Compressions: les services à la population écopent

Raymonde Saint-Germain
Photo: Raymonde Saint-Germain

Les ténors du gouvernement Marois ne pourront plus seriner que les compressions budgétaires n’ont aucun impact sur les services à la population. La protectrice du citoyen Raymonde Saint-Germain constate au contraire que les coupes ont des effets néfastes sur l’accessibilité aux services publics et sur leur qualité.

 

« D’année en année, l’écart entre les services annoncés et ceux réellement accessibles continue de se creuser en raison des pressions budgétaires qui se font sentir de façon intensifiée. Avec chaque annonce de compression revient la formule consacrée que les services publics directs à la population ne seront pas touchés ; ce n’est plus vrai », juge Raymonde Saint-Germain, qui a déposé mercredi à l’Assemblée nationale son rapport annuel d’activités 2012-2013.

 

«Pénurie de ressources» et «besoins croissants»

 

C’est le cas dans le réseau de la santé et des services sociaux, qui est soumis à des compressions, même s’il bénéficie sur papier d’une hausse de 4,8 % de son budget, comme a tenu à le rappeler mercredi le ministre de la Santé et des Services sociaux, Réjean Hébert.

 

Ainsi, « pour parer au mieux à cette pénurie de ressources et devant des besoins croissants », la protectrice du citoyen note que le réseau de la santé a conclu des ententes avec des entreprises privées ou des organismes communautaires vers lesquels il dirige les citoyens. C’est le cas des agences de la santé et des services sociaux qui, faute de places dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), achètent des places dans des résidences privées pour personnes âgées, appelées ressources intermédiaires dans le jargon, ou encore dans des résidences de type familial. Or, en raison de l’allégement de la certification des résidences qui offrent deux services ou moins, l’État ne fait aucune inspection des lieux et ne s’assure pas de la qualité des services. « On a constaté, dans ces ressources, des lacunes sur le plan de la qualité, […] des personnes [âgées] quisont laissées à elles-mêmes, des personnes qui sont embauchées, qui sont pleines de bonne volonté, mais qui n’ont pas la formation adéquate, a relevé Raymonde Saint-Germain. Dans certaines situations, on a économisé aussi sur la qualité de l’alimentation. » Or, « les personnes qui y sont sont non seulement des personnes vulnérables, mais ce sont des personnes seules et il est important qu’il y ait un contrôle de la qualité », a-t-elle ajouté.

 

Les mêmes défaillances s’observent dans des ressources intermédiaires qui accueillent des personnes handicapées, particulièrement des personnes avec un handicap intellectuel. « Il n’y a eu depuis deux ans aucune inspection », a déploré la protectrice du citoyen.

 

« Déresponsabilisation » de l’État

 

« Ce sont toutes des conséquences des compressions budgétaires qui affectent directement la qualité des services », estime-t-elle. Mais ce qu’elle critique avant tout, c’est la « déresponsabilisation » de l’État quand il a recours à des ressources privées ou communautaires. « Dans ces situations-là, plus personne n’est responsable. Ce n’est plus le ministère, ce ne sont pas les ressources. »

 

Le rapport documente le fait que certains hôpitaux offrent certains traitements tandis que d’autres conseillent aux patients de s’adresser à des cliniques privées pour obtenir à leurs frais les mêmes services. « Les citoyens s’attendent à être traités avec justice », a fait valoir Mme Saint-Germain.

 

La protectrice du citoyen a constaté « sur le terrain » qu’au fil des ans et des compressions, il y a « un cumul » qui se manifeste par des délais d’attente qui s’allongent, par des conditions d’accès qui deviennent de plus en plus sévères ou par la réduction du nombre d’heures de service, notamment dans les soins à domicile. « Avant de décréter des compressions budgétaires, il faut bien mesurer les impacts, puis il faut accepter de dire : on n’offrira plus tel service », croit-elle.

 

Pas d’impact

 

Après que le rapport fut rendu public, le gouvernement Marois niait toujours que les services publics puissent être affectés par les compressions. Réjean Hébert a martelé que 4,8 % d’augmentation pour le budget de la santé, « ce n’est pas une compression ».

 

« Je pense que cette augmentation-là se répercute par une augmentation de l’accessibilité et des soins aux patients », a-t-il soutenu. Le ministre n’a pas mentionné que près de la moitié de la hausse va dans les poches des médecins qui bénéficient d’un « rattrapage » négocié par le gouvernement Charest.

