L’escouade Marteau s’invite chez Couillard

« Je ne crois pas que le parti, comme institution, fasse l’objet d’une enquête. Je crois que certains individus font l’objet d’examens policiers», a déclaré Philippe Couillard mercredi.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot « Je ne crois pas que le parti, comme institution, fasse l’objet d’une enquête. Je crois que certains individus font l’objet d’examens policiers», a déclaré Philippe Couillard mercredi.
Philippe Couillard a été rencontré par les enquêteurs de l’escouade Marteau qui sont venus le cueillir à son domicile mercredi matin pour l’interroger sur « le fonctionnement actuel et passé du PLQ ». Accusé d’avoir manqué de transparence à la suite de la perquisition à la permanence du parti en juillet dernier, le chef du Parti libéral a lui-même informé les journalistes de cette visite inopinée.

« Je ne suis visé par aucune enquête moi-même, a rapidement précisé Philippe Couillard. Il s’agissait de la rencontre de la personne qui occupe la fonction de chef du Parti libéral du Québec. Et je réitère qu’aucun membre du caucus actuel n’a été rencontré par les escouades, que ce soit Marteau ou l’UPAC. »

Refusant de nommer « les personnes qui auraient été mentionnées ou pas dans l’entretien », Philippe Couillard confirme que l’UPAC s’intéresse plus précisément à certaines personnes liées au parti. « Je ne crois pas que le parti, comme institution, soit sous enquête. Je crois que certains individus font l’objet d’examens policiers […] Il y a des individus qui peuvent peut-être avoir été jugés coupables, qui seront peut-être jugés coupables d’avoir transgressé les lois dans notre parti. »

Le nom de Nathalie Normandeau circulant depuis les révélations de l’émission Enquêtes, Philippe Couillard a refusé de dire si cette dernière avait encore sa confiance. Il y a quelques mois à peine, le chef du Parti libéral se disait prêt à l’accueillir dans ses rangs si elle décidait de faire un retour en politique. « J’ai déjà fait plusieurs commentaires, je n’ai rien à ajouter là-dessus », s’est contenté de répondre Philippe Couillard en point de presse.

Hasard ?

L’aspirant premier ministre raconte être sorti de son appartement dans un immeuble de Québec mercredi matin et avoir vu deux agents de la Sûreté du Québec qui se sont identifiés et ont demandé à lui poser quelques questions. La rencontre, qui s’est déroulée chez lui, a duré un peu moins d’une heure. « C’est une expérience humaine particulière : vous sortez de chez vous, puis vous rencontrez des enquêteurs qui s’identifient et veulent vous rencontrer », a expliqué le chef du Parti libéral, parlant d’une scène qu’il aurait préféré voir « juste au cinéma ».

« Mais quand je suis sorti de là, je me suis dit : c’est exactement pour ça que ces escouades-là ont été mises en place. On a créé Marteau, on a créé l’UPAC, on a créé la commission Charbonneau, on a fait une loi anti-prête-noms spécifiquement pour qu’ils enquêtent sur ces questions. Alors, ça m’apparaît, je ne dirais pas normal, le mot est peut-être mal choisi, [mais tout de même], qu’ils rencontrent les chefs politiques de partis politiques. »

Bien qu’il dise n’avoir aucune indication en ce sens, il laisse entendre qu’il serait mal avisé de tenir pour acquis qu’il est le seul chef de parti à avoir été rencontré par les forces policières. Il dit vouloir « connaître la vérité sans compromis » et espère que cette enquête permettra de faire la lumière, une fois pour toutes, sur la corruption dans les partis politiques.

À ses côtés, le responsable du financement au Parti libéral et député de Beauce-Sud, Robert Dutil, a soutenu qu’il n’avait été ni rencontré ni contacté par les policiers. Son collègue de Marguerite-Bourgeoys et ancien policier, Robert Poeti, y est allé, pour sa part, d’une déclaration plutôt surprenante : « Si les gens pensent que c’est un hasard — ça s’est produit la veille de la rentrée parlementaire —, je vous laisse le soin de juger. Si on pense que ce matin, c’est encore un hasard, au lendemain d’une conférence de presse où le chef dit clairement qu’il veut la vérité, on a une rencontre. Si vous pensez que ça, c’est encore un hasard médiatique, je vous laisse le soin d’en juger. »

« Suite logique »

Jacques Duchesneau, lui aussi ex-policier, et député de la CAQ, est d’accord avec le chef libéral pour dire qu’il faut que la lumière soit faite sur le financement illégal de tous les partis siégeant à l’Assemblée nationale. « La perquisition au Parti libéral est dans la suite logique de ce qu’on a entendu à la commission Charbonneau et on a aussi parlé du Parti québécois. Alors il ne faudrait pas justement qu’on fasse l’autruche et penser que le problème existe uniquement du côté du Parti libéral. »

Selon lui, Philippe Couillard a bien appris sa leçon. « Il a fait aujourd’hui ce qu’il aurait dû faire au mois de juillet. » L’ancien policier affirme par ailleurs que la technique employée par les policiers mercredi matin n’était sans doute pas anodine. « Que l’on attende M. Couillard à la sortie de son domicile pour l’intercepter, je ne rentrerai pas dans les techniques policières, mais il y a une raison, habituellement, pour laquelle on fait ça : c’est pour ne pas qu’une personne se prépare. Donc, je suis convaincu que M. Couillard a donné les bonnes réponses parce que s’il avait donné les mauvaises réponses, je suis sûr que les policiers seraient partis avec M. Couillard. »

Du côté du Parti québécois, le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a dit trouver « inquiétantes » ces nouvelles révélations. « Je trouve ça grave, c’est peu banal, on n’a jamais vu ça. Je ne pense pas que c’est le temps de donner un coup de marteau, sans faire de mauvais jeu de mots. On va laisser l’enquête suivre son cours et j’imagine que le chef du PLQ va se comporter en conséquence. »

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