Scission au sein de la Fédération des femmes

Il y a un contrepoids à faire par rapport à la Fédération des femmes du Québec, selon Louise Beaudoin
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Il y a un contrepoids à faire par rapport à la Fédération des femmes du Québec, selon Louise Beaudoin

Il n’y a pas que le camp souverainiste que divise la Charte des valeurs québécoises. Le mouvement féministe se déchire à son tour. Un nouveau groupe, Pour les droits des femmes (PDF), verra sous peu le jour afin de dénoncer le féminisme individuel que prône la Fédération des femmes du Québec et qui l’a amenée à défendre le voile islamique. Au contraire, PDF ira jusqu’à militer pour l’interdiction du voile intégral partout, même sur la rue.

 

PDF n’a pas encore été officiellement lancé, mais il s’est déjà enregistré en tant qu’organisme sans but lucratif, a appris Le Devoir. Il regroupera des féministes de tous les horizons, notamment l’ex-ministre Louise Beaudoin. Luce Cloutier, anthropologue qui s’est prononcée pour la laïcité, en sera la porte-parole.

 

Le groupe sent le besoin de se dissocier de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), qui, au nom de la liberté individuelle des femmes, en vient à défendre des comportements qui sont, aux yeux de PDF, antiféministes. Le cas le plus patent étant le voile islamique.

 

« Il y a un contrepoids à faire par rapport à la Fédération des femmes du Québec », explique Louise Beaudoin en entrevue avec Le Devoir, qui dit « regretter ses positions ». « Le mouvement féministe est tombé dans la défense de droits individuels plutôt que collectifs. » La FFQ comme dirigée par Alexa Conradi, et Françoise David avant elle, défend davantage les droits économiques des femmes au détriment « de la dimension collective du féminisme », poursuit-elle. C’est ainsi qu’on en vient à dire « Pauvre Fatima, on l’oblige à enlever son voile » pour garder son emploi, et on ne voit pas que ce voile perpétue une vision de la femme « qui n’est plus dans l’égalité », résume Mme Beaudoin.

 

Une autre féministe membre de ce nouveau groupe, qui ne veut pas être identifiée pour l’instant, abonde dans le même sens. « La perte de l’emploi devient prioritaire par rapport à l’image collective de la femme qui sera renvoyée, notamment aux enfants. Est-ce l’image d’une femme qui a un symbole d’infériorité sur la tête ou l’image d’une femme plus neutre, qu’on veut donner ? […] La question qu’on doit se poser, c’est : “Est-ce que la voix collective des femmes sera plus forte ou plus faible avec la multiplication des femmes voilées ?” »

 

Selon cette féministe, le voile renvoie à cette idée que la femme, source de tentation, doit cacher une partie d’elle-même : ses cheveux avec le hidjab, son visage avec le niqab, tout son corps avec la burqa. « C’est toute l’idée de la femme impure, provocatrice. On est encore dans les vieux schémas : la vierge et la putain. Celle qui est bien cache ses cheveux, les autres sont des putains. Des enseignantes m’ont dit cette semaine que des filles dans leurs classes, si elles ne portent pas le voile, se font traiter tous les jours de putain par des garçons de leur communauté. »

 

« Ça ne fonctionne pas »

 

Dans les coulisses de PDF, on rappelle un incident survenu l’hiver dernier et rapporté à l’époque par La Presse. Deux femmes membres de la FFQ se sont fait refuser le droit de participer aux tables de discussion organisées par la Fédération pour déterminer ses orientations politiques des 20 prochaines années. Ces femmes, qui voulaient se prononcer contre le port du voile, se sont fait dire qu’elles avaient un « comportement problématique ». L’une d’elles, Leila Lesbet, avait comparé le voile islamique à l’étoile jaune imposée aux Juifs par le régime nazi. Leila Lesbet a été nommée récemment au Conseil du statut de la femme, nomination qui est à l’origine des frictions actuelles entre sa présidente, Julie Miville-Dechêne, et le gouvernement péquiste.

 

On rappelle aussi qu’en 2010, la Fédération des femmes du Québec avait demandé au gouvernement de permettre aux éducatrices en milieu familial de conserver le droit de porter le niqab ou la burqa. « Ça fait un an et demi qu’on endure, qu’on ronge notre frein, qu’on essaye de se parler au sein du mouvement féministe. Et non, ça ne fonctionne pas, alors on va à autre chose », lance notre source.

 

Le PDF, bien que n’ayant pas lancé ses activités officiellement, est membre du Rassemblement pour la laïcité, qui a pris son envol mardi à Montréal.

 

Quant au voile intégral, le PDF le combattra partout au nom de la « dignité » de la femme. Que les femmes le portent par libre choix ou non n’y change rien, fait valoir une des instigatrices du groupe. « En France, on a interdit le lancer du nain, et ce, même si les nains étaient d’accord pour être lancés, un peu comme dans une foire. Mais on l’a interdit au nom de la dignité humaine. On a dit : “Même si tu es d’accord pour t’avilir, au nom de la dignité des nains en général, nous allons t’interdire à toi de faire cela parce que tu vas contre ta propre dignité. » C’est la même chose pour les femmes.” PDF entend aussi se prononcer sur la prostitution et la polygamie.

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Rectificatif du 28/19/2013
Contrairement à ce que nous avons écrit dans la version papier de ce texte, l’ex-juge de la Cour suprême du Canada Claire L’Heureux-Dubé n’est pas membre du nouveau groupe Pour les droits des femmes (PDF). Elle est plutôt signataire du Rassemblement pour la laïcité, auquel souscrit le PDF. Nos excuses pour la confusion.

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