Bras de fer entre Daniel Breton et Gaz Métro sur l'électrification des transports

Daniel Breton a remis en doute les affirmations de Gaz Métro, qui a tenté de convaincre les élus à La Malbaie que le gaz naturel était la meilleure façon, à court terme, de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Daniel Breton a remis en doute les affirmations de Gaz Métro, qui a tenté de convaincre les élus à La Malbaie que le gaz naturel était la meilleure façon, à court terme, de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

La Malbaie — Daniel Breton, responsable du dossier de l'électrification des transports, remet en question les propositions de Gaz Métro qui souhaite remplacer le diesel par le gaz naturel comme solution alternative à l'électrification des transports.

Devant la première ministre Pauline Marois et ses invités, les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et les premiers ministres de l'Est du Canada, qui se penchent sur la question de l'énergie renouvelable au cours d'une rencontre à Charlevoix, Gaz Metro a tenté de convaincre les élus que le gaz naturel était la meilleure façon, à court terme, de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Affirmant que le gaz naturel était entré dans «un âge d'or», Martin Imbleau, le vice-président du secteur développement et énergies responsables de Gaz Metro, a parlé d'une «opportunité extraordinaire au Québec et dans la région pour une complémentarité électrique et gaz naturel» dans le secteur des transports qui représente 42% des émissions de gaz à effet de serre au Québec.

«Ce que l'agence internationale de l'énergie nous dit, c'est qu'on doit agir rapidement et ici, le mieux est l'ennemi du bien. Si on attend d'avoir la solution parfaite, on va passer à côté de certaines options et, à cet égard, dans certaines niches, le gaz naturel est de loin la meilleure des options.»

Selon lui, «le rôle du gaz naturel commence là où celui de l'électricité se termine». Il souhaite donc convertir rapidement les véhicules de transport lourd de même que le transport maritime. Il incite les gouvernements de l'est du Canada et de la Nouvelle-Angleterre à s'inspirer de l'Union européenne qui «soutient l'implantation d'infrastructures de gaz naturel dans le secteur du transport moyen ou léger de même que le transport lourd, là où le gaz naturel liquéfié peut jouer un rôle important», affirme Martin Imbleau. Il préconise également la mise sur place d'une infrastructure maritime, un modèle qui, selon lui, pourrait trouver écho dans le Saint-Laurent. «Si nous les construisons, ils viendront, a soutenu en anglais le représentant de Gaz Métro. Il faut d'abord mettre en place les infrastructures sinon nous risquons de passer à côté d'une alternative qui est drôlement intéressante.»

Gaz de schiste

Questionné sur les déclarations de Martin Imbleau, l'ancien ministre de l'Environnement devenu adjoint parlementaire à la première ministre pour le volet électrification des transports, Daniel Breton, n'entrevoyait pas du tout l'avenir de la même façon. «Une chose que j'ai trouvé intéressante, c'est qu'il a parlé des bienfaits de l'utilisation du gaz naturel et de la diminution des gaz à effet de serre, mais il n'a pas parlé de l'extraction du gaz naturel. Parce que si on parle de gaz de schiste, là, le bilan de gaz à effet de serre et le bilan de pollution atmosphérique ne sont pas les mêmes.»

En marge de la conférence des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l'Est du Canada, Daniel Breton a remis en doute les affirmations de Gaz Métro. «De parler du gaz naturel dans les transports automobiles, camions légers et tout ça, honnêtement, je ne sais pas d'où il sort ça, il n'y a personne qui va dans cette direction-là», a tranché le député de Sainte-Marie-Saint-Jacques. Sur la question du transport lourd, Daniel Breton soutient avoir déjà discuté de cette question avec certaines compagnies de camionnage qui disent être confrontées à des enjeux de sécurité, car ils ne pourraient pas entreposer leurs camions dans des garages par crainte d'une explosion en cas de fuite de gaz. «Il y a des enjeux de sécurité qui entrent en ligne de compte», dit l'ancien ministre de l'Environnement.

Quant à l'option du transport maritime, le responsable de l'électrification des transports au Québec convient que des traversiers fonctionnent présentement au gaz naturel, mais ce n'est pas l'exemple qu'il compte suivre. «Je pourrais vous rappeler qu'en Europe, on a commencé à développer le traversier électrique et donc, moi, je serais plus enclin à ce qu'on aille vers l'électrique que le gaz naturel.»

