Commission Charbonneau: syndicats et crime organisé au menu

La procureur en chef, Sonia LeBel, a par ailleurs tempéré les attentes du public sur la capacité de la capacité de la commission à exposer tous les stratagèmes de corruption et de collusion à l'œuvre dans le monde municipal.
Photo: - Le Devoir La procureur en chef, Sonia LeBel, a par ailleurs tempéré les attentes du public sur la capacité de la capacité de la commission à exposer tous les stratagèmes de corruption et de collusion à l'œuvre dans le monde municipal.

Les relations incestueuses entre les syndicats de la construction et le crime organisé seront au menu de l'automne à la commission Charbonneau. Le procureur en chef, Sonia LeBel, a indiqué qu'il est nécessaire d'examiner la vulnérabilité des syndicats à l'infiltration par le crime organisé.

«Les syndicats de la construction occupent une position clef au sein de l'industrie. Examiner s'ils sont vulnérables à l'infiltration par le crime organisé est capital considérant le mandat de la commission», a-t-elle dit.

La commission s'intéressera notamment à l'intimidation et à l'extorsion pratiquées sur les chantiers, de même qu'à la présence des «motards criminels» (c'est-à-dire les Hells Angels) dans l'univers syndical.

Un enquêteur de la Sûreté du Québec (SQ) responsable du projet «Diligence», Alain Belleau, viendra témoigner à ce sujet. L'enquête «Diligence» avait mené au dépôt d'accusations d'extorsion, de blanchiment d'argent et de gangstérisme contre un présumé membre des Hells Angels, Normand Marvin Ouimet, qui aurait tenté de prendre le contrôle du secteur de la maçonnerie à Montréal pour blanchir les profits de la vente de drogue. Le procès de Ouimet et de ses présumés complices n'a pas encore eu lieu. Deux des accusés ont déjà plaidé coupables. Il s'agit de Guy Dufour, délégué syndical du local des métiers de la truelle de la FTQ-Construction et du comptable Jean Siminaro.

Dans le cadre de leur enquête, les policiers ont capté de nombreuses conversations impliquant Jocelyn Dupuis, l'ex-directeur général de la FTQ-Construction aujourd'hui accusé de fraude pour avoir réclamé des remboursements de 100 000 $  en frais de repas en l'espace de six mois.

Les leaders syndicaux de la construction pourraient être forcés de répondre de leurs liens avec des membres des Hells Angels et de la mafia devant la commission.

Me LeBel a par ailleurs tempéré les attentes du public sur la capacité de la capacité de la commission à exposer tous les stratagèmes de corruption et de collusion à l'œuvre dans le monde municipal. «Il nous faut procéder à un certain échantillonnage, a-t-elle dit. Il faut s'assurer autant que possible de faire le tour du jardin, mais nous n'avons pas le luxe de retourner chaque pierre.»

Les élus locaux peuvent souffler, à deux mois des élections. La commission a presque fini d'éclabousser les maires et conseillers municipaux. Elle fera une dernière incursion dans le monde municipal en s'intéressant au cas de Gatineau et de Laval avec le témoignage de Marc-André Gélinas, directeur général en Outaouais pour la compagnie AECOM, et de Patrice Mathieu, un ex-vice-président en génie urbain et transport pour l'est du Québec pour AECOM.

M. Gélinas a été initié à la collusion par l'ingénieur Roger Desbois (accusé de fraude à Laval). À la suite de l'adoption de la Loi 106, accordant au critère du prix une place prépondérante dans l'octroi des contrats publics, M. Desbois l'a contacté pour lui indiquer que les firmes de génie-conseil s'étaient entendues entre elles pour ne pas se livrer à «une guerre de prix». En contrepartie, les firmes allaient conserver leurs parts de marché existantes.

Son témoignage démontre que le partage des contrats entre les firmes de génie-conseil dépassait les frontières de Montréal et de Laval.


D'autres détails suivront.

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