Charte des valeurs québécoises - Réactions mitigées sur la scène politique provinciale

Une vision étroite, dit le PLQ

Le Parti libéral du Québec (PLQ) est d’accord avec certains aspects de la Charte, soit l’importance de l’égalité hommes-femmes, la neutralité religieuse des institutions de l’État, la prestation et la réception des services à visage découvert de même que la préservation du patrimoine historique du Québec. Il croit qu’il est nécessaire d’établir des balises pour encadrer les accommodements raisonnables, mais celles-ci ne doivent pas être enchâssées dans la Charte des droits et libertés. Le PLQ, qui a présenté ses propres orientations la semaine dernière, s’oppose catégoriquement à l’idée d’interdire le port de signes religieux ostentatoires à quiconque, affirmant que l’on brime ainsi un droit fondamental. « Il faut une vision bien étroite pour demander que l’on sorte le ruban à mesurer afin de limiter nos droits et libertés individuelles », a soutenu le porte-parole de l’opposition officielle, Marc Tanguay.

Ça va trop loin, selon la CAQ

La Coalition avenir Québec (CAQ) partage un certain nombre de positions du Parti québécois sur l’interdiction du port de signes religieux visibles chez les employés qui sont en position d’autorité et veut élargir cette interdiction, suivant la logique de la déconfessionnalisation des écoles, aux directions et professeurs d’écoles primaires et secondaires. L’idée d’étendre cette mesure à tous les employés de l’État est « beaucoup trop radicale », selon la porte-parole de la CAQ, Nathalie Roy. Elle remet en question le droit de retrait accordé à certains établissements et affirme que le projet de Bernard Drainville est « beaucoup trop compliqué [et] ouvre la porte à de l’interprétation » sur les signes ostentatoires ou ostensibles. « Est-ce que ça va prendre une police religieuse pour aller voir dans le cou des fonctionnaires ce qui est permis, ce qui ne l’est pas ? »

QS a des réserves

La députée de Québec solidaire (QS) Françoise David « accueille favorablement » les grandes orientations de la Charte, mais s’oppose à l’interdiction du port de signes religieux par les employés de l’État et des établissements publics, ce qu’elle juge discriminatoire, particulièrement envers les femmes musulmanes qui portent le voile. Elle demande à Québec, « au nom de l’histoire », de déplacer le crucifix qui trône au-dessus du président de l’Assemblée nationale. Le président et coporte-parole de Québec solidaire, Andrés Fontecilla, remet par ailleurs en question le droit de retrait de certains établissements, ce qui risque de créer « une fracture juridique » entre ceux qui vont déroger à la Charte ou non. « Concernant des droits qui sont supposément fondamentaux, ça nous paraît hautement questionnable. »

La CSN en consultation

Les syndicats comptent participer au débat public. Prudente, la CSN consultera ses membres avant de se prononcer définitivement sur la Charte des valeurs québécoises. « Au-delà des grands principes énoncés, c’est dans son application que le débat se fera. De plus, la question ne doit pas antagoniser les diverses composantes de la société québécoise, mais les souder », a précisé Jacques Létourneau, président de la CSN, par voie de communiqué. La CSQ, malgré certaines réserves, accueille la charte assez favorablement, mais demande au gouvernement de retirer le crucifix à l’Assemblée nationale. Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec a convoqué une conférence de presse ce mercredi matin.

Le milieu de la santé prudent

Dans le monde de la santé, on préfère étudier la proposition de Bernard Drainville en profondeur avant de prendre position. Les établissements de santé, d’ailleurs, pourront se prévaloir du « droit de retrait », précise la Charte. L’Association québécoise des établissements de santé (AQESSS) consultera ses membres, tout comme les grands syndicats du monde de la santé comme la FIQ (infirmières) et la FMOQ (médecins). « La neutralité de l’État, c’est un principe avec lequel nous sommes en accord, explique Régine Laurent, présidente de la FIQ. C’est un gros débat de société, et il faut prendre le temps de le mener. »

La FQM et l’UMQ divergent

Alors que la Fédération québécoise des municipalités (FQM) voit d’un bon œil la proposition de Charte, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) émet certaines réserves à l’égard du projet. « Peu de municipalités au Québec éprouvent des problèmes quant aux signes religieux ostentatoires», dit le président de l’UMQ et maire de Rimouski, Éric Forest. M. Forest croit que le gouvernement devrait laisser les villes libres d’adhérer ou non à la Charte. Pour sa part, la FQM adhère au projet de Charte. « Le moment est venu pour notre société d’affirmer clairement sa modernité en exprimant la nécessaire séparation de la religion et de l’État », estime son président Bernard Généreux.

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