Pauline Marois au Devoir - L'étapisme pour la Charte des valeurs

Commentant les réactions négatives au Canada anglais, Pauline Marois se défend bien de vouloir mettre de l’huile sur le feu. «L’objectif, ce n’est pas de provoquer.»
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Commentant les réactions négatives au Canada anglais, Pauline Marois se défend bien de vouloir mettre de l’huile sur le feu. «L’objectif, ce n’est pas de provoquer.»

Une forme d’étapisme présidera à la mise en oeuvre de la Charte des valeurs québécoises alors que son application s’étendra sur plusieurs années et prévoira des périodes d’adaptation. Dans une entrevue éditoriale accordée au Devoir jeudi, la première ministre Pauline Marois a fait l’analogie entre l’introduction de la Charte des valeurs québécoise et la déconfessionnalisation des écoles à la fin des années 90.

« Dans un premier temps, on a déconfessionnalisé les commissions scolaires. Ensuite, on a déconfessionnalisé progressivement les écoles, a-t-elle rappelé. Ça s’est fait sur une dizaine d’années, parce que ce sont des changements majeurs. Alors voilà où nous voulons aller et il y aura des périodes de transition. »

En ce qui a trait à l’interdiction du port de signes religieux par les employés des municipalités, par exemple, « il y aura des nuances, […]des périodes d’adaptation », a indiqué Pauline Marois. Elle n’a pas écarté qu’un droit de retrait soit accordé aux municipalités et à certaines institutions comme les hôpitaux et les universités. « Il y aura des possibilités dans certaines circonstances, dans certaines situations », a-t-elle évoqué.

À moins d’imprévu, le ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville, rendra public la semaine prochaine un « document d’orientation » portant sur la Charte des valeurs québécoises, a signalé la première ministre. Sans vouloir vendre la mèche, elle a laissé entendre qu’elle sera conforme aux grandes lignes qui ont fait l’objet de fuites dans les médias. Interdiction sera faite à tous les employés du secteur public et parapublic d’arborer des signes religieux, ce qui comprend les enseignants, le personnel hospitalier, mais aussi les éducatrices dans les services de garde subventionnés.

Les accommodements raisonnables

La Charte établira des règles et des balises pour l’octroi d’accommodements raisonnables dans le secteur public et parapublic. Des consultations en dehors de l’Assemblée nationale auront lieu et un projet de loi sera déposé à la fin de la session d’automne. Il ne sera vraisemblablement pas appelé avant le printemps prochain.

Le port du hidjab par une éducatrice en garderie a « une connotation d’un certain écart par rapport au respect de l’égalité entre les hommes et les femmes, une espèce de soumission », estime Pauline Marois. L’éducatrice peut aussi vouloir montrer aux enfants qu’elle est « une très bonne pratiquante » et les inciter à la pratique religieuse. « Elle est en autorité, cette femme, avec des enfants », juge la première ministre.

L’opposition de la Fédération autonome des enseignants (FAE) à l’interdiction faite aux enseignants de porter des signes religieux - la FAE, qui représente 32 000 enseignants du primaire et du secondaire, invoque le droit au travail de ses membres - ne la démonte pas : les principes de l’égalité homme-femme et de la neutralité de l’État doivent primer. Quant à l’enseignante qui a obtenu sa permanence et qui porte le hidjab, « on peut aider cette personne-là sûrement à cheminer et à accepter de vivre avec les règles que la société se donne », croit la première ministre.

Pour Pauline Marois, il est grand temps de régler la question de la neutralité de l’État et des accommodements raisonnables. « Il y a eu des tollés dans la population québécoise, on s’est invectivé, il y a eu des gestes malheureux parfois justement parce qu’on n’a pas clarifié cela », a-t-elle fait valoir. Mais il n’est pas question de toucher au crucifix accroché à un mur du Salon bleu de l’Assemblée nationale.