Dans la multitude de scénarios qui seront proposés par son équipe d'ici Noël, Daniel Breton refuse de se compromettre sur la question du gaz naturel. «On ne peut pas l'exclure complètement, mais disons que c'est loin d'être le scénario prioritaire.»
13 commentaires
  • Claude Kamps - Inscrit 9 septembre 2013 14 h 15

    La différence

    Sur l'électricité le gouvernement peut augmenter les tarifs, il en est le propriétaire, sur le gaz naturel, il y a de la concurrence, ce qui permet des prix plus justes...

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 septembre 2013 15 h 19

      Jusqu'à ce que les puits soient épuisés, que les autres provinces ou pays se gardent le gaz pour eux-mêmes ou que la communauté internationale se décide -- finalement -- à agir pour contrer l'augmentation de la teneur atmosphérique en gaz à effet de serre.

    • Gilles Théberge - Abonné 9 septembre 2013 15 h 55

      Il y a de la concurrence dans le pétrole servant l'essence pour les voitures. Est-ce que les prix sont plus justes? Par exemple il y avait, samedi dernier, dix cents de différence entre le prix à la pompe payé à Sherbrooke par rapport au prix payé à Victoriaville

      Je pense que le propre des compagnies de pétrole c'est de faire des profits, pas d'établir une équité de prix.

      Et quoiqu'il en soit, si le prix de l'électricité est trop élevé il y a une régie qui peut les modérer. Cela n'existe pas dans l'industrie pétrolière.

      Je suis d'avis que votre raisonnement ne tient pas la route.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 9 septembre 2013 17 h 30

      Et les profits d'Hydro-Québec reviennent indirectement dans nos poches de contribuables.

      Alors que les profits des pétrolières vont dans les poches des grosses poches ...

    • Jean-Pierre Marcil - Abonné 9 septembre 2013 21 h 41

      Convenez au moins que les tarifs d'électricité au Québec sont beaucoup moins élevés au Québec que partout ailleurs au Canada et que dans la très grande majorité des pays. Votre argument sur la justesse des prix lorsque c'est privé est des plus fantaisistes pour ne pas dire autre chose.

      Avant la nationalisation de l'électricité au Québec, les tarifs étaient non seulement plus élevés en dollars constants qu'aujourd'hui mais les services étaient pourris au point que le gouvernement de Maurice Duplessis avait dû créer l'Office de l'électrification rurale.

      Enfin, la fourniture de biens et de services par le privé peut s'avérer intéressante mais seulement à la condition justement qu'il y ait concurrence. Le problème c'est que les situations de concurrence parfaite relève davantage des principes que de la réalité économique.

      Collusion, quand tu nous tiens...

    • Éric Cyr - Inscrit 10 septembre 2013 07 h 05

      On nous présente le gaz comme étant propre. Laissez-moi rire! ... et c'est pas parce qu'on rit que c'est drôle!

      Le gaz "naturel" dit-on, polluerait 25% moins que l'essence, donc il POLLUE 75% AUTANT!

      Dans le cas du gaz de schiste l'extraction est une mini catastrophe potentielle à chaque trou. Empoisonner l'air et l'eau ce n'est pas inclu dans les profits des compagnies, mais plutôt dans nos pertes collectives à long terme.
      Pas payant pantoutte!

      Selon l'émission Découverte, le gaz non brûlé est de 20 à 25 FOIS PLUS nocif pour l'effet de serre que le CO², et les fuites invisibles sont innombrables le long de la chaîne d'extraction, stockage et distribution du gaz!
      On ne le voit qu'à l'infrarouge.... une autre externalisation des compagnies.
      http://tinyurl.com/p7yvnhg

      Enfin, au moment de l'histoire où l'homme prend conscience du réchauffement climatique, on ne trouve rien de mieux à faire que de s'empresser de perforer la croute terrestre de centaines de milliers, de millions de trous et faire sortir encore plus de gaz à effet de serre!!!

