Point Chaud - Un rapport, et vite

Jean Cournoyer
Photo: Radio-Canada Jean Cournoyer

La commission Charbonneau reprend ses travaux avec l’intention de fouiller sur les chantiers de construction. Un air de déjà-vu pour l’ex-ministre du Travail Jean Cournoyer.

 

Jean Cournoyer n’attend plus rien de la commission Charbonneau, sinon qu’elle produise un rapport intermédiaire et qu’elle fasse des recommandations pour endiguer la corruption et la collusion.

 

L’ancien ministre libéral et négociateur ne croyait pas à la tenue de cette commission d’enquête. « Un spectacle pour la télévision », avait-il dit en janvier dernier. Son jugement acerbe s’est adouci pour laisser place à une impatience manifeste. Il espère maintenant que la commission fera des recommandations, sans plus attendre.

 

« Je souhaite que cette commission arrête d’éclabousser tout le monde et de nous montrer comme une “ gang ” de pas bons. Il nous faut des solutions pour éviter que des bandits se retrouvent en charge des affaires publiques. On peut passer à l’action sans attendre la fin des travaux », lance-t-il.

 

Reconnu pour son franc-parler, M. Cournoyer ne peut s’empêcher de décocher une flèche en direction de la juge France Charbonneau et des procureurs qui succombent parfois trop facilement au jeu des caméras. « Cette commission ressemble à d’autres que j’ai vues. À un moment donné, on devient une vedette, déplore-t-il. Ça me choque de voir le sourire de France Charbonneau. On dirait qu’elle jouit d’en avoir “ pogné ” un. On ne devrait pas rire du monde quand ils sont pris dans la merde. »

 

M. Cournoyer cite en exemple le traitement cavalier réservé à l’ex-maire de Montréal, Gérald Tremblay, mis en cause pour son incapacité à juguler la collusion et la corruption galopantes à l’hôtel de ville. « Lâchez-le ! Quand on n’a pas eu connaissance de quelque chose, on ne peut pas s’en souvenir », dit-il.

 

Sur les chantiers

 

Cette critique peut surprendre venant d’un homme politique associé à l’une des plus importantes commissions d’enquête dans l’histoire du Québec. En 1974, M. Cournoyer était ministre du Travail lorsque le gouvernement Bourassa a mis sur pied la commission Cliche, pour enquêter sur l’intimidation et l’infiltration du crime organisé sur les chantiers de construction.

 

L’enquête débouche sur la mise en tutelle de quatre sections locales de la FTQ qui exerçaient des pratiques illégales et sur la démission du « roi de la construction », André « Dédé » Desjardins. L’ex-leader du Conseil des métiers de la construction se recyclera dans le prêt usuraire et sera assassiné, en avril 2000, le lendemain d’une rencontre avec le Hells Angels Maurice Boucher.

 

De « Dédé » Desjardins à Bernard « Rambo » Gauthier, qui fait la pluie et le beau temps sur le chantier de la Romaine, l’industrie de la construction a si peu évolué. La commission Charbonneau n’est-elle pas une commission Cliche de notre temps, rendue nécessaire par le retour en force de la violence et du crime organisé sur les chantiers ? « La nature même de l’industrie n’a pas changé, concède Jean Cournoyer. Les grues sont plus hautes qu’elles l’étaient, et c’est tout. »

 

Les agents d’affaires des syndicats exercent trop de pouvoir. Ils peuvent paralyser un chantier ou en contrôler l’accès en passant le mot d’ordre à leurs membres.

 

À ce chapitre, M. Cournoyer voit d’un bon oeil la fin du « placement syndical » dans l’industrie. À partir du 9 septembre, la Commission de la construction du Québec (CCQ) sera chargée de répartir la main-d’oeuvre sur les chantiers. La CCQ mettra en ligne un nouvel outil, le Carnet référence construction. À terme, les 165 000 employés de la construction rempliront leur profil en ligne, et les employeurs pourront afficher leurs besoins en main-d’oeuvre.

 

Dans son rapport final en 1975, la commission Cliche avait recommandé de mettre un terme au placement syndical pour enlever aux syndicats leur principal instrument de chantage. La défaite libérale de 1976, aux mains d’un Parti québécois redevable aux centrales syndicales, a scellé le sort de cette nécessaire réforme.

 

Si la CCQ réussit à reprendre le rôle que les syndicats ont joué historiquement avec « efficacité », la réforme a des chances de porter ses fruits, estime M. Cournoyer, qui siège dans un comité de vigie du ministère du Travail, afin de suivre l’évolution du dossier.

 

M. Cournoyer n’est cependant guère impressionné par la loi 1 sur l’intégrité et la confection de « listes noires » d’entrepreneurs et d’ingénieurs écartés des contrats publics sur la base de présomptions de l’Unité permanente anticorruption et de l’Autorité des marchés financiers.

 

Il éprouve un malaise à ce que des gens d’affaires soient condamnés par la police, sans égard à la présomption d’innocence. « Le jugement de la police est exécutoire sans avoir passé le test judiciaire. Voilà une caractéristique de l’État policier », observe-t-il.

 

Au fond, la « solution Cournoyer » est toute simple. Qu’on mette les responsables de la corruption et de la collusion en prison, à l’issue d’un procès juste et équitable.

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