Pauline Marois a comparé le modèle français de laïcité, qui « n’est pas parfait », au multiculturalisme qui a cours au Royaume-Uni. « En Angleterre, ils se tapent sur la gueule et s’envoient des bombes parce que c’est le multiculturalisme et qu’il n’y a plus personne qui se retrouve dans cette société-là. »

La clause dérogatoire

Le gouvernement Marois ne recourra pas à la clause dérogatoire de la Constitution pour mettre à l’abri son projet de loi des contestations devant les tribunaux. « On ne part pas en bataille juridique », a-t-elle assuré. Le projet de loi « tient la route » au regard des Chartes des droits, confirment des avis juridiques fournis au gouvernement. La liberté de religion est respectée et le droit de porter des signes religieux dans l’espace public n’est pas brimé. « Si des gens contestent, bien, on se défendra », a-t-elle toutefois mentionné.

Ce projet de Charte des valeurs québécoises, « ce n’est pas pour diviser, c’est pour rassembler, c’est pour unir, c’est pour faire en sorte qu’on puisse vivre ensemble en se respectant », a réitéré la première ministre. Elle ne croit pas que son gouvernement se mettra à dos les communautés culturelles avec cette Charte ni qu’il nuira à terme au projet souverainiste. Quant aux réactions négatives au Canada anglais, Marois se défend bien de vouloir mettre de l’huile sur le feu. « L’objectif, ce n’est pas de provoquer. »

La première ministre souhaite que les partis d’opposition collaborent avec le gouvernement pour faire cheminer le projet de loi. La Coalition avenir Québec s’est montrée « plus ouverte », a-t-elle constaté. Quant à Philippe Couillard, il semble avoir repris la même position que son prédécesseur Jean Charest, a-t-elle fait observer.

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174 commentaires
  • Donald Bordeleau - Abonné 6 septembre 2013 00 h 46

    C'est un problème dans plusieurs pays d'Europe.

    Encore du sur place avec le PLQ. Les trois autour de Couillard semblent inquiets et tendus. Les violons ne sont pas accordés.

    On veut de l'action dans ce dossier ou l'état doit être laïc dans les institutions publiques. De plus les personnes qui y travaillent font partis de cette espace public qui se doivent d'être neutre. C'est cela que l'on veut.

    En France, ils ont fait l'erreur de permettre le port des signes religieux pour les enseignants. Que dire de l'Angleterre qui essais de se défaire de ghettos et des accoutrements dans l'espace publique. Une allumette pour allumer un brasier comme à Londres l'an passé

    • Clyde Paquin - Inscrit 6 septembre 2013 09 h 56

      Absolument! Deux seules ombres au tableau selon moi : le crucifix qui demeure et l'épellation Charte des "valeurs québécoises". Si l'on veut être conséquent, cohérent, humble et ouvert, le premier geste à faire avant de demander à tous de faire des compromis aurait dû être de changer le crucifix de place : c'est juste illogique. Ensuite, la clarté commence dans le titre d'une loi, il faut revenir à la Charte de la "laïcité".

    • Christian Fleitz - Inscrit 6 septembre 2013 11 h 06

      Où avez-vous vu que la France permet le port des signes religieux pour les enseignants ? L'éducation publique est justement le service public où, par tradition, la laïcité rigoureuse est respectée et personne ne s'en plaint. Au 19eme siècle, lors de la décision politique de la généralisation de l'enseignement public primaire gratuit, les instituteurs, surnommés ''les hussards noirs de la République'' ont constitué un instrument efficace de lutte contre tout confessionnalisme. Depuis, les puissants syndicats d'enseignants de l'enseignement public veillent jalousement au respect d'une laïcité ''active''. Informez-vous sérieusement.

    • Nicolas Vincent - Inscrit 6 septembre 2013 11 h 54

      Non mais sérieusement, qu'avons-nous à gagner à nous inspirer de la France ou du Royaume-Uni sur ce sujet? Avez-vous complètement oublié les émeutes des banlieues parisiennes, dont la population est majoritairement immigrante, il n'y a pas si longtemps. Ou l'émeute de la semaine passée qui a fait suite à l'interpellation d'une femme portant le voile? Je vois mal comment on peut sérieusement utiliser la France comme exemple d'un pays où l'approche républicaine a été un succès.

