Charte des valeurs: Bolduc redoute des départs massifs chez les médecins

Soumis aux diktats de la charte, le Québec va perdre de son pouvoir d'attraction auprès des meilleurs de la profession médicale, pense Yves Bolduc.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Soumis aux diktats de la charte, le Québec va perdre de son pouvoir d'attraction auprès des meilleurs de la profession médicale, pense Yves Bolduc.

Québec — Les malades seront au premier rang des victimes de la charte des valeurs, croit le député libéral et ancien ministre de la Santé Yves Bolduc.

«Dans la région de Montréal, vous avez plusieurs médecins et infirmières qui sont de religion juive, de religion musulmane, de religion hindoue et ces gens-là vont être pénalisés. Ils vont décider de partir et à ce moment-là, les populations ne pourront pas être traitées», a-t-il argué.

M. Bolduc n'est pas en mesure de dire combien de professionnels de la santé affichent des signes religieux dans les hôpitaux québécois, mais il est convaincu que plusieurs d'entre eux, mobiles et recherchés à travers le monde, n'accepteront pas de travailler dans une société devenue intolérante. Selon lui, le projet de charte fait peser une double menace sur le système de santé: le départ de médecins établis ici, mais originaires d'ailleurs et des difficultés accrues de recrutement à l'extérieur.

«Deux phénomènes»

«Il y a deux phénomènes: les gens qui vont partir et les gens qui devaient venir, mais qui ne viendront plus au Québec. Il y a aussi ceux qui vont conclure qu'on est devenu une société intolérante dans laquelle on ne peut pas laisser les autres s'exprimer et qui vont décider de choisir d'autres endroits que le Québec», a-t-il dit.

En matière de recrutement et de rétention des médecins, le Québec fait face à une rude concurrence des autres pays et des provinces canadiennes. Soumis aux diktats de la charte, le Québec va perdre considérablement de son pouvoir d'attraction auprès des meilleurs de la profession médicale, pense M. Bolduc.

«Les gens avec de grandes expertises que l'on veut recruter dans nos hôpitaux pour donner les meilleurs soins vont probablement choisir un autre endroit que le Québec s'ils croient que le Québec est un endroit qui ne tolère pas ceux qui pratiquent différentes religions», a déclaré le porte-parole de l'opposition libérale en matière de santé.

En vertu des dispositions de la charte des valeurs, le port des signes religieux sera interdit pour le personnel des établissements de santé, notamment les médecins et les infirmières. Les établissements pourront cependant, sous certaines conditions, se prévaloir d'un droit de retrait d'une durée de cinq ans, renouvelable.

«Oui, le droit de retrait, mais»...

Pour le député libéral, il est illusoire de penser que le droit de retrait sera suffisant pour rassurer le personnel inquiet du réseau.

«C'est l'ambiance que ça crée. Oui, le droit de retrait, mais pour combien de temps? Ce n'est pas clair. Avec un gouvernement qui prend des positions très radicales, parce que c'est très radical de dire aux gens qu'ils ne peuvent plus rien exprimer, je pense qu'il faut se poser des questions», a-t-il dit.

Même à échelle réduite, le député n'hésite pas à dresser un parallèle entre les départs appréhendés de médecins opposés à la charte et les mises à la retraite massives dans le secteur de la santé dans les années 1990.

«La mise à la retraite (et) le fait d'avoir diminué les admissions en médecine ont fait qu'on s'est retrouvé en grande pénurie, beaucoup plus grande que dans les autres provinces. Je ne pense pas que ce sera aussi pire que les 1500 médecins qui ont été mis à la retraite, mais chaque médecin que vous perdez, vous perdez une expertise et vous diminuez l'accessibilité aux services», a-t-il évoqué.

Le ministre Hébert n'y croit pas

Quant à lui, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, estime au contraire que la laïcité inscrite dans la charte facilitera le recrutement de médecins désireux de pratiquer dans un environnement sans signes religieux. Il ne croit pas qu'il y aura une vague de départs, tout juste quelques cas isolés.

«Il y a des professionnels de la santé qui viendront au Québec parce que justement, on a une neutralité. Et s'il y en a quelques-uns qui menacent de s'en aller, on verra s'ils mettent leur menace à exécution, mais ça ne m'inquiète pas», a-t-il assuré.

Par Martin Ouellet
44 commentaires
  • Stanislas Vézina - Inscrit 19 septembre 2013 13 h 56

    Péférence

    L'usage de la peur plutôt que le dialogue.

    • Michel Gagnon - Inscrit 19 septembre 2013 15 h 01

      Tout comme ce fut le cas lors du dépôt de la loi 101, ou des référendums. Doit-on s'attendre à voir des camions de la Brinks circuler vers l'Ontario?
      Quand on est en manque d'arguments, c'est tout ce qui reste comme tactique.

    • Nicole Bernier - Inscrite 19 septembre 2013 19 h 33

      Je ne sais pas pourquoi, chaque fois qu'il y a une critique de la charte... on accuse les gens de vouloir faire peur...

