer des limites raisonnables à ces droits. L'interdiction des signes religieux ostentatoires dans les services publics est une limite raisonnable. Dans l'école publique par exemple, c'était le cas de facto jusqu’à tout récemment. Depuis les années 60-70, aucun éducateur d'aucunes croyances religieuses n’a réclamé le droit de porter des signes religieux dans l'école publique, sauf exceptions récentes de nouveaux arrivants mal intégrés. Ils avaient tous compris que c'était nécessaire d'offrir un terrain neutre pour le développement de l'enfant. Ce sont les éducateurs catholiques qui ont dû renoncer à leurs signes religieux afin d'accueillir les enfants de parents d'autres croyances ou de ceux qui réclamaient une école neutre pour leurs enfants. Sans cette concession des éducateurs catholiques, les parents d'autres croyances n'auraient pas voulu envoyer leurs enfants à l'école publique. Que réclamaient ces parents dont un grand nombre n'étaient pas catholiques ? Ils ne voulaient pas que l'école interfère avec leurs croyances religieuses, ils exigeaient une école laïque et neutre. Est-ce que ces motifs étaient valables et raisonnables ? Si oui, ne sont-ils pas toujours valables et raisonnables ? Qu'auriez-vous fait M. Mulcair si des éducateurs catholiques avaient réclamé le droit de porter leurs signes religieux ? Auriez-vous pris leur défense ? Ou si vous auriez plutôt penché pour le respect des droits des autres croyances et pour le bien commun ? Ces questions sont capitales dans le présent débat et j’aimerais bien que vous preniez le temps d’y réfléchir en votre âme et conscience.

    • Simon Pelchat - Abonné 27 septembre 2013 08 h 28

      Ce commentaire est très judicieux. Souhaitons que M. Mulcair se le fasse lire par ses députés du Québec restés silencieux sur la place publique suite à l'intervention condescendante et méprisante de ce M. Mulcair à l'endroit du peuple québécois.

    • Jacques Patenaude - Abonné 27 septembre 2013 09 h 41

      Il ne faut quand même pas réécrire l'histoire. La déconfessionalisation de l'école a été une très longue lutte. les catholiques ont tout tenté pour l'éviter. ça ne c'est réglé qu'en 1998 pas dans les années '60 ou '70. Les parents non catholique savent à quel point cette lutte a été longue et difficile.

    • Léandre Nadeau - Inscrit 27 septembre 2013 12 h 26

      @ Patenaude. "Come on", la déconfessionnalisation des commissions scolaires a eu lieu en 1998 lors de l'amendement constitutionnel, mais l'école publique est devenue neutre de facto dans les années 60-70. On n'a plus vu de soutanes et de cornettes dans l'école publique à partir de ces années-là.

  • Jacques Dumont - Inscrit 26 septembre 2013 19 h 37

    Trop tard

    J'ai déja écrit et suggèré a ma députée du NPD Mde Perreault de se chercher un autre emploi apres les prochaines élections fédéral

    • Grace Di Lullo - Inscrit 27 septembre 2013 00 h 14

      Moi aussi, moi aussi j'ai écrit....

      Moi je sais que dans toute la tourmente, je ne me suis pas genée pour écrire un courrier à la députée NPD de ma circonscription, Madame Ayala. Je lui faisais part qu'il y avait des gens au Québec qui peut-être n'aimaient pas tous la Charte, mais en aimaient quelques points ou son idée.

      Oui Monsieur Dumont, nous avons la prevue du pouvoir des mots. Ils se sont probablement apercu que quelques personnes n'ont pas apprécié le ton belliqueux de ces Dippers!

    • Carl Brabant - Abonné 27 septembre 2013 09 h 43

      On fait quoi alors?

      Bien sûr Thomas Mulcair s'est précipité en bas de la pente électorale sur une «crazy carpet» mais il faut examiner les alternatives.

      Justin Trudeau voue une grande admiration à son père dont il partage les valeurs et une vision multiculturelle du Canada. Il faut se rappeler que Pierre Elliot Trudeau associait le nationalisme québécois à du tribalisme.

      Le Bloc Québécois. Que dire de la grande habileté de son chef? Pourrais-t'il nous convaincre à nouveau de l'utilité du Bloc à Ottawa?

      Si j'ai gardé le parti conservateur pour la fin, c'est que j'espérais trouver quelque chose de moins méchant pour exprimer la répulsion qu'il m'inspire. L'abolition du régistre des armes à feu suivie de la destruction des données, c'est un comble. Ce qu'il fait aux fonds de travailleurs, c'est une goutte de plus dans une coupe qui déborde déjà.

      Bref, jr suis déchiré à l'approche des élections fédérales.

      Il n'y a certe plus de place pour d'autres bévues de Thomas Mulcair et de Daniel Paillé.

    • Cyril Dionne - Abonné 27 septembre 2013 10 h 54

      @ Carl Brabant

      M. Brabant, le Bloc québécois est le seul parti qui représente les intérêts du Québec à Ottawa. Les autres, notamment le NPD et le Parti Libéral du Canada sont pro multiculturalistes et considèrent le Québec comme une vulgaire province. Et le mot "province" veut dire colonie dans la langue de Shakespeare.

      Pour les conservateurs, et bien, qu'est-ce qu'on peut dire de plus ? Ils sont installés au pouvoir pour plusieurs années à venir puisque le Québec ne fait plus le poids dans l'équation fédérale.

    • Lise Larocque - Inscrit 28 septembre 2013 01 h 23

      J'ai également écrit aux deux députées ici en Outaouais pour leur dire que n'eut été du Québec qui a élu, pour la plupart, d'illustres inconnus, elles ne seraient pas où elles sont dans le moment et de commencer à faire leurs bagages. Je leur ai également laissé deux liens de blogues de lecteurs furieux -- Radio-Canada et ici même -- en leur souhaitant une "Excellente lecture"!

      J'ignore si elles ont passé le message, mais peu m'importe, Mulcair peut faire des triple salto arrière, aux prochaines élections, ce sera "Mulcair, out"!! Il a assez ri de nous.