      En fait, n'en nous déplaise, il n'y a pas besoin de regarder outre-atlantique pour identifier un endroit où ces problèmes sont rares. Même si cela donne de l'urticaire à plusieurs ici, même si je ne suis moi-même pas un fan du multiculturalisme à outrance, il faut bien nous rendre à l'évidence que les heurts entre majorité et minorité au Canada (et États-Unis) sont très rares en comparaison à la plupart des pays européens, malgré une proportion d'immigrants les plus élevées au monde.

      Mais bon, force est d'admettre que dans ce débat, l'évidence a eu peu de poids jusqu'ici, les paroles et textes ayant plutôt véhiculé croyances personnelles et autres idées formées d'avance.

    • Camille JURIE-JOLY - Inscrit 6 septembre 2013 12 h 03

      Je suis tout à fait d'accord avec M.Fleitz, il ne faut pas dire n'importe quoi ; depuis 2004 en France même les élèves n'ont plus le droit d'afficher de signes ostentatoires, alors les professeurs encore moins.
      Je crois que vous ne vous rendez pas compte que la charte de Pauline Marois va vers le modèle républicain français et pas l'inverse.

    • Camille JURIE-JOLY - Inscrit 6 septembre 2013 15 h 12

      M.Vincent quand vous dites qu'il n'y a pas de heurts au Canada entre majorité et minorités, j'ai du mal à vous suivre.

      En effet, les heurts entre francophones et anglophones ne sont pas récents et ils se prolongent encore jusqu'à aujourd'hui. Il semble que pour vous une tension doit toujours se généraliser par un conflit physique ; mais quand le Québec propose un référendum, ce n'est ni plus ni moins qu'une tension affichée entre une minorité et une majorité.

      Les modes de contestation ne sont pas uniformes pour chaque société et pour chaque problème donné. Le fait qu'au Canada il n'y ait pas des émeutes ne veut pas dire qu'il n'y ait pas une forte tension entre les différentes communautés.

      Après au sujet des États-Unis, je crois que personne ne peut prendre ce pays comme un exemple de parfaite harmonie. Les tensions ethniques y sont extrêmement importantes et ce n'est un secret pour personne. Juste en petite anecdote, je me rappelle de l'Afro-Américain qui avait aidé la fille à s'échapper à Cleveland et qui disait en rigolant « quand j'ai vu une blanche me sauter dans les bras, j'ai compris qu'il y avait vraiment un problème ». Je suis d'accord, c'est un fait parmi tant d'autres, mais qui à mon avis illustre quand même bien certains côtés de la société Étatsunienne.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 6 septembre 2013 19 h 18

      Mme Camille... Vous confondez! Vous parlez des relations historiques entre deux groupes en compétition dont un a conquis l'autre. M. Vincent ne disait pas que tout était harmonie entre tous les groupes ayant jamais vécu ici! Il faisait spécifiquement référence à la capacité d'intégrer l'immigration. Ne l'aviez-vous pas compris?

      De même avec l'exemple américain: oui, nous sommes tous au fait de l'histoire esclavagiste des États-Unis et de la discrimination que subissent toujours les Noirs surtout dans les états du sud. Mais le fait est que les États-Unis ont été remarquablement efficaces pour ce qui est d'intégrer l'immigration.

      Ces deux exemples sont plus que pertinents. On peut trouver toutes sortes de choses à critiquer du Canada, et vouloir quitter ce pays qui n'est pas le nôtre. Mais force est d'admettre que pour ce qui est d'assimiler l'immigration et de faire sentir aux nouveaux arrivants qu'ils y ont une place et que leur participation est désirée, le Canada a beaucoup de succès. Et que nous pourrions nous inspirer de certains aspects de ce modèle au Québec.

    • Olivier Mauder - Inscrit 6 septembre 2013 20 h 56

      @ Monsieur Vincent. Les émeutes en France n'avaient rien à voir avec la religion. Il s'agissait d'une crise sociale dans les banlieues où de nombreux jeunes français issus de l'immigration sont au chômage et vivent dans des tours de béton.

      Les problèmes dans les sociétés qui privilégient le multiculturalisme comme le Canada sont à venir. Je ne crois pas que les communautés y soient mieux intégrées. Elles vivent côte à côte en autarcie.

