Québec ne délogera pas Julie Miville-Dechêne

«Ses jours ne sont pas comptés», a indiqué lundi avant-midi la première ministre, Pauline Marois.
Photo: Jacques Nadeau -Le Devoir «Ses jours ne sont pas comptés», a indiqué lundi avant-midi la première ministre, Pauline Marois.

Le gouvernement ne montrera pas la porte à la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, à la suite de sa sortie médiatique fracassante.

«Ses jours ne sont pas comptés», a indiqué lundi avant-midi la première ministre, Pauline Marois. «[Miville-Dechêne] restera à la tête du Conseil du statut de la femme jusqu'à ce que son mandat expire», a-t-elle ajouté.

Mme Marois a toutefois refusé de réagir aux allégations d'ingérence du gouvernement dans les affaires de l’organisme public portées par l'ancienne journaliste. «Vous avez entendu la ministre responsable [de la Condition féminine, Agnès Maltais] donner toutes les explications utiles et pertinentes, et je suis parfaitement d'accord avec ses propos et ce qu'elle a affirmé à la presse», a déclaré la chef du gouvernement, en marge de l'annonce de l'implantation d'un studio de Technicolor Canada à Montréal.

Mme Miville-Dechêne a accusé jeudi dernier le gouvernement péquiste de chercher à museler le Conseil du statut de la femme dans le débat sur la Charte des valeurs québécoises en désignant quatre nouvelles membres à première vue toutes partisanes de la proposition gouvernementale en matière de laïcité.

Le mandat de Mme Miville-Dechêne prend fin en 2016.

Une motion des libéraux

Pendant ce temps, des députées libérales en colère sont montées au front lundi pour défendre Mme Miville-Dechêne et l'indépendance de l'organisme qu'elle dirige.

En point de presse à Québec, sept élues du caucus libéral, avec en tête Christine St-Pierre, ont lancé un appel à leurs consoeurs des autres formations politiques pour qu'elles s'élèvent contre les récentes nominations du gouvernement péquiste au sein du conseil d'administration du CSF.

En nommant quatre femmes sympathiques au projet de charte des valeurs, le conseil des ministres a posé un geste «méprisant et purement idéologique», a déclaré Mme St-Pierre, qui a promu Mme Miville-Dechêne à la présidence du CSF il y a un peu plus de deux ans à l'époque où elle était ministre responsable de la Condition féminine.

Mme St-Pierre ne cache pas être entrée en contact avec Mme Miville-Dechêne il y a quelques jours pour discuter de la situation. Les deux femmes partagent la même conviction qu'une étude s'impose pour évaluer l'impact de l'interdiction du voile chez les employées de la fonction publique.

Le ministre responsable Bernard Dranville «n'a jamais été capable de nommer une seule étude en sa possession qui dit combien il y a de femmes dans la fonction publique qui seront touchées par cette mesure [l'interdiction du voile]», a soulevé la députée de l'Acadie.

«Tout ça est basé sur un malaise et sur des gens qu'il rencontre dans la rue. [...] On ne fait pas des projets de loi sur des malaises et des rencontres dans la rue, il faut que ce soit plus sérieux, il faut que ce soit documenté», a-t-elle ajouté.

L'aile parlementaire libérale déposera mardi une motion pour que l'Assemblée nationale débatte mercredi de la controverse des nominations. Une lettre a été expédiée à l'ensemble des députées, y compris à Mme Marois, pour qu'elles prennent part au débat et réaffirment l'indépendance du Conseil du statut de la femme face aux pressions politiques partisanes.

Québec solidaire a cependant fait savoir que la députée de Gouin et cochef de la formation de gauche, Françoise David, déposera sa propre version d'une motion en ce sens, mardi.


Avec La Presse canadienne