      Mais, je pense que de poser si cette charte va permettre d'atteindre les objectifs d'attirer des immigrants francophones dont 24% viennent d'Afrique du Nord (BDSO en 2009), objectifs fondamentaux pour maintenir une tendance à la hausse de la population québécoise, ou si cette charte ne sera pas un obstacle à l'immigration économique (des travailleurs qualifiés, des entrepreneurs, des investisseurs, des travailleurs autonomes) des personnes qualifiées de cette région. Si nous devenons semblables à la France, pourquoi ces immigrants choisiraient de venir s'installer au Québec? Ne venaient-ils pas, en partie, parce que nous avions une plus grande ouverture d'esprit que le racisme français?

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 19 septembre 2013 19 h 34

      Mr Gagnon...Vous ne pouvez pas nier que le PQ au pouvoir a mis le système de santé dans le ravin il y a 15 ans en prenant un mauvais virage...et les conséquences se font encore sentir!
      Pourquoi ne pas croire en l'expérience de Mr Bolduc qui s'est battu pour recruter des médecins pendant des années?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 20 septembre 2013 07 h 19

      Mme Wandelmaier, j'écoutais Mario Dumont hier qui parlait de l'augmentation du nombre de docteurs au Québec, de l'augmentation du coût du système de santé et... du temps d'attente pour voir son médecin 3 fois et demi plus long ici que n'importe où ailleurs.

      Constat ? Tout augmente... sauf... le service aux patients !

      Confiance dites-vous ??? Croire dites-vous ??? Pardon ???

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 20 septembre 2013 08 h 52

      Mr Lefèbvre...Vous répondez à côté du sujet!

      Il n'est pas question ici des coûts du système de santé ni des temps d'attente ( un gros chapitre) mais du recrutement et rétention des médecins au Qc...
      Les hôpitaux ontariens et provinces atlantiques se frottent déjà les mains!

    • Michel Gagnon - Inscrit 20 septembre 2013 11 h 03

      Mme Wandelmaier:
      Vous reprochez à M. Lefebvre de répondre à côté du sujet mais c'est exactement ce que vous faites en réponse à mon commentaire.
      Et à votre place, j'éviterais de mettre de l'avant le bilan de M. Bolduc comme Ministre de la Santé.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 20 septembre 2013 15 h 23

      ...et, pour soutenir l'argument de madame Bernier, pas seulement les médecins mais aussi les gens qualifiés et spécialistes d'autres secteurs et industrie choisiront d'autres horizons!

      La compétition est forte pour attirer les immigrants investisseurs et les cerveaux productifs à une société ( LAustralie, les EU, les autres provinces canadiennes)...Les autres types d'immigrants " se ramassent à la pelle" comme dit la chanson et sont une charge lourde pour toute société pendant au moins cinq ans avant de contribuer vraiment!

  • Poulin Poulin - Abonnée 19 septembre 2013 14 h 04

    N'importe quoi!

    Incroyable...à qui voulez-vous faire peur....Tant de gens rêve de venir au Québec...c'est faux ce que vous dites...alors j'attends la Brinks les oranges de la Floride....Soyez sérieux. Si au moins vous pouviez nous dire comme ancien ministre de la santé...combien y a-t-il d'infirmières qui seraient touchés. Combien de médecins surtout anglophones peut-être pourraient nous quitter. S'il vous plait ne dites pas n'importe quoi.

  • Cyril Dionne - Abonné 19 septembre 2013 14 h 09

    La raison principale du départ des médecins du Québec se situent au niveau de la rénumération. Point à la ligne.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 19 septembre 2013 22 h 06

      C'est pourquoi leur rémunération équivaut maintenant à 5% du budget de la province. Pour 20 000 personnes. Faut quand même qu'ils fassent vivre leur famille.

  • Michel Bouchard - Inscrit 19 septembre 2013 14 h 10

    N'importe quoi

    N'importe quoi pour s'opposser à la charte.

  • Michel Bouchard - Inscrit 19 septembre 2013 14 h 19

    N'importe quoi

    N'importe quoi pour s'opposer à la charte. Quand est-ce qu'un médecin va s'opposer à un acte médical basé sur sa religion si le signe du $ est son gagne-pain ? Aucun médecin va dire non , par exemple , pour une transfusion de sang ou pour sauver une personne. Le serment d'Hippocrate alors ?

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 19 septembre 2013 22 h 09

      Le serment d'Hippocrate ne tient plus depuis longtemps, malheureusement. Quoique la version originale était un peu louche. Les médecins sont payés à l'acte, pour autant que la personne soit assurée.

      Essayez de sortir de le serment d'Hippocrate à un médecin qui refuse un patient présentant des symptômes lourds de problèmes mentaux, mais qui n'est pas couvert par le régime provincial. Le régime fédéral le couvre, mais il faut remplir des papiers Ah! faut quand même nourrir la famille.