Mourani remet en question sa foi en la souveraineté

«Attention, l’indépendance, vous ne la verrez pas avant longtemps si vous pensez qu’on peut la faire sans Montréal», a déclaré vendredi Maria Mourani.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Attention, l’indépendance, vous ne la verrez pas avant longtemps si vous pensez qu’on peut la faire sans Montréal», a déclaré vendredi Maria Mourani.

En claquant la porte du Bloc québécois sur fond de désaccord au sujet de la Charte des valeurs, la députée Maria Mourani a semé le désarroi dans le mouvement souverainiste.

« Blessée » par ce débat déchirant, la députée d’Ahuntsic remet en question sa foi souverainiste. Elle affirme que l’initiative du gouvernement Marois nuit au mouvement souverainiste et que le chef bloquiste Daniel Paillé a commis une erreur importante en lui montrant la porte du caucus.
 

C’est une Maria Mourani passablement émue qui s’est présentée devant les médias vendredi matin. « Est-ce que j’ai encore ma place dans ce mouvement indépendantiste là ? Est-ce que les gens comme moi qui viennent d’ailleurs, qui s’intègrent au Québec, qui deviennent des citoyens à part entière, est-ce qu’ils ont leur place dans le mouvement ? Je n’ai pas de réponse. »

 

Reprenant soudainement son aplomb, elle a affirmé ne pas regretter ses critiques du projet de Charte des valeurs québécoises. « Vous savez, quand je parle, c’est mûrement réfléchi, et je pense que ce qui se passe actuellement est vraiment inacceptable pour le mouvement souverainiste. »

 

« J’ai voulu envoyer un message aux indépendantistes du Québec en leur disant : attention, l’indépendance, vous ne la verrez pas avant longtemps si vous pensez qu’on peut la faire sans Montréal. »

 

La députée d’Ahuntsic s’est jointe mercredi à un groupe de militants indépendantistes pour décrier l’initiative du gouvernement Marois, notamment en ce qui concerne le port de signes religieux. Le Bloc québécois (BQ) s’est d’abord dissocié des propos de sa députée, avant d’annoncer son expulsion du caucus le lendemain. Elle a annoncé vendredi qu’elle poursuivra son travail de députée fédérale comme indépendante jusqu’en 2015.

 

François Leblanc est l’ex-chef de cabinet de Gilles Duceppe. Il déplore la gestion de crise faite par l’équipe bloquiste actuelle. « Je n’en reviens pas que mon parti fasse ça. On joue avec les émotions des gens », dit-il au Devoir.

 

Il reconnaît que Mme Mourani a une personnalité forte. « Je sais qu’il faut beaucoup discuter. On devait négocier continuellement. Mais elle était finalement restée avec nous. Je ne sais pas à quel point on a voulu régler un contentieux en utilisant ce prétexte », dit-il. Selon M. Leblanc, le Bloc québécois aurait dû laisser couler de l’eau sous les ponts avant de s’en prendre à sa députée. « On aurait dû attendre avant d’agir contre Maria. Parce que là, Maria, elle est devenue sainte Maria. Et ses propos ont une grande influence. »

 

Plusieurs autres militants souverainistes ont fait écho aux propos de M. Leblanc. Jean Dorion, ex-député du BQ et initiateur du groupe des Indépendantistes pour une laïcité inclusive, salue la décision de Mme Mourani. « Ce qui lui est arrivé cette semaine, sa déclaration d’aujourd’hui, c’est des points tournants dans ce débat-là », déclare celui qui se qualifie désormais d’indépendantiste « un peu désespéré ».

 

De la même façon, l’ex-députée péquiste Lisette Lapointe qualifie Mme Mourani de « courageuse ». « Ce que je défends au sujet de Maria Mourani, c’est son droit de s’exprimer. Je trouve inconvenant que les députés n’aient pas cette liberté-là. […] Les lignes de parti pour des choses fondamentales comme ça, ça n’a pas de sens. »

 

Vendredi soir, plus d’une centaine de personnes avaient par ailleurs appuyé une pétition mise en ligne pour dénoncer l’expulsion de la députée d’Ahuntsic. « Exclure Maria Mourani du caucus du Bloc québécois ne fait qu’attiser les tensions en cette période charnière pour le peuple québécois », indique notamment le libellé de la pétition.

 

Intérêt chez Québec solidaire

 

Dans les coulisses, on pense que Mme Mourani a fait un calcul politique. « Sa circonscription a été redécoupée pour la prochaine élection et si on applique le vote de 2011 à sa nouvelle circonscription, elle perd par 4000 ou 5000 voix. […] Elle était cuite. On lui a ajouté la communauté haïtienne, qui vote à 97 % libéral. » Mme Mourani n’a jamais remporté son siège facilement. Elle a gagné par 708 voix en 2011, 423 en 2008 et 834 en 2006.