    • Nicole Bernier - Inscrite 7 septembre 2013 09 h 42

      Mais, M. Mauder, pourquoi ces jeunes sont plus en chomage que d'autres et se retrouvent à vivre dans des conditions de logement désavantagées. N'est-ce pas justement parce qu'ils viennent d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne? Vous niez les processus de discrimination et le pouvoir de la droite en France...

    • Martin Maynard - Inscrit 8 septembre 2013 07 h 24

      " En France, ils ont fait l'erreur de permettre le port des signes religieux pour les enseignants."

    • Martin Maynard - Inscrit 8 septembre 2013 07 h 32

      " En France, ils ont fait l'erreur de permettre le port des signes religieux pour les enseignants."

      En quoi c'est une erreur? Expliquez-nous? Qu'est ce qu'ils auraient du faire?

      "Mais bon, force est d'admettre que dans ce débat, l'évidence a eu peu de poids jusqu'ici, les paroles et textes ayant plutôt véhiculé croyances personnelles et autres idées formées d'avance."
      M. Vincent, Vous avez tout à fait raison. Ce débat ne s'appuie sur aucun fondement sinon politique, celui d'amener la population a focuser ailleurs que sur les vrais enjeux, à la veille d'une autre élection.

  • Donald Bordeleau - Abonné 6 septembre 2013 00 h 53

    Oui pour la charte

    Justin Trudeau assume un héritage faux et pernicieux.
    Son père, Pierre Trudeau, s'était inspiré du multicultutalisme qui, dans les années "70, a fait son apparition en Grande-Bretagne.
    Récenment, les Britanniques ont constaté que le multiculturalisme créait des milliers de ghettos et morcelait le pays en minuscules républiques.
    Depuis au moins cinq ans, la Grande-Bretagne s'acharne à renverser la vapeur. Tâche herculéenne s'il en est.
    Le multiculturalisme est aussi un échec en Allemagne, au Pays-Bas, en Suède. Tous ces pays tentent maintenant d'y mettre un frein.
    Justin Trudeau n'aura pas la force de caractère pour aller à l'encontre de la politique mise sur pied par son père.

    Institut Fraser et les maux de l’immigration au Canada.

    http://www.marketwire.com/press-release/Institut-F

    Loi de 1731 – école francophone en Colombie

    http://www.ledevoir.com/politique/canada/383814/le

    • Christian Fleitz - Inscrit 6 septembre 2013 11 h 12

      ''Multiculturalisme britannique'', plutôt communautarisme pernicieux rejeté d'ailleurs par les pays ''réellement'' européens, et dont le gouvernement anglais a du mal à se désembourber.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 6 septembre 2013 19 h 21

      Voilà. L'Institut Fraser. L'équivalent de l'IEDM dans le ROC. Voilà une source impartiale et crédible.

  • Martin Maynard - Inscrit 6 septembre 2013 05 h 42

    Qui disait ...

    Que Couillard n'était pas clair? Comment qualifier Marois alors?

  • Nicole Bernier - Inscrite 6 septembre 2013 06 h 17

    Pour tous ceux qui ont accusé les commentateurs ou commentatrices de ce journal de s'énerver avant même que le projet de loi soit sorti, que nous partions à travers notre chapeau parce que nous n'en connaissions pas le contenu.

    Quand on lie les paroles de la Première Ministre:
    "Sans vouloir vendre la mèche, elle a laissé entendre qu’elle sera conforme aux grandes lignes qui ont fait l’objet de fuites dans les médias" et ses objectifs de transformation en profondeur de la société québécoise pour la construire à son image, on voit bien que les attaques contre nos craintes étaient sans fondement, alors que nos craintes se concrétisent...

    Nous avions vu le jeu de coulisse et de lobby commencer par le gouvernement pour se préparer eux-mêmes au combat qu'ils voulaient mener (la photo est révélatrice).

    Elle veut nous forcer à acheter sa croyance que le port du hijab est un signe d'oppression de la femme, alors que les femmes musulmanes que j'ai connues et qui portaient le hijab n'avait rien de femmes opprimées (cela ne veutr pas dire qu'il n'y a aucune femme opprimée chez les musulmans). Elle veut m'imposer son préjugé de petite bourgeoise blanche de culture chrétienne (en nous forçant à avaler son crucifix) pour pouvoir affirmer que tous les Québécois sont incapables de faire la différence parce qu'ils vivent en vase clôt...

