Commission Charbonneau - 75% des Hells au Québec avaient une compagnie en 2010

Le sergent-détective Alain Belleau de la Sûreté du Québec, expert des motards criminels.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le sergent-détective Alain Belleau de la Sûreté du Québec, expert des motards criminels.

Une proportion importante des Hells Angels au Québec a investi l'économie légale, notamment des entreprises de construction, de placements immobiliers et des équipes de sport, a indiqué jeudi devant la Commission Charbonneau le sergent-détective Alain Belleau, spécialiste des motards criminels.

«Il y a un petit recensement qui avait été fait en 2010. Chaque membre de l'organisation des Hells Angels avait été vérifié et la constatation qu'on voyait, c'est que plus de 75% des membres des Hells Angels détenaient des compagnies à leur nom», a affirmé le sergent-détective de la Sûreté du Québec.

Et si l'on tient compte de ceux qui avaient des intérêts dans certaines compagnies, sans les détenir nommément, «on montait en haut de 80%», a ajouté M. Belleau.

L'expert des motards a énuméré plusieurs secteurs de l'activité économique qu'ont ainsi pénétrés les Hells Angels, notamment l'industrie de la construction, les «gazonnières», mais aussi les équipes de sport, les placements hypothécaires et immobiliers, les services aux entreprises comme le placement de personnel et les compagnies de gestion.

Les industries les plus connues dans lesquelles les Hells Angels sont présents sont évidemment les bars de danseuses, les agences de placement de danseuses, les restaurants et bars, de même que les ateliers de motos, a noté M. Belleau.

Ces compagnies servent à blanchir l'argent provenant de la vente des stupéfiants, a-t-il expliqué, mais aussi à faire plus ou moins semblant d'occuper un emploi ou de gérer une entreprise qui apporte un revenu, ce qui permet ensuite de justifier leur train de vie, devant le fisc, en cas de poursuite devant les tribunaux ou d'enquête policière.

«Ceux qui vont vouloir faire le club vont devoir se forcer pour avoir des "business" légales. Récemment, on a vu encore des membres des Hells Angels qui expliquent à d'autres qu'il faut se légitimer un revenu qui peut justifier leur train de vie pour être capable de vivre à l'abri de l'impôt», a résumé M. Belleau.

Culture de l'intimidation

Le sergent-détective de la Sûreté du Québec a aussi expliqué comment les couleurs et les vêtements des Hells servent à la culture de l'intimidation et de la violence par leur seule présence.

M. Belleau a souligné que l'effet Hells Angels est si percutant que lorsqu'ils passent en groupe en moto, par exemple, les gens leur cèdent le passage, alors qu'ils ne le cèdent pas aux policiers qui les suivent en moto non identifiée.

Le respect du logo et des couleurs des Hells est si important que même les «prospects», les amis et les «hangarounds» du club n'ont pas le droit de monter sur une moto appartenant à un membre en règle des Hells, et ce, même si cette moto doit par exemple être montée sur une remorque, a rapporté le policier.

«Ça fait partie de la culture et de la raison d'être, du mode de fonctionnement des Hells Angels d'utiliser l'intimidation et la violence. La violence et le meurtre ne sont pas un but recherché par les Hells Angels, mais vont être un moyen utilisé pour atteindre leurs fins», a affirmé M. Belleau.

«Contrairement au crime organisé traditionnel italien, eux, l'affichage, montrer leurs couleurs, être présents de façon visible, c'est extrêmement important, c'est un de leurs outils», a résumé la procureure-chef, Me Sonia LeBel.

«On dit souvent le pouvoir de la patch, "the power of the patc0", c'est le pouvoir d'intimidation des couleurs des Hells Angels », a acquiescé le policier Belleau.

Fonds de solidarité

Après le témoignage de M. Belleau, le Fonds de solidarité FTQ a demandé et obtenu sur-le-champ un statut de participant devant la Commission Charbonneau.

À ce titre, Me André Ryan, qui le représente, obtient donc le droit de contre-interroger les témoins qui parleront du Fonds de solidarité, des fonds régionaux, des fonds locaux et du fonds immobilier solidarité.

Pour le reste de la journée jeudi, la commission a entendu diverses requêtes en mode de non-publication.

Il en sera de même lors de la reprise des audiences lundi. La commission doit notamment entendre le témoignage de huit personnes en non-publication, de façon à protéger la preuve dans plusieurs procès à venir, dont certains doivent se tenir bientôt.
5 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 5 septembre 2013 11 h 01

    C'est comme la police, non?

    Qui oserait monter sur une moto de police? Et l'uniforme ne sert-il pas à intimider?

  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 5 septembre 2013 11 h 24

    À la fois ridicule et terriblement néfaste

    Quelle culture arriérée, avec ses vestes de cuir, ses tatouages, ses gros moteurs, sa hiérarchie féodale et ses codes : «ne touche pas à ma moto, c'est MA moto». Des rites pour impressionner les gamins perdus, alors que les boss se font banquiers ou entrepreneurs.

    Des cavaliers de l'adulescence sanctifiée qui nous roulent dans leur farine blanchie. Et qu'on traite avec plus de respect que des étudiants en colère ou que des enseignantes voilées.

  • Richard Laroche - Inscrit 5 septembre 2013 12 h 40

    Chercher plus loin

    Pas mal tout le monde sait comment les motards criminels exercent leur pouvoir. Il serait plus intéressant de savoir qui exerce un pouvoir sur les motards criminels?

    • Guy Desjardins - Inscrit 5 septembre 2013 18 h 47

      Les policiers savent tous des actes criminels des motards. La justice en est consciente comment se fait'il qu'ils opèrent en toute tranquilité? La question est posée.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 septembre 2013 09 h 54

      « en toute tranquillité»

      Ben si je regarde ce qu'ont fait nos policiers avec Sharcq, je me garderais une petite gène. Il ne s'agit maintenant que nos procureurs et nos juges démontre autant de courage ! Ce qui est loin d'être prouvé. C'est peut-être là qu'on va se rendre compte de la «vaillance» de notre système de «justice» !

      Vous êtes sous la loupe messieurs dames. Nos regards sont tournés vers vous. Allez-vous livrer la marchandise ?

      Je ne fais pas de cynisme ici, il y a longtemps que j'ai dépassé ce stage ! Si vous fonctionnez avec des «preuves»... Nous aussi !

      Personne n'est au dessus des lois, même pas vous ! Tout le monde à des comptes à rendre ! Carpe diem !