 

Selon cette source, Mme Mourani est proche de Québec solidaire, ayant toujours, par exemple, refusé que le Bloc québécois endosse officiellement le Parti québécois lors des élections provinciales, préférant inviter les souverainistes à voter pour le parti indépendantiste de leur choix. « C’est très stratégique, cette sortie. Ça lui procure une belle visibilité et elle pourra plonger avec Françoise David. » La prédiction est que Mme Mourani se présenterait alors pour Québec solidaire dans la circonscription montréalaise de Sainte-Marie -Saint-Jacques, actuellement représentée par l’ex-ministre Daniel Breton. Cette circonscription est située directement sous celles de Françoise David et d’Amir Khadir, les deux députés solidaires. QS y est arrivé en seconde position en 2012, Manon Massé y récoltant un peu plus de 25 % des voix.

 

Chose certaine, des militants de QS souhaiteraient attirer Maria Mourani dans les rangs du parti. Lorsqu’on la questionne à ce sujet, la coporte-parole Françoise David éclate de rire et affirme qu’on n’en est pas là, pour l’instant.« J’ai laissé un message sur le répondeur de Mme Mourani hier [jeudi] pour lui exprimer ma sympathie, mon affection et mon estime, raconte-t-elle. Mais si Maria Mourani voulait adhérer à Québec solidaire. Si elle voulait devenir un jour candidate pour Québec solidaire, je ne vous cache pas qu’elle serait très bien accueillie chez nous. »

 

Une personnalité forte

 

Une source bien placée au Bloc québécois rappelle, sans vouloir la noircir, que Mme Mourani a une personnalité bien à elle qui était parfois difficile à gérer au sein du parti. « Maria charrie constamment. Elle a fait virer fou Gilles Duceppe une dizaine de fois. Il fallait qu’on aille tenter de la calmer. On appelait même son mari, qui est un chic type, pour qu’il lui parle. Il la calmait. Elle revenait. […] C’est une femme brillante, mais qui est incapable de travailler en équipe », soutient cette source.

 

Le franc-parler de la députée s’est d’ailleurs manifesté en 2006 dans une entrevue au Devoir. De retour d’un voyage d’observation au Moyen-Orient, elle n’a pas hésité à qualifier de « crimes de guerre » les interventions militaires menées par Israël au Liban, son pays d’origine. Elle s’est rétractée le lendemain, par voie de communiqué.

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3 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 14 septembre 2013 01 h 12

    Après le coup de la Brinks...

    Et voilà qu'on nous prépare le coup des tchadors...des kippa et des burka.

    Cela ressemble à du: Laisse-moi mes signes religieux sinon je vote non à l'indépendance... Brandir sa croix au cou pour mettre en péril l'avenir d'un peuple. Minable. Bravo Mme Mourani.

    • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 16 septembre 2013 14 h 06

      Quelle analyse déplorable.

      Vous êtes vous-même en train de mettre en péril l'avenir du peuple québécois en défendant cette Charte arrièrée et la décision ridicule du Bloc Québécois. Mais évidemment, comme d'habitude, ce sont les autres, les coupables.

      Et si vous souhaitez me traiter de fédéraliste, je vous y invite: j'ai justement besoin de rire un bon coup pour oublier la petitesse d'esprit de mes concitoyens.

  • Luc Bertrand - Abonné 14 septembre 2013 01 h 33

    Pourquoi faire de la politique s'il faut se taire?

    Je n'ai plus l'habitude de voter au fédéral puisque je juge ce gouvernement illégitime, surtout depuis le coup de force de Trudeau de 1982. Mais Maria Mourani était mon choix dans la course à la succession de Gilles Duceppe, car elle reconnaissait l'apport des autres partis souverainistes que le Parti québécois (QS, PI, ON), contrairement à Daniel Paillé pour qui hors du PQ, point de salut. Or, ce parti me lève le coeur depuis le départ de Jacques Parizeau. Il n'est plus l'ombre de lui-même. Il a sacrifié ses idéaux pour les privilèges de parlementaire qu'apportent la fonction de ministre ou même de député. Quitte à virer sa chemise de bord comme tous les autres vieux partis avant lui.

    Ce sont les tenants de la langue de bois et de la rectitude politique à outrance qui sont en train, non seulement de souiller à jamais le métier de politicien, mais également de tuer notre rêve légitime de peuple vraiment libre. L'injustice et l'oppression nationale n'ont pas de frontières et les choses doivent être appelées par leur nom. Ce n'est pas Maria Mourani qui charriait, ce sont plutôt ses chefs qui n'étaient pas à la hauteur des exigences que commande leur fonction.