    Quand on veut unir, on aurait pu unir sur des valeurs de respect de la diversité des points de vue ou on peut unir en forçant tout le monde à s'habiller pareil, à penser pareil pour éviter les chicanes... C'est cohérent avec son slogan, si on devient indépendant, il n'y aura plus de chicane. C'est évident, on va avoir fait fuir tous ceux qui sont différents, on va avoir ostraciser tous ceux qui ne partagent pas cette vision du monde et les réduire au silence.... tout cela parce que l'on veut vivre qu'avec des Québécois qu'on peut reconnaître au premier coup d'oeil..

    • Aurélie Tremblay - Inscrit 6 septembre 2013 11 h 49

      Vous m'enlevez les mots de la bouche. C'est une véritable honte ces paroles de la Première Ministre.

      "Le port du hidjab par une éducatrice en garderie a « une connotation d’un certain écart par rapport au respect de l’égalité entre les hommes et les femmes, une espèce de soumission », estime Pauline Marois. L’éducatrice peut aussi vouloir montrer aux enfants qu’elle est « une très bonne pratiquante » et les inciter à la pratique religieuse. « Elle est en autorité, cette femme, avec des enfants », juge la première ministre."

      Qui est-elle pour juger des motivations et des choix des femmes musulmanes à porter le voile ? Les femmes que je connais qui le porte le font pas choix, par respect de certaines croyances et valeurs.

      Pourquoi la Première Ministre ne s'inquiète-t-elle pas des femmes habillées extrêmement sexy et dans certains cas, indécentes, qui envoient elles aussi un message aux enfants ?

      Comment est-ce possible d'en vouloir autant après une époque où la religion catholique fut très imposante et faire exactement la même chose en imposant un discours d'athé extrêmement radical et remplit de préjugés et d'ignorance. Ce n'est pas parce qu'une femme porte le voile qu'elle est soumise à son mari ou aux hommes.

      Quand on vit dans une société multiculturelle, on doit apprendre à accepter, à vivre et à comprendre nos différences. Elles font notre richesse. Mes garçons fréquentent une garderie où il y a une belle diversité dans le personnel et je crois que c'est très bien ainsi. Je ne voudrais pas qu'il soit dans un milieu uniquement de soi-disant "pure laine ". Ils apprennent déjà tôt qu'il y a des différences entre nous, différentes manières de vivre et de voir le monde, mais que cela ne nous empêche pas d'avoir aussi en commun des valeurs, des principes et des préoccupations communes.

    • Benoît Gagnon - Inscrit 6 septembre 2013 12 h 21

      "Quand on veut unir, on aurait pu unir sur des valeurs de respect de la diversité des points de vue"

      Chaque religion croit détenir l'Unique Vérité basée sur des illogismes et sur des choses qui ne font aucun sens pour ceux et celles qui ne font pas partie de cette religion. Ces illogismes mènent souvent les gens à faire des choses (dans ce cas-ci, à porter des objets) qui vont à l'encontre des valeurs sociales acceptées par la majorité de la population (comme l'égalité homme-femme). Chaque religion exclu, par définition, toutes celles qui ne pensent pas comme elle. Comment, dans cet état de faits, peut-on aspirer à un respect de la "diversité des points de vue"? Il ne s'agit pas de points de vue politiques sur lesquels on peut débattre, il s'agit ici de dogmes religieux qui ne bougent pas et qui ne changeront jamais.

    • Odette Zamita - Inscrite 6 septembre 2013 12 h 35

      Je vous remercie Mme Bernier, je partage entièrement avec vous l'idée que les femmes musulmanes qui portent le voile ne le portent pas par oppression ou soumission. Tous les non-musulmans qui pensent cela devraient changer d'avis car combien de femmes soumises ai-je connu qui n'étaient pas musulmanes.. Pourtant !!!
      Pourquoi les québécois continuent à penser que ces femmes sont sans avis sans personnalité alors que ces femmes sont fortes et ont fait des études et la plupart ont choisi le voile parce qu'elles le veulent!!!
      Le Gouvernement devrait s'occuper de sujets tellement plus importants que ces histoires de signes religieux...Franchement...
      Laissez-les faire ce qu'ils veulent tant que leur liberté ne vient pas vous empêcher de vivre votre vie librement.

