Charte des valeurs québécoises - Signes religieux : le droit de retrait pourrait être restreint, dit Lisée

Jean-François Lisée
Photo: François Pesant Le Devoir Jean-François Lisée

La bonification de la Charte des valeurs québécoises, évoquée mardi par Jean-François Lisée, vise avant tout à empêcher Montréal et les villes environnantes de se soustraire à l’obligation d’interdire à leurs employés de porter des signes religieux.

 

Le gouvernement Marois s’est rendu compte que le droit de retrait, valide pour une période renouvelable de cinq ans, que propose le projet de Charte des valeurs québécoises pour les municipalités, les hôpitaux, les cégeps et les universités pouvait leur permettre d’éviter de se soumettre à cette obligation censée assurer la neutralité de l’État. Il n’avait pas prévu que 15 maires de municipalités de l’île de Montréal ainsi que l’ensemble des candidats à la mairie de Montréal s’engagent à se prévaloir de ce droit de retrait.

 

« On a conçu le droit de retrait comme une façon de permettre à des municipalités et des hôpitaux qui ont une personnalité particulièrement forte, ancrée dans une communauté religieuse, par exemple, d’avoir une période de transition », a expliqué dans un point de presse le ministre responsable de la région de Montréal, Jean-François Lisée.

 

« Ce n’est pas conçu pour que toute une région puisse s’exclure. C’est comme si Camille Laurin avait dit : “On va faire la loi 101 sauf à Montréal” », a-t-il dit.

 

« C’est le moment d’avoir le cran de décider pour vrai », juge Jean-François Lisée. Il n’est pas question « de diluer des propositions », notamment en restreignant les types d’employés de l’État visés par la prohibition du port des signes religieux, comme le suggère la Coalition avenir Québec. Le chef de la CAQ, François Legault, a proposé au gouvernement d’adopter dans les semaines qui viennent une Charte des valeurs calquée sur la proposition de son parti : l’interdiction ne viserait que les employés de l’État en autorité : les juges, les procureurs, les gardiens de prison, les policiers et les enseignants des écoles publiques. Le personnel des hôpitaux, des cégeps et des universités pourrait porter des signes religieux.

 

Ouverture caquiste

 

Jean-François Lisée a rejeté cette avenue. « Nous, on pense qu’on a le bon périmètre. On ne veut pas revenir dans cinq ans ou dans dix ans pour rediscuter de cette question-là. C’est le moment de dire : les employés qui travaillent pour l’État sont visés », a-t-il soutenu, y compris les éducatrices en garderie.

 

De son côté, le ministre responsable de la Charte des valeurs, Bernard Drainville, tout en saluant « l’ouverture » manifestée par la CAQ, a refusé de procéder rapidement à la présentation et à l’adoption du projet de loi. « Il ne faut pas bousculer ce débat-là », a-t-il dit.

 

Il faut d’abord écouter les citoyens, a-t-il fait valoir. Tous les foyers ont reçu ou recevront sous peu un dépliant gouvernemental sur la Charte. « Il y a un certain nombre de Québécois qui n’ont peut-être pas une idée faite encore, qui vont s’asseoir à la table de la cuisine, qui vont mettre ça sur le frigo et qui vont progressivement se faire une idée, une opinion éclairée sur le projet, croit le ministre. Laissons-leur le temps. C’est à eux ces valeurs-là. C’est à nous tous, la question des valeurs. »

 


Gérard Bouchard persiste et signe

Le sociologue Gérard Bouchard réitère son opposition au projet de Charte des valeurs québécoises. Selon ce que rapporte Radio-Canada, le coprésident de la Commission sur les accommodements raisonnables a profité de son passage mercredi devant le Cercle de presse du Saguenay pour critiquer une fois de plus l’initiative du gouvernement Marois. Il craint notamment que le débat suscité par la Charte crée une « fracture sociale ». « Le gouvernement, avec son projet, est en train de créer les conditions qui vont permettre à toutes les minorités au Québec de se coaliser, de se solidariser et de former un bloc. Et ce bloc-là va se former contre la majorité », a-t-il dit.

32 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 19 septembre 2013 01 h 19

    On commence

    À être un peu plus intelligent. Il devrait y avoir un droit de retrait de 5 ans mais nion-renouvelable

    • Matthieu Jean - Inscrit 19 septembre 2013 05 h 10

      Pourquoi pas un droit de retrait devant être renouvelé chaque année, pour une limite totale de 3 ans? Et d'abord, pourquoi un droit de retrait?

    • Michel Lasalle - Inscrit 20 septembre 2013 06 h 38

      Pas de droit de retrait du tout pour les organismes, mais une acceptation d'un droit acquis pour les employés(es) actuels(les) et une application des règles pour les nouveaux.

