Québec économiserait des millions en passant aux logiciels libres, soutient l’IRIS

Le gouvernement a commencé à tester les logiciels libres au ministère de l’Immigration. Le ministre responsable l’Administration gouvernementale Stéphane Bédard dresse un bilan positif de cette première tentative.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le gouvernement a commencé à tester les logiciels libres au ministère de l’Immigration. Le ministre responsable l’Administration gouvernementale Stéphane Bédard dresse un bilan positif de cette première tentative.

Libre et plus économique. Si le gouvernement du Québec avait opté pour des logiciels libres lors de sa plus récente mise à jour des systèmes informatiques, dont le contrat a été accordé de gré à gré à la multinationale américaine Microsoft, il aurait pu réaliser des économies évaluées à 265 millions de dollars. C’est en tout cas ce qu’indique une note socio-économique publiée vendredi par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) qui invite au passage Québec à regarder davantage dans la direction du « libre » pour réduire ses dépenses et assurer la « souveraineté numérique » de l’appareil administratif provincial.

 

Pour souligner la Journée internationale du logiciel libre, célébrée ce matin partout sur la planète techno, le groupe de penseurs, radicalement à gauche, en appelle à la démarginalisation du logiciel libre, ces applications dont la licence permet une utilisation sans restriction, contrairement aux solutions dites privatives - comme celles offertes par Microsoft -, qui s’accompagnent de coûts récurrents et de contraintes d’utilisation. L’informatique libre, comme en témoignent plusieurs adoptions dans le monde, induit pour sa part des réductions de dépenses publiques substantielles.

 

265 millions d’économies

 

L’IRIS en veut pour preuve le renouvellement récent des systèmes informatiques de 738 000 postes de travail de la fonction publique. Les secteurs de l’éducation et de la santé étaient aussi dans le lot. Le tout pour une facture totale de 1,4 milliard de dollars versés principalement à des compagnies spécialisées dans le logiciel privatif, comme Microsoft. « S’il avait opté pour des logiciels libres », Québec aurait du coup opté pour une facture moins élevée de 265 millions, « soit 19 % du montant total » directement lié au paiement de licences, a indiqué Stéphane Couture, chercheur à l’IRIS et auteur de la note. « C’est là une évaluation bien conservatrice d’ailleurs, car, en Finlande, une transition vers des logiciels libres [au ministère de la Justice] a permis des économies de plus de 70 % par rapport au coût des logiciels propriétaires. »

 

Dans son analyse, qui reconnaît ses propres faiblesses - le peu d’informations du gouvernement sur le sujet et le manque d’études vastes et comparatives des coûts du libre opposé au privatif -, l’IRIS souligne toutefois que 26 ministères et organismes du Québec ont eu, en 2012 et 2013, des dépenses en logiciels montant à 14,3 millions de dollars. Or, sur la base d’une étude de faisabilité commandée en 2008 par la Ville de Québec, le simple passage d’une suite bureautique privative comme Office à une version libre permettrait à un organisme public de réaliser des réductions de 44 % ses dépenses en logiciels, et ce en tenant compte du matériel et de la formation de la main-d’oeuvre. Appliquée au total des dépenses en logiciels de l’État, cette règle mathématique pourrait entraîner une économie théorique de 6,2 millions de dollars en fonds publics.

 

Dépendance technologique

 

« Les logiciels propriétaires contribuent à perpétuer la dépendance technologique du gouvernement, poursuit M. Couture. Les gouvernements qui font le choix des logiciels libres contribuent à la souveraineté numérique des institutions publiques en brisant le cercle de dépendance quant aux technologies propriétaires, développées à l’étranger et dont les spécifications restent opaques à l’intérêt public. »

 

En avril dernier, Québec s’est engagé à faire plus de place aux logiciels libres dans son écosystème informatique. Un projet pilote est d’ailleurs en cours au ministère de l’Immigration, où 40 postes de travail ont été mis à l’heure du libre, soit 0,005 % des postes récemment placés sous l’emprise de Microsoft pour les cinq prochaines années. Dans la foulée, le gouvernement, tout en ayant mis au monde un Centre d’expertise en logiciel libre qui vise à faciliter l’intégration de ce type de logiciel dans l’appareil gouvernemental, a lancé cet automne une consultation afin d’identifier « les freins » dans l’utilisation du logiciel libre dans l’administration publique. Vendredi, par la voix de son ministre responsable de l’Administration gouvernementale, Stéphane Bédard, Québec a dressé un bilan positif de sa lente appropriation du logiciel libre.

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