    • André - Inscrit 6 septembre 2013 13 h 36

      Que d’agressivité dans vos propos. Je suis toujours étonné que le Devoir vous publie régulièrement malgré le ton agressant et incessant qui est votre marque. Dans vos propos, régulièrement, pour désigner ceux qui ne font pas partie de votre vision du monde et qui adhèrent à charte des valeurs québécoises, vous les catégorisez dans la race blanche, de religion chrétienne ou d’athée et de petits bourgeois, soit des individus qu'on peut reconnaître au premier coup d'oeil.

      Nous n’avons pas la même perception de la société dans laquelle nous vivons. Je connais des collègues de travail d’origine asiatique, haïtienne et de religion autre que chrétienne qui sont en faveur de la charte et, pour qui, la religion leur permet de vivre leur spiritualité et de réfléchir sur le sens de leur vie.

      Aussi, parmi les musulmans qui vivent avec nous, plusieurs adhèrent aux idées du Congrès musulman canadien qui regroupe des musulmans qui font la promotion de la laïcité. C’est cette organisation qui s’est battue en 2004 en Ontario pour empêcher qu’on autorise les musulmans à appliquer la charia.

      Tous ces gens n’ont qu’une seule idée, c’est de vivre dans une société où l’on accepte les gens sans distinction de race, de sexe et de religion, dans une société où tous les individus sont égaux.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 6 septembre 2013 16 h 19

      Le voile EST un symbole contraire à l'égalité des sexes. Même si celles qui le portent le choisissent souvent elles-mêmes. Même si personne ne les y oblige. Même si des femmes voilées étudient, travaillent, etc. Le voile est un symbole discriminatoire, il suffit de s'informer sur l'islam (et sur les religions abrahamiques de toute façon, on oublie que les deux autre demandent aussi aux femmes de se couvrir) pour le constater.

      Madame Aurélie Tremblay, vous demandez pourquoi Madame Marois ne s'inquiète pas des tenues sexy, voire indécente : probablement parce que c'est déjà interdit dans les milieux de travail, et que pour ça, on ne brandit pas la liberté de conscience, d'expression et de religion pour défendre le droit d'une femme de s'habiller sexy. D'ailleurs, il faudrait savoir ce que l'on entend par "indécent", et expliquer en quoi une tenue sexy est contraire à l'égalité des sexes.

    • Geoffrey Thorpe - Inscrit 6 septembre 2013 18 h 43

      Parlons de ce fameux «port du hijab». Selon wikipedia (rien n'est parfait), le terme «hijab» voudrait dire «tout voile placé devant un être ou un objet pour le soustraire à la vue ou l'isoler». Dans les pays islamiques, les hommes sont responsables de l'accoutrement des femmes pour qu'elles soient modestes - ses femelles doivent être soustraites (et isolées) du regard d'autres hommes. Donc en contexte religieux, le port du hijab est bel et bien «un signe d'oppression de la femme».

      On peut porter le hijab pour d'autres raisons, ex. l'exotisme ou la mode. Mais ces raisons-là n'ont pas de priorité sur les considérations professionnelles et éthiques en ce qui concerne l'habillement approprié pour un travail. Donc la seule raison qui reste c'est le motif religieux, et pas besoin d'être une «petite bourgeoise blanche» pour voir de quel coté «la liberté des femmes» doit se ranger dans ce cas, voir ci-haut.

      Parlons maintenant de la «diversité». Personne ne remet en question votre droit de vivre et exprimer vos croyances religieuses, même pas les méchants péquistes. On est obligé de «respecter» votre droit d'expression, que l'on partage ou non l'idée exprimée. Mais on a toujours la liberté d'être en désaccord avec l'idée exprimée. J'insiste là-dessus parce que c'est fondamental. On n'oblige pas les gens à respecter une croyance, la liberté de pensée est inaliénable.