      L'électricité peut provenir de sources très diverses et de plus en plus vertes. Son utilisation ne laiss aucun résidus de quelque nature que ce soit.

      La cupidité criminelle de certains puissants contre le gros bon sens évident de la majorité!

  • Mathieu Rioux - Abonné 9 septembre 2013 15 h 57

    Solution à court terme

    Le gaz naturel représente une excellente solution à court terme pour remplacer l'essence où est-ce que l'électrique ne peut pas. Nous ne pouvons pas électrifier nos véhicules qui ont besoin d'une longue autonomie, alors le gaz naturel est une excellente alternative; moins polluant, meilleur rendement énergétique et surtout moins cher.

    • Jérémie Poupart Montpetit - Inscrit 9 septembre 2013 17 h 22

      Celà manque de vision a long terme et de vision d'ensemble. D'où provient le dit gaz, et quelle est sa méthode d'extraction ?

      Parfois, un bilan final intéressant cache une forêts de problèmes, et tout particulièrement quand il s'agit de gaz provenant des couches de Shale (le fameux gaz de schiste).

      Si on ne commence pas maintenant l'électrification des transports en commun, et qu'on ne fait qu'alterner à petits pas entres les différents carburants fossiles, alors jamais nous ne serons réellement libre d'obtenir du transport réellement éco-responsable.

      Jérémie Poupart Montpetit

    • J-Paul Thivierge - Abonné 9 septembre 2013 18 h 31

      Le rendement énergétique du méthane [gaz naturel] est moins efficace que l'essence. Le kérosène diesel ou huile #2 est optimal et il y a déjà un réseau de distributeurs.
      Pour le gaz pas de réseau, et même si la biométhanisation des déchets organiques peut combler une partie des besoins gaziers il serait plus utile de la réserver pour les besoins industriels et de chauffage.

      Si avec des voitures hybrides électriques branchables à prolongateur d'autonomie qui pourrait être au diesel ou d'autres 100 % électrique comme la Tesla on peut diminuer les besoins en carburant de 25 % d'ici 2020 ce serait une cible atteignable ensuite on pourra s'ajuster selon les avancements technologiques !

      Ce qui devient urgen est de développer un réseau de transport collectif où les passagers ( humains ) auront priorité car CP-et CN sont maître des rails et VIA ne fait que les louer mais ne peut décider ni des horaires ni des vitesses ni des parcours ni des priorités.

      Alors le monorail électrique suspendu au milieu des autoroutes permettra de devenir autonome et indépendant du transport des marchandises et des orientations CN-CP. qui ne veulent rien savoire de l'électrification même près des grandes villes.

    • Jean-Guy Henley - Inscrit 10 septembre 2013 01 h 54

      J'appuie les commentaires de Jérémie Poupart Montpetit et Jean-Paul Thivierge, surtout au sujet du monorail électrique suspendu. Ceci m'amène à mentionner quelque chose qui semble être devenu un tabou tellement on en entend pas parler : le groupe de traction Couture. Le même moteur-roue capable de propulser le monorail suspendu peut en faire autant pour les véhicules tout en ayant une grande autonomie et toute la puissance nécessaire. Si les gouvernements qui se sont succédés depuis l'invention de ce système révolutionnaire avaient eu un peu de vision et de courage, on aurait de tels véhicules sur nos routes aujourd'hui et on ne chercherait pas à produire plus de carburants de toutes sortes.

  • Claude Lafontaine - Abonné 9 septembre 2013 21 h 22

    Normal que Gaz Métro tente de se positionner

    Le Québec doit tendre à devenir autonome du point de vue énergétique, nous dépensons $14 milliards / année en hydrocarbure provenant à 100% de l'extérieur de la province, c'est un fardeau énorme et des $ qui bénéficient à d'autres économies. D'un point de vue écologique nous devrons miser pour les transports sur les solutions qui génèrent le moins de GES possible et énergétiquement nous devrons retenir les solutions les plus efficaces.

    Le moteur au gaz naturel lui-même est moins polluant qu'un moteur à essence ou diésel, mais si on considère les impacts écologiques de la production du gaz l'intérêt diminue et cette solution devient moins intéressante que l'alternative électrique (solutions hybrides déjà disponibles en pleine évolution).

