Des «pro-Charte» prennent la rue

Bien que la manifestation ait rassemblé majoritairement des Québécois d’origine, plusieurs immigrants étaient aussi présents pour donner leur appui à la Charte des valeurs québécoises.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Bien que la manifestation ait rassemblé majoritairement des Québécois d’origine, plusieurs immigrants étaient aussi présents pour donner leur appui à la Charte des valeurs québécoises.

« Oui, oui, à la Charte », ont scandé des centaines de manifestants, dimanche après-midi, au centre-ville de Montréal. Pour la première fois, les défenseurs de la Charte des valeurs québécoises sont descendus dans la rue pour appuyer la démarche du gouvernement Marois d’interdire les signes religieux ostentatoires dans la fonction publique.

 

Dans la foule, il y avait majoritairement des Québécois dits de souche tenant dans leur main des fleurs de lys bleues, mais aussi des immigrants qui craignent l’influence des intégristes au sein de la société québécoise.

 

« Le Québec a le droit de décider des valeurs qu’il veut faire respecter. On n’a aucuns comptes à rendre à qui que ce soit et il faut cesser d’avoir peur », a lancé Daniel Roy,l’organisateur de la marche qui est partie du parc Émilie-Gamelin pour se terminer à la place du Canada.

 

Ce comptable agréé, qui affiche clairement son allégeance à l’indépendance du Québec, affirme qu’il a décidé d’organiser lui-même cette manifestation lorsqu’il a entendu « des propos insultants contre la nation québécoise » lors de la manifestation contre la Charte, la fin de semaine dernière, à Montréal. Le gouvernement Marois s’est toutefois dissocié de l’événement alors que des propos extrémistes ont été tenus sur les réseaux sociaux.

 

En se promenant dans la foule, quelques manifestants avaient certes des discours un peu plus radicaux, mais la plupart étaient très pacifistes. « On a fait une bataille terrible pour se débarrasser de Duplessis, de la religion, pour ne pas revenir dans la même merde », a déclaré le sculpteur Armand Vaillancourt, l’une des rares personnalités présentes à la manifestation.

 

Autour de lui, il y avait des gens de tous les âges, de toutes les classes sociales, qui avaient parfois fait de nombreux kilomètres pour faire entendre leur voix. « Je suis ici pour la liberté, pour la laïcité, pour que les femmes ne soient pas soumises et pour que nos enfants puissent continuer de vivre dans une société égale », a indiqué Véronique Tremblay, venue de Blainville avec son conjoint et ses deux petits garçons.

 

« Nous devons défendre la laïcité dans la sphère publique. Les gens peuvent très bien exprimer leur religion chez eux, à l’église, dans les synagogues, mais il faut éviter d’influencer les jeunes avec les religions », a affirmé pour sa part François Bouthillier, de Verdun.

 

Pour un Québec laïque

 

À quelques pas de lui, Saïd Voodraren tient à dire qu’il y a aussi de nombreux immigrants qui désirent vivre dans un Québec laïque.

 

« Les habitudes du Québec ne doivent pas changer pour plaire aux islamistes qui font du tort à la communauté musulmane vivant ici », a-t-il mentionné. « Les intégristes nous ont fait fuir de nos pays, je suis donc ici pour que ma fille et toutes nos filles puissent être libres », a renchéri Djamila Addar, originaire de la Kabylie, en Algérie.

 

Daniel Roy soutient que cette manifestation n’était qu’un « simple réchauffement ». Il compte organiser une plus grande marche au début octobre où il invitera des organisations à former un front pro-Charte.

***

Un sondage favorable

Un nouveau sondage démontre que la majorité des Québécois approuvent le projet de Charte des valeurs du gouvernement Marois, qui interdit le port de signes religieux ostentatoires chez les employés de l’État. Selon l’enquête Léger Marketing-The Gazette, 52 % des Québécois sont d’accord avec le projet, contre 38 % qui le désapprouvent. L’appui est de 59 % chez les francophones. Il s’élève à 49 % dans le Montréal métropolitain et, étrangement, à seulement 45 % dans la Ville de Québec. Le sondage révèle par ailleurs que 56 % des Québécois croient que la constitutionnalité de la Charte devrait être soumise à l’examen des tribunaux.


La Presse canadienne

18 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 23 septembre 2013 05 h 04

    Dans la photo le venin

    Estimant cette manifestation insignifiante, le photographe du Devoir la relègue à l'arrière-plan mais, fidèle à son habitude, saisit l'occasion pour mettre en valeur une jeune vierge et martyre qui occupe l'avant-plan et qui, amusée, observe l'événement de l'autre côté de la rue.

    • François Dugal - Inscrit 23 septembre 2013 09 h 37

      En effet, Jacques Nadeau a le don de «voir» un évènement.
      Les lecteurs du Devoir apprécient; «libre de penser» (et de voir)

    • Grace Di Lullo - Inscrit 23 septembre 2013 09 h 52

      La photo semble presque défier, voire se moquer.
      Non, j'espère que notre démocratie sera courageuse et donner un signe clair et net.