 

Réjean Hébert a toutefois reconnu qu’il n’était « pas normal » qu’un citoyen puisse obtenir sans frais un traitement dans un hôpital, mais pas dans l’autre. « Pas normal » non plus l’absence d’inspection dans les résidences pour personnes âgées. « Nous sommes à corriger la situation », a-t-il dit.

57 commentaires
  • Jean-Marc Garneau - Inscrit 26 septembre 2013 03 h 03

    Une autre nomination liberale, qui fait du fracas, elle sent venir la fin

    • alain maronani - Inscrit 26 septembre 2013 07 h 02

      La fin de quoi ?

      Des soins de qualité ?
      Des conditions déplorables pour les personnes agées dans les CHSLD ?
      Des listes d'attente interminables (18 mois pour voir un dermatologue a Montreal. maintenant...).
      De la poursuite de la privatisation des soins ?

      C'est vrai le problème le plus urgent, c'est le foulard portée sur la tête par une minorité de musulmanes, dont certaines travaillent pour les CHSLD ou les hopitaux...

      Le verbe seriner utilisé par l'auteur de l'article est fort et juste, il indique le déni généralisé des problèmes, la déréliction du secteur public, un choix de société (?)...

      Mais on préfère donner de l'argent au secteur de l'éolien ou subventionner des patinoires a Québec...

    • Denis Marseille - Abonné 26 septembre 2013 07 h 21

      Ouin, toute une analyse. Vu que les libéreaux ont gouvernés durant 10 ans, on pourra dire ça de tous ceux qui sonnent une sonnette d'alarme.

    • Louka Paradis - Inscrit 26 septembre 2013 09 h 11

      D'accord avec vous, M. Garneau. Une autre bien-nommée libérale qui doit retourner l'ascenseur... C'est tellement évident quand on les voit monter au front à tour de rôle. Comme dirait Jacques Brel : Au suivant !

      Louka Paradis, Gatineau

    • Patrick Boulanger - Abonné 26 septembre 2013 09 h 47

      Pour ceux et celles qui n'ont pas lu le rapport de la protectrice du citoyen et qui ont tout de même une opinion tranchée sur son contenu, je vous invite à le lire : http://www.myvirtualpaper.com/doc/protecteur-du-ci

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 26 septembre 2013 09 h 59

      Les libéraux ont été au pouvoir pendant 10 longues et pénibles années. Ils ont laissé au parti Québecois un immense trou de 1 milliard 700,000 millions de dollars en déficit camoufflé.
      Ils avaient disent-ils les deux mains sur le volant et ils étaient prêts. Ils étaient pour régler: le temps d'attente dans les urgences, pourvoir au manque de personnels dans les dhôpitaux, les places en garderie, .... etc etc. Ils nous ont laissé de la corruption et de la collusion, des nominations de juges truquées et de la .....
      Jamais plus je ne voterai libéral. Jamais !!!!!

    • Maxime Dion - Inscrit 26 septembre 2013 13 h 03

      @Louka Paradis

      Il y a de plus en plus de citoyens au Québec qui vivent dans une précarité abjecte qui s'accentue de plus en plus, et ce n'est certes pas les politiques d'austérité du gouvernement Marois qui vont y remédier, n'en déplaise à vos tonitruantes et indéfectibles appuient au parti de droite qu'est le PQ d'aujourd'hui.

  • Franck Perrault - Inscrit 26 septembre 2013 03 h 33

    Evasion fiscale, dette, Austérité, réduction des services publics....

    .....faites le lien!!!
    Quand la minorité de riches, de grandes entreprises optimisent fiscalement dans les paradis fiscaux en ne payant presque pas d'impôts, ce sont des milliards de rentrée pour l'Etat qui s'envolent. Que faire alors?
    S'attaquer réellement au problème, ou bien faire payer l'immense majorité de citoyens qui ne peuvent s'exiler fiscalement en augmentant les impôts ou en réduisant les services publics, tout ça dans un cadre idéologique économique du déficit zéro qui mène à la politique d'Austérité du gouvernement actuel.
    Ne pas gaspiller l'argent public, tout à fait d'accord. Ne pas investir pour les besoins essentiels comme ici en santé, ou pour de la recherche, de la formation notamment dans des secteurs d'avenir mêlant respect de l'environnement et bien-être social, alors là je n'approuve plus!
    La politique d'Austérité aveugle fait trop de mal à l'Europe pour la voir arriver au Québec! Et puis, Ost.., ça m'écoeure tous ces milliards planqués aux Caïmans, Bahamas, Suisse qui ne participent pas à la solidarité nationale! Allez chercher l'argent où elle se trouve, chacun doit payer sa part.....et on arrêtera de couper dans des services publics de qualité et essentiels pour TOUS!
    Belle journée à vous.