    Gaz Métro est un distributeur de gaz au Québec, il s'approvisionne de l'Ouest Canadien (de - en - parce que la source s'épuise) et probablement aussi à partir des producteurs de gaz de schiste des USA (probablement de + en +) parce que c'est l'alternative économique. Mais pour le Québec, acheter du pétrole international ou du gaz des USA c'est changer de type d'hydrocarbure en demeurant complètement dépendant de sources extérieures.. où est l'intérêt ?

    Si nous avons le choix entre extraire le gaz de schiste d'ici (plaine du St-Laurent) pour remplacer le pétrole que nous consommons et atteindre notre autonomie énergétique ou utiliser nos surplus énergétiques (électriques), le choix me semble facile à faire !

    Les américains sont toujours preneurs pour nos surplus d'électricité, mais à un prix en bas de ce qu'ils nous coûtent. Serait-il logique qu'on troque avec eux nos surplus d'énergie électrique contre leurs surplus de gaz de schiste et continuer de miser sur les hydrocarbures pour nos systèmes de transport, plutôt que de profiter de l'opportunité qui se présente de favoriser ici le développement de solutions électriques beaucoup plus prometteuses tant d'un point de vue technologique qu'en terme de retombées économiques

  • Éric Cyr - Inscrit 9 septembre 2013 21 h 34

    Du gaz vert?!? Ha! Ha! Ha!

    On dit que le gaz est "propre" parce qu'il pollue 25% de moins que le pétrole...
    Donc, il polluent 75% AUTANT que le pétrole.
    Et si on parle de gaz de schiste, la fracturation est un désastre écologique et d'une imbécilitésans nom de mettre en danger l'eau qu'on boit et l'air qu'on respire.

    Ce qu'on ne dit pas souvent, c'est que le gaz cru (non brûlé) est 25 fois plus puissant que le CO2 comme gaz à effet de serre. Et que les fuites du processus d'extraction, du stockage et du système de distribution sont innombrables.

    Enfin, au moment de l'histoire où l'homme prend conscience du réchauffement anthropique dû principalement à l'usage des hydrocarbures et des conséquences potentiellement cataclysmique qu'il entraîne, sa réaction la plus fébrile est de creuser, des milliers, des millions de trous dans la croute terrestre pour faire évacuer ENCORE PLUS de gaz nocifs!?!

    http://youtu.be/ov5nkkRDfGQ

  • Jean Richard - Abonné 9 septembre 2013 21 h 46

    Progression du GNV (gaz naturel pour véhicules)

    « « De parler du gaz naturel dans les transports automobiles, camions légers et tout ça, honnêtement, je ne sais pas d'où il sort ça, il n'y a personne qui va dans cette direction-là », a tranché le député de Sainte-Marie-Saint-Jacques. »

    Personne qui ne va dans cette direction ? Pourtant, en Europe entre 1990 et 2010, le nombre de véhicules fonctionnant au GNV a augmenté de 18 % par année. Dans la majorité des pays, ce changement touche davantage les parcs de véhicules commerciaux que les voitures individuelles, il est vrai, mais il est rare que le réseau de distribution grand public du GNV soit à la hauteur de celui de la distribution d'essence ou de gazole. Ça explique en partie la plus faible pénétration. En Amérique du Sud et dans certains pays d'Asie, la progression est souvent plus forte qu'en Europe.

    Par ailleurs, on n'a pas tout-à-fait tort de parler de l'urgence d'agir. Or, on peut sourire quand le gouvernement actuel nous parle de l'électrification des transports. On pourrait se risquer à une prévision : rendez-vous dans 10 ans... Dans 10 ans, quelle aura été la progression de l'électrification des transports au Québec ? Plusieurs seraient prêt à parier qu'elle aura été nulle. L'électrification des transports, c'est un discours de politicien et ce n'est pas demain matin qu'on va dérouler le premier kilomètre de caténaire au-dessus d'une voie ferrée d'importance ou encore, qu'on va remettre des trolleys sur le toit des autobus. Dans ce dernier cas, il est vrai qu'on mise sur des technologies qui ne sont encore que des dessins d'ingénieur, tout en contribuant à faire monter les cours du lithium.