    • Nicole Bernier - Inscrite 23 septembre 2013 11 h 40

      Qui a-t-il de différent dans le ton de cet article pour décrire l'action des militants et ce que l'on a dit et illustrer pour l'autre position:
      "Preuve de plus que la population est divisée sur le projet de Charte des valeurs québécoises, des milliers de personnes ont marché dans les rues de Montréal, samedi, pour manifester leur désaccord avec les intentions du gouvernement Marois. L’événement, organisé par le Collectif québécois contre l’islamophobie, n’a pas attiré de personnalités publiques ni de politiciens. Les femmes voilées et les musulmans étaient bien représentés, mais des gens d’autres religions étaient aussi présents à cette manifestation qualifiée de multiconfessionnelle par le Collectif. "
      Avec le choix d'une photo illustrant le texte 'C'est mon voile ou le Bien-être social'

      Qui a-t-il de différent dans le ton de cet article pour décrire l'action des militants

    • Nicole Bernier - Inscrite 23 septembre 2013 16 h 18

      Cette manifestation n'a pas davantage reçu les appuis officiels pour les propos trop radicaux, mais le journaliste atténue les enjeux de ce radicalisme:
      "Le gouvernement Marois s’est toutefois dissocié de l’événement alors que des propos extrémistes ont été tenus sur les réseaux sociaux. En se promenant dans la foule, quelques manifestants avaient certes des discours un peu plus radicaux, mais la plupart étaient très pacifistes.
      Pourquoi dans l'autre manifestation, le journaliste a-t-il pris le temps de parler aux gens qui manifestaient. On accorde beaucoup d'importance à quelques centaines de manifestants en leur parlant et on refuse d'humaniser la dizaine de milliers de Québécois qui appartiennent à différentes religions qui ne sont pas enracinées dans le judéo-christianisme

      On a pris le temps de parler à certains Québécois, d'autres méritent à peinde un paragraphe, c'est sûre qu'un artiste québécois çca rassure de retrouver des visages connues

      « On a fait une bataille terrible pour se débarrasser de Duplessis, de la religion, pour ne pas revenir dans la même merde », a déclaré le sculpteur Armand Vaillancourt, l’une des rares personnalités présentes à la manifestation. Autour de lui, il y avait des gens de tous les âges, de toutes les classes sociales, qui avaient parfois fait de nombreux kilomètres pour faire entendre leur voix."

  • François Dugal - Inscrit 23 septembre 2013 07 h 51

    «La rue»

     «La rue», toujours elle.

  • Francois Parent - Inscrit 23 septembre 2013 08 h 17

    Les ultra religieux respecter le gens du Québec

    Assumer vos choix de résidence les ultra religieux et adaptez-vous. Ce n'est pas le monde qui doit le faire à votre place. Vous attendez d'être majoritaire avant d'imposer le Coran à toute la planet.

  • Micheline Gagnon - Inscrite 23 septembre 2013 08 h 53

    Autre donnée du sondage Léger Marketing-The Gazette

    Sondage The Gazette : 36% des répondants répondent oui à l'énoncé qui dit que le gouvernement devrait défendre les signes religieux dans la rue aussi. Si ces 36% font partie des 52% pro-charte j'en déduis qu'il ne voient en cette dernière qu'un point de départ pour défendre les signes religieux partout ou presque (à la maison, dans les lieux de culte, etc.) Considérant que le ministre Drainville dit qu'il ne veut défendre les signes ostentatoires ailleurs que pour les fonctionnaire est-il donc possible que seulement 16% seraient en accord avec la charte dans son énoncé actuel? D'autres sondages viendront clarifier ce point, je l'espère.

    http://www.montrealgazette.com/life/courts+weigh+C

    • Gilles Théberge - Abonné 23 septembre 2013 11 h 42

      Quel est le libellé de la question? Je me méfie abondamment des sondages «sponsorisés» par la gâzette, qui est pratiquement anti Québécois jour après jour.

      S'il peuvent trouver un trou dans la fenêtre de la cave, c'est sur qu'ils vont tout faire pour s'y insérer...

    • Micheline Gagnon - Inscrite 23 septembre 2013 15 h 20

      M. Théberge, j'ai fourni le lien à la fin de mon texte. Je me suis permis une traduction libre vous laissant la possibilité d'en vérifier l'exactitude sur le site de The Gazette. Faites appel à Léger Marketing si vous n'êtes pas satisfait. À ce que je sache ils n'ont pas nié l'information.

  • Minona Léveillé - Inscrite 23 septembre 2013 08 h 54

    Des "pro-charte" de tout les horizons

    Ceux qui croient que le débat autour de la charte opposent les québécois dit de souche et les québécois appartenant aux minorités ethniques et culturelles auront noté, je l'espère, que le sondage ne s'adressait pas qu'aux premiers. Il serait assez absurde de reprocher aux québécois d'être intolérants envers les minorités tout en refusant aux citoyens appartenant à ces mêmes minorité le titre de québécois.

    • Micheline Gagnon - Inscrite 23 septembre 2013 11 h 01

      Je suis bien d'accord avec vous.