  • André Chevalier - Abonné 19 septembre 2013 06 h 00

    La fracture sociale de G. Bouchard

    La fracture sociale est déjà là, monsieur Bouchard.

    Avec la politique du multiculturalisme qui encourage l'expression des particularités culturelles qui créent une distinction entre les groupes ethniques, Montréal est en train de se ghettoïser comme certaines grandes villes européennes.

    • Francois Gougeon - Inscrit 19 septembre 2013 08 h 11

      Est-ce que la laïcité à la Française a freiné d'une quelconque façon cette getthoïsation? Vous pensez réellement que de demander aux employés de l'hôpital juif de retirer leur kippa ou au surveillante de CPE de retirer leur voile va changer quelque-chose à la situation? Cette charte n'est pas pour Montréal.
      Ne voyez-vous pas que tout ce cirque n'est qu'un coup éléctoral du PQ pour aller chercher des votes à droite en région, là où les éléctions provinciales se gagnent? Personne ne s'intéresse réellement à Montréal de toute façon.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 19 septembre 2013 09 h 17

      Tout à fait raison...Mr Gougeon...Et une manoeuvre très divisve!!!!! Est-ce que tout gouvernement qui se respecte ne devrait-il pas faire tous les efforts possibles pour unifier une population au lieu de diviser?
      Est-ce que l'argumentation souverainiste est-elle si faible qu'elle doive faire appel à des stratégies, des manoeuvres douteuses, des antagonismes artificiels avec le fédéral pour gagner un vote à son option?
      Qu'arrive-t-il au lendemain d'un référendum gagné sur la base d'une illusion? La population doit vivre avec les conséquences...Va-t-elle coopérer?

    • Djosef Bouteu - Inscrit 20 septembre 2013 09 h 56

      C'est de promouvoir la ghettoïsation et l'inégalité entre les femmes et les hommes et le non-respect du principe de neutralité religieuse de l'État qui est une manoeuvre divisive.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 21 septembre 2013 18 h 11

      Beaucoup de concepts sont mélangés ou mal interprétés...Mr Bouteux!

      La neutralité de l'État veut dire que l'État ne doit pas favoriser une religion plus que l'autre...Cela ne veut rien dire d'autre...En essayant d'éliminer Turbans, voiles, kippas mais en conservant les signes extérieurs chrétiens sous prétextes qu'ils font partis du Patrimoine, le gouvernement agit exactement le contraire d'une neutralité!

  • André Chevalier - Abonné 19 septembre 2013 06 h 04

    Et le retrait du crucifix?

    Le retrait du crucifix de l'assemblée nationale irait aussi dans le sens d'une bonification de la charte.

    On devrait également changer le titre « Charte des valeurs» pour charte de la laïcité.

    • Louka Paradis - Inscrit 19 septembre 2013 10 h 32

      Je ne suis pas d'accord avec vous. M. Foglia non plus ; il a très bien expliqué cette position dans un article, il y a deux jours : http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/pierre-fo
      La dernière ligne dit tout!

      Louka Paradis, Gatineau

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 19 septembre 2013 19 h 59

      Letexte de Mr Foglia est condescendant, arrogant, insultant et montre l'exemple de quelqu'un qui ne comprend rien aux sensibiités en question...Tout en faisant semblant d'être compréhensif!

      Je suis pour une laicité et sécularité totale d'un état...mais cette situation serait aberrente et incompréhensive pour les diverses communautés si les signes "ostentatoires" chrétiens sont maintenus en rationnalisant qu'ils font partis du patrimoine..Mêmes les évêques, aujourd'hui, se sont dits d'accord d'enlever le crucifix de l'AN car ils ne veulent pas que le crucifix soit considéré comme un "objet" du Patrimoine...

  • Jean-Marc Simard - Abonné 19 septembre 2013 06 h 42

    Laïcité érosive ?

    Permettre un droit de retrait est une porte ouverte à l'érosion de la laïcité. Il en est de même en autorisant le port de signes religieux à certains fonctionnaires de l'État...L'État est laïc ou il ne l'est pas...Laisser une période d'adaptation, d'accord, mais à la condition d'y voir un exercice d'adhésion éventuel aux objectif poursuivis par la charte. Et il n'est pas nécessaire que cette période soit très longue...

  • Denis Gobeille - Abonné 19 septembre 2013 07 h 37

    Est-ce un code vestimentaire?

    Plusieurs employeurs imposent un code vestimentaire et de plus en plus d'écoles primaires le font aussi. C'est une pratique normale que les gens acceptent. S'ils refusent de le respecter, ils doivent alors s'organiser autrement en cherchant un autre employeur ou une autre école.