    • Denis Desmeules - Abonné 26 septembre 2013 07 h 56

      Bien dit M. Perreault. Il est bien plus facile de s'en prendre aux démunis que de se lever face aux riches qui sont proche du pouvoir.

      Les amis des ''ROIS'' sont bien protégés? Alors, vivement la révolution !

    • Claude Smith - Abonné 26 septembre 2013 08 h 38

      À cette liste, j'ajouterais les sommes faramineuses du travail au noir qui se pratique à haute échelle sous le faux prétexte que nous payons trop d'impôt.

      Claude Smith

    • Marie-Josée Blondin - Inscrite 26 septembre 2013 09 h 32

      Pour compléter votre propos M. Perrault:

      Le scandale de l’évasion fiscale

      L’émission française “Cash Investigation: le scandale de l’évasion fiscale” relate les stratagèmes à l’origine de l’évasion fiscale en France et dans d’autres pays. Un exemple parmi d’autres cité: le cas de la multinationale Amazone qui a obtenu en France une subvention de l’Etat pour payer ses installations (entrepôt) puisqu’elle créait présumément des emplois (emplois dans le secteur des services: ex. commis et manutentionnaires). Or, la majorité des bénéfices réalisés par cette entreprise multinationale en sol français via ses ventes ont échappé au fisc français par évasion fiscale. Amazone rapatrie secrètement la majorité de ses profits dans un holding situé au Luxembourg où le taux d’imposition est minimal.

      Voir:

      http://www.youtube.com/watch?v=pRJG6mKXCjs

      La fiscalité des particuliers et des entreprises est à l’heure actuelle inégalement répartie et inéquitable. Le système fiscal est à revoir car il crée deux régimes distincts, celui des entreprises (privilégiées par l’optimisation fiscale ou pour dire plus juste par l’évasion fiscale) et celui des particuliers. Entre les particuliers salariés et les actionnaires d’entreprises qui s’octroient des dividendes et autres sources de revenus, encore une fois, deux régimes distincts et inégalitaires.

      Autre système de taxation régressif plutôt que progressif: la TPS et la TVQ s’appliquant à tous les consommateurs, qu’ils soient à haut ou à faible revenu.

      J'ai vu récemment une émission sur la ville de Copenhague au Danemark, là où le taux d'imposition est parmi les plus élevés au monde mais où, par ailleurs, le niveau de satisfaction et de bonheur de ses citoyens est le plus élevé au monde puisqu'il existe une solidarité sociale, un filet de sécurité sociale très élevé, l'université y est gratuite pour tous, le salaire minimum est beaucoup plus élevé qu'ici, etc. Moins de richissimes, moins de pauvres et plus de chan

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 26 septembre 2013 12 h 53

      Le Québec n'a qu'à devenir un paradis fiscal au lieu d'être un enfer fiscal.

      Oui il faut couper, responsabiliser les cadres responsables des mauvais soins au patient. Qui sont les responsables??? Quand le Québec va arrêter de protéger ces cadres de la fonction publique qui s'occupe de leur dossier, au lieu de leur patient... Quand allons-nous voir ces cadres avec une moppe dans les mains pour faire briller les planché de nos institutions insalubres??

      Pourquoi le Québec ne fait pas tout pour que les gens veulent venir ici et investir ici au lieu de vouloir cacher leur argent ailleurs et quittez le Québec??

      Nous vivons l'enfer fiscal

    • Franck Perrault - Inscrit 26 septembre 2013 17 h 33

      Mr Lamontagne,
      la Suède est cité partout comme exemplaire au niveau qualité de vie, environnement, social, éducation. Savez-vous ce qu'un ministre suédois a répondu à un journaliste qui lui demandait comment son pays arrivait à un tel niveau? "Nous payons des impôts!!!!"
      On ne paie certainement pas plus d'impôts au Québec qu'en Suède! Alors l'enfer fiscal, arrêtez, quel pays voulez-vous? Un qui soit exemplaire comme la Suède, ou du chacun pour soit, individualiste qui mène à une explosion des inégalités, des problèmes sociaux, de la violence, etc.....
      Payons fièrement des impôts mais qui servent à construire un pays exemplaire sur tous les plans, et pour le bien-être de tous!
      Bon vent!