      Votre droit d'expression ne peut pas empiéter sur le mien. Donc si l'affichage de votre croyance pouvait me «réduire au silence», pour reprendre vos mots, là vous n'êtes plus dans votre droit. Par exemple, si vous êtes enseignante de ma fille, votre choix d'afficher vos croyances (ex. hijab) me mettrait dans une situation horrible. Je ne peux quand même pas l'envoyer à l'école avec une chemise marquée «Dieu est mort», mais votre expression ostentatoire peut dire le contraire devant mon enfant? Une drôle de tolérance qu'on nous propose...

    • Minona Léveillé - Inscrite 7 septembre 2013 09 h 47

      @Nicole Bernier

      "Elle veut m'imposer son préjugé de petite bourgeoise blanche de culture chrétienne..."

      Dénoncer un soi-disant préjugé dans une phrase comportant elle-même des préjugés, faut le faire...


      @Aurélie Tremblay

      "Qui est-elle pour juger des motivations et des choix des femmes musulmanes à porter le voile ?"

      Mme Marois s'est exprimé sur la symbolique du voile et non sur les motivations de celles qui le portent.


      @Odette Zamita

      "Tous les non-musulmans qui pensent cela devraient changer d'avis..."

      Il faut avoir du front tout le tour de la tête pour prétendre que ceux qui pensent différemment de vous devraient changer d'avis! Et seulement les non-musulmans en plus! La diversité des opinions vous rebute-t-elle?


      @Geoffrey Thorpe

      "Parlons maintenant de la «diversité»"

      Oui, parlons-en. Je crois que rien n'est plus opposé à la diversité que le code vestimentaire musulman, qui se veut un uniforme de la vertu et de la décence féminine.

  • Catherine Paquet - Abonnée 6 septembre 2013 06 h 34

    Ne vous en faites pas...

    Ce n'était qu'un mauvais rêve...

    On a compris que le gouvernement présentera le titre d'un projet de loi, la semaine prochaine. Ensuite, i présentera un texte probablement avant Noël. Les députés pourront en discuter probablement à l'été 2014. Et ce qui en restera et qui sera éventuellement adopté ne sera appliqué qu'au cours des 10 prochaines années. Et on permettra des exceptions, des accommodements et des cheminements.

    Est-ce que c'était la peine lancer cette idée maintenant, en ne sachant pas trop bien quoi en faire?

    • Sébastien Arcand - Abonné 6 septembre 2013 10 h 09

      Bien dit! Une autre partie de pêche pour le PQ qui va se terminer par la prise d'un p'tit méné. Et vogue la chaloupe jusqu'aux prochaines élections...qui devraient voir le PLQ reprendre le pouvoir. Le PQ n'aura que lui-même à blâmer. Pas que ça me fasse plaisir de le dire, mais je commence à donner raison à Bachand qui disait que le PQ tente de faire diversion avec ce projet.

    • Patrick Boulanger - Abonné 6 septembre 2013 10 h 54

      @ M. Arcand

      Le dernier sondage du Devoir nous permet de croire que la « Charte des valeurs » est profitable au PQ M. Arcand (la différence entre le PQ et le PLQ dans les intentions de vote est maintenant proche de la marge d'erreur...).

    • Hicham Merbouh - Inscrit 6 septembre 2013 11 h 32

      Votre question est vraiment pertinente. Mais pour ce qui est quoi en faire, moi je peux déjà vous dire que ça prépare le PQ pour les prochaines éléctions.
      Mais moi, j'ai deux petites questions :
      1- D'où vient cette idéée que les femmes voilées ici au Québec sont soumises ?
      2- Et la clause dérogatoire, c'est pour qui ? Moi, je peux déjà prévoir l'hôpital juif à Montréal.

    • Richard Laroche - Inscrit 6 septembre 2013 12 h 07

      Faux. La charte est déjà un sujet concret et a déjà commencé à modifier l'identité de la Nation.

      Ce qui se passe à l'Assemblée Nationale c'est des formalités comparé à ce qui se passe déjà dans la génétique sociale.

      Et oubliez la bulle PLQ. Suffira de spinner tous les scandales de l'année passée dans les médias au bon moment pour que ça dégonfle.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 6 septembre 2013 20 h 19

      Oui, M. Laroche. Vous avez raison. Fragmentation et zizanie, la nouvelle identité.