Pauline Marois au Devoir - Un déficit ne nuirait pas à la cote de crédit

Si les dépenses sont tenues en laisse, «pour les agences de crédit, ça veut dire qu’on est un gouvernement responsable», dit Pauline Marois.
Photo: - Le Devoir Si les dépenses sont tenues en laisse, «pour les agences de crédit, ça veut dire qu’on est un gouvernement responsable», dit Pauline Marois.

Le gouvernement Marois pourrait manquer à son engagement d’atteindre le déficit zéro dès cette année sans que les agences de notation de crédit abaissent la cote du Québec.

 

C’est ce qu’a expliqué la première ministre Pauline Marois dans une entrevue accordée à la table éditoriale du Devoir. Si son gouvernement devait se résigner à reporter l’atteinte de l’équilibre budgétaire en raison d’une chute de ses revenus de l’ordre de 1 milliard pour l’année en cours, les agences de crédit ne broncheraient pas et la cote de crédit du Québec resterait inchangée.

 

« Oui, si l’économie dans laquelle nous oeuvrons donne les mêmes résultats que chez nos voisins, a soutenu Pauline Marois. Actuellement, les dernières données que j’ai vues pour le Canada, c’était un retard de 4 milliards dans les rentrées de fonds par rapport à ce qui était prévu. Si vous regardez 4 milliards, ça voudrait dire 1 milliard pour le Québec. Donc, c’est une situation comparable. »

 

« Si le Québec avait un comportement qui s’écartait du “trend” général - passez-moi l’expression -, là, on serait susceptible d’être questionné », a poursuivi la première ministre.

 

À l’heure actuelle, le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, jongle avec divers scénarios, dont la possibilité de modifier la Loi sur l’équilibre budgétaire afin de cautionner que l’État creuse un déficit en 2013-2014. « C’est un scénario. Je ne veux pas maintenant vous dire que c’est là qu’on va aller. Quand on sera à la fin septembre, à la fin octobre, si on voit qu’on a de véritables problèmes, on rajustera les choses », a signifié la première ministre.

 

Pour les mois d’avril et mai, les revenus de l’État ont été moindres que prévu, un écart de quelque 800 millions. Autant les taxes à consommation que l’impôt des entreprises ont contribué à cette situation. Mais ce manque à gagner pourrait se résorber dans le courant de l’année, espère-t-on au gouvernement. « Selon l’état de la situation, ça peut être des sommes importantes ou des sommes relativement peu importantes qui se corrigent en quelques mois par la suite », a fait valoir Pauline Marois.

 

Si les revenus ne sont pas au rendez-vous, la croissance des dépenses, elle, est tenue en laisse, conformément aux prévisions. « Pour les agences de crédit, ça veut dire qu’on est un gouvernement responsable capable de respecter ses engagements », a souligné la première ministre.

 

Son gouvernement garde toujours le cap sur l’atteinte du déficit zéro, mais « ce n’est pas un dogme », a-t-elle affirmé. Pour boucler le budget de l’État, pas question de nouvelles taxes. Pas question non plus de nouvelles coupes qui pourraient ralentir l’économie. « Si je vous disais qu’on a des problèmes du côté des revenus et qu’on va refaire un tour de piste à la compression des dépenses, là, je pourrais avoir cet impact sur l’économie », juge-t-elle.

 

Dans ce contexte difficile, il est « inimaginable » d’abolir totalement la taxe santé lors du prochain budget - une ponction de 600 millions -, comme l’exige le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a prévenu Pauline Marois. Il n’a qu’à voter contre le budget, prévient Pauline Marois. « Dans deux ans, trois ans, si on a des rentrées, si on est dans un autre contexte, c’est autre chose, a-t-elle évoqué. Déjà, de ne pas augmenter les taxes, ce sera très bien. »

 

Pauline Marois se fait toutefois rassurante sur l’état de l’économie, voyant poindre des signes de reprise aux États-Unis.

 

Haro sur les commissions scolaires

 

Pas de hausses de taxes, donc. Or, plusieurs commissions scolaires, pour éponger les compressions de 200 millions imposées par Québec, ne se sont pas privées pour gonfler les comptes de taxe envoyés aux propriétaires le 1er juillet. Les députés péquistes se sont fait chauffer les oreilles à ce sujet et il en était question lors de leur dernier caucus.

 

Pauline Marois montre sa mauvaise humeur et se fait un tantinet menaçante. Même si la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Marie Malavoy, s’est évertuée à l’Assemblée nationale à expliquer que les commissions scolaires disposaient de toute la latitude voulue pour augmenter la taxe scolaire.

 

« On leur avait demandé de faire des efforts du côté de l’administration, c’était la directive qui était envoyée et ils ont refilé 193 des 200 millions aux contribuables, s’est plainte la première ministre. J’ai regardé tous les chiffres et je crois que j’ai besoin d’une bonne conversation avec eux. » Elle rencontrera sous peu, avec la ministre, les représentants des commissions scolaires.

 

Est-il temps d’abolir les commissions scolaires ou de baliser leur pouvoir de taxation ? « Pour l’instant, c’est une institution que nous avons respectée et dont nous avons respecté les prérogatives. » Pauline Marois les a défendues « jusqu’à maintenant », a-t-elle ajouté, parce qu’elle croit en la nécessité d’un palier décisionnel entre le ministère et les 3000 écoles du Québec

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