Nouveau groupe féministe - La FFQ maintient sa position sur la Charte

La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi

La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi, accueille sereinement la création du nouveau groupe Pour les droits des femmes même si ce dernier se pose en solution de rechange à une FFQ dont il n’aime pas les prises de position.

 

En entrevue avec Le Devoir, Alexa Conradi veut d’abord clarifier les choses. Il n’y a pas de « scission » à la Fédération des femmes du Québec, comme le titrait mercredi Le Devoir, puisque les gens qui ont décidé de former PDF n’en étaient pas membres au départ. « Mais depuis toujours dans le mouvement des femmes, il y a des divergences de points de vue », explique-t-elle, et c’est « sain et normal ». « Les femmes ont envie de débattre de cette question et c’est tant mieux s’il y a plusieurs points de vue exprimés. »

 

Le PDF en a contre le féminisme de la FFQ, qu’il qualifie d’individualiste parce qu’il défend le droit de chaque femme de décider ce qu’elle veut faire, même si cela l’infériorise. Mme Conradi comprend la critique, mais ne la partage pas du tout. « S’il y a des femmes qui malheureusement choisissent, malgré tout ce qu’on a mis en place pour elles sur les plans économique, social et légal, de continuer à vivre dans un contexte d’infériorisation, c’est dommage, mais c’est leur droit. » PDF estime que ces comportements qui sont permis, et d’une certaine manière cautionnés au nom de la liberté de choix de la femme, envoient le message à la collectivité qu’ils sont acceptables. Ils pourraient alors plus facilement être perpétués. Mme Conradi n’est pas d’accord : « Il faut faire confiance aux femmes ! »

 

Si elle rejette l’hypothèse qu’il y a une contradiction entre la défense des droits de chaque femme et la défense de la cause collective des femmes, Mme Conradi pose quand même la question : « Pourquoi avoir des droits collectifs si ça empêche les femmes de pouvoir vivre librement ? »

 

C’est pour cette raison, explique-t-elle, que même si la FFQ se dit en faveur de la laïcité de l’État, elle est contre l’interdiction qui serait faite aux fonctionnaires de porter des signes religieux ostentatoires. « La laïcité doit se faire sans sacrifier aucune femme. […] Si elles [les femmes de PDF] proposent que l’État décide à leur place d’enlever leur foulard, ces femmes seront-elles pour autant plus libres ? »

 

Mme Conradi trace un parallèle avec les femmes victimes de violence conjugale. « On ne les sort pas de leur maison contre leur gré, mais on leur vient en aide quand elles sont prêtes à le faire. » Une des instigatrices de PDF, qui ne désire pas être nommée pour le moment, met justement en avant ce même exemple pour appuyer un point de vue contraire. « Avant, on disait que la violence, c’était une affaire domestique. Mais maintenant, on a le droit de porter plainte pour violence conjugale à la place de la femme même si elle n’est pas d’accord. »

5 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 26 septembre 2013 06 h 50

    Oui, on peut porter plainte contre le mari, mais il n'aura que quelques jours de prison...

    Qu'arrive-t-il de cette femme? Elle va revenir vers lui ou en choisir un autre pareil au précédent?

    Si l'État n'a pas pris le contrôle des femmes battues, il n'a pas à prendre le contrôle des femmes voilées...

    Il faudrait dire que toute femme battue (ayant des marques visibles sur le corps) soit congédiée parce qu'elle a des signes visibles de soumission au masculin, ce congédiement se ferait au nom de l'égalité des droits hommes-femmes et au nom de la neutralité de l'État. Un raisonement qui ne fait pas de sens ni dans un cas, ni dans l'autre...

    Bravo à la FFQ... de savoir être juste et équitable entre différents choix des femmes...

  • Pierre Rouve - Inscrit 26 septembre 2013 08 h 53

    Trop bon pour moi, tant pis pour les autres

    Ce n'est pas bon pour moi de rouler à 180 km/h, mais si c'est mon choix ...

    Ce n'est pas bon pour moi de crier me droguer, mais si c'est mon choix ...

    Ce n'est pas bon pour moi de me saoûler, mais si c'est mon choix ...

    Ce n'est pas bon pour moi de taper sur mes enfants, mais si c'est mon choix ...

    Ce n'est pas bon pour moi tuer quelqu'un, mais si c'est mon choix ...

    Ce n'est pas bon pour moi de harceler mon ex, mais si c'est mon choix ...

    Ce n'est pas bon pour moi de prier au milieu de la rue, mais si c'est mon choix ...

    Ce n'est pas bon pour moi de fumer, mais si c'est mon choix ...

    Ce n'est pas bon pour moi de marcher à genoux, mais si c'est mon choix ...


    Et oui, n'en déplaise à certain(e)s, il existe des choses interdites, même à ceux/celles qui choisissent de les faire ou les mettre en pratique.

    Parce que la "dignité humaine" ça existe (ou du moins certain(e)s pensent que ça devrait (davantage) exister.

    Parce que ces "choses interdites" ont la curieuse manie d'avoir des influences néfastes pour leur entourage, pour ceux et celles qu n'ont pas choisi de les subir ou d'en subir les conséquences ...

  • Johanne St-Amour - Inscrite 26 septembre 2013 09 h 29

    Contradictions

    Mme Conradi est pleine de contradictions: d'une part elle est contre l'interdiction des signes de ports religieux dans la fonction publique, mais d'autre part elle affirme qu'il faut faire confiance aux femmes qui se voilent... Si je comprends bien qu'un jour elles comprendront... que le voile est politique? que les symboles s'y rattachant sont lourds de conséquences pour plusieurs femmes à travers le monde? que certaines significations démontrent l'infériorité, la soumission des femmes quant elles ne fait pas référence à leur provocation sexuelle? Conclusion au plus profond d'elle-même elle n'accepte pas le voile, mais fera tout pour que les femmes qui le désirent continuent à le porter???

    Sur des questions aussi importantes, la FFQ tergiverse. Du temps où Françoise David était à la FFQ d'ailleurs, elle avait amorcé cette tangeante en prenant position pour "les travailleuses du sexe", la FFQ ayant été infiltrée par des femmes qui militaient pour la prostitution. Et d'ailleurs ce débat, comme celui du voile, à QS a été muselé.

    Il était temps qu'on ait un organisme comme PDF pour contrer la FFQ qui défend des causes sans s'interroger véritablement sur le fond des questions.

  • Martin Dufresne - Abonné 27 septembre 2013 20 h 43

    Comparaison boîteuse

    Dans le cas de la violence conjugale, l'intervention se fait (trop peu souvent et de façon trop décousue) contre le coupable, et c'est normal: sa violence menace l'ordre public. L'État ne force pas la femme à le quitter si elle ne s'y sent pas prête. La cible est, à juste titre, celui qui force la femme, tente de la priver de sa liberté, de son intégrité, parfois même de sa vie.
    Mais dans le cas de l'interdit du foulard, l'État interviendrait non contre le père ou le frère ou l'imam présumé forcer la femme à le porter, mais contre la "victime" elle-même. En la privant d'un emploi, il renverrait celle-ci dans la situation de contrainte et d'isolement à laquelle il prétend offrir une échappée.
    Illogique, inconstitutionnel et paternaliste.

  • Mourad Sahafa - Inscrit 28 septembre 2013 16 h 41

    Bravo à la FFQ!


    C'est ce qu'on appelle aller au bout de sa propre logique contre vents et marées.