  • Mario Leroux - Inscrit 26 septembre 2013 04 h 20

    Frais de scolarité

    Si le Gouvernement avait consenti une hausse significative des frais de scolarité universitaire plutôt que d'acheter la paix avec les étudiants en maintenant ces frais au plus bas en Amérique,il aurait récupéré des revenus substanciels empêchant des coupes en santé,dans l'aide sociale et dans les commissions scolaires.C'est ça la réalité!

    • alain maronani - Inscrit 26 septembre 2013 07 h 03

      Absolumment d'accord sans parler des subventions aux entreprises, mur a mur...

    • Patrick Boulanger - Abonné 26 septembre 2013 08 h 53

      « C'est ça la réalité! (M. Leroux) »?

      M. Leroux, on pourrait aussi plaider que si le PLQ n'avait pas baissé l'impôt sur le revenu de près de un milliard lorsqu'il formait le gouvernement, nous aurions davantage de revenus pour investir dans différents secteurs importants de notre société. Ça pourrait être aussi ça la réalité...

      Patrick Boulanger

      P.-S.: l'université est gratuite au Mexique

    • Mario Leroux - Inscrit 26 septembre 2013 09 h 01

      substantiels....s'cusez

    • Daniel Bérubé - Abonné 26 septembre 2013 09 h 49

      ..."il aurait récupéré des revenus substanciels empêchant des coupes en santé,dans l'aide sociale et dans les commissions scolaires.C'est ça la réalité! ...

      N'ayez crainte, Charest aurait à ce moment diminuer l'imposition des riches et des compagnies, qui nous mènerais dans la même situation...

      Harper et Charest ont plusieurs points en communs...

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 26 septembre 2013 10 h 07

      Ils auraient perdu des étudiants, ils y auraient plus de saisonniers donc plus de chômage. Plus de migration de maind'oeuvre vers l'ouest vers les sables bitumineux. Les travailleurs saisonniers nous auraient quittés. Ils paient portant pour l'assurance emploi. (Ce sont leurs argents aux travailleurs)
      Dans un avenir rapproché moins de professionnels Québecois, moins d'impôts futurs, etc etc
      Réflexions s.v.p.

    • Maxime Dion - Inscrit 26 septembre 2013 13 h 12

      @Mario Leroux

      <<Si le Gouvernement avait consenti une hausse significative des frais de scolarité (…) il aurait récupéré des revenus substanciels (sic) empêchant des coupes en santé, dans l'aide sociale (…) C'est ça la réalité!>>

      La réalité, c’est que si, par exemple, le gouvernement Marois cessait d’accorder un congé fiscal sur le capital des banques, le PQ ne se priverait pas de recettes fiscales que les coupes des services viennent compenser.

      Par ailleurs, l’augmentation << substanciels >> comme vous dites des frais de scolarité s’exerce en fonction inverse de l’accessibilité aux études… (J’en suis moi-même un exemple vivant…)

  • Rafik Boualam - Inscrit 26 septembre 2013 05 h 03

    Démagogie

    C'est dans ce contexte, où les compressions touchent parmi les plus vulnérables de notre société, que le PQ provoque le feu avec sa charte, histoire de distraire le peuple, et préparer sa réélection. J'ai de plus en plus de difficulté à distinguer les péquistes des conservateurs, voir des républicains.

    • Yves Perron - Inscrit 26 septembre 2013 08 h 43

      @Rafik Boualam...La charte n'a pas mis le feu , elle en prévient un gros et ce n'est pas parce qu'on éteint un feu qu'on ne peut en prévenir d'autres.

      Il y a un ménage à faire dans la santé et les services sociaux qui gobent plus de 50% des revenus. En remettre encore plus n'est pas la solution, un jour il faudra bien que les employés à tous les niveaux trouvent le moyen de faire plus avec moins comme dans toute entreprise.
      Vive la charte

    • Patrick Boulanger - Abonné 26 septembre 2013 09 h 20

      « J'ai de plus en plus de difficulté à distinguer les péquistes des conservateurs, voir des républicains. (M. Boualam) »?

      M. Boualam, j'ai l'impression que vous avez de la difficulté avec les nuances. Le PQ n'est certes plus le parti social-démocrate qu'il a déjà été, mais je vous assure qu'il est encore loin du parti républicain étasunien.

  • Mario Leroux - Inscrit 26 septembre 2013 05 h 10

    Frais de scolarité

    Substantiels et non substanciels....s'cusez