Forum des idées pour le Québec - Le PLQ veut ouvrir les ornières politiques

Philippe Couillard veut un forum non partisan.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Philippe Couillard veut un forum non partisan.

Michael Ignatieff avait tenté la chose en 2010, mais le geste demeure relativement rare : un parti politique qui invite quelque 70 conférenciers pour entendre ce que ces experts ont à dire d’un sujet donné. Trois jours pour une réflexion non partisane, voilà ce que Philippe Couillard souhaite faire de son Forum des idées pour le Québec.

 

Il y aura donc, à compter de ce vendredi au collège Champlain de Saint-Lambert, des avocats-conseils, des professeurs d’université (Toronto, Laval, McGill), des conseillers stratégiques, des chercheurs, des directeurs d’instituts scientifiques, des gens de différentes industries. Tous réunis par le Parti libéral du Québec (PLQ) pour discuter d’économie - c’est le thème central des ateliers - et fournir au nouveau chef libéral des pistes de réflexion en vue de l’élaboration du prochain programme électoral.

 

Si le PLQ a déjà tenu des forums de réflexion dans les années 70, un événement de cette ampleur est semble-t-il inédit dans l’histoire du parti. Philippe Couillard y voit un geste important. « Un parti politique, au-delà d’être une organisation dont le but pratique est de remporter des élections, doit également être un moteur d’idées pour une société, dit-il en entretien. Or, dans les dernières années, on a assisté à une certaine désaffection envers les partis politiques au profit des groupes de pression [qui militent pour certains enjeux]. Je pense qu’il est important de réhabiliter le parti politique comme institution propre à faire jaillir ces idées-là. »

 

M. Couillard estime qu’en « général, dans notre système politique, les partis ont un peu de difficulté » avec la confrontation des idées. « Ils ont tendance à ne parler que de leurs options principales - et c’est un phénomène qui touche tous les partis. Ils ont aussi tendance à fonctionner en vase clos, à se parler entre eux et à oublier de s’ouvrir à des influences et à des expériences extérieures ».

 

Le politologue Jean-Herman Guay, de l’Université de Sherbrooke, juge positivement l’initiative. « C’est un geste audacieux et rare, et assurément très intéressant, dit-il. Les partis doivent sortir de la partisanerie. Il y a bien un risque d’entendre des choses qu’ils ne veulent pas entendre, mais ça vaut la peine. Et ça devrait se faire plus souvent, par tous les partis », croit M. Guay.

 

Si le PLQ n’invente pas le genre (le Parti québécois avait tenté une « Saison des idées » en 2003, la naissance de la Coalition avenir Québec a été précédée d’une tournée de consultations), c’est probablement l’expérience du Parti libéral du Canada en mars 2010 qui s’approche le plus du Forum des idées.

 

La Conférence libérale des penseurs avait rassemblé quelque 250 personnes à Montréal (et 5000 internautes). « Nous devons réfléchir en dehors de nos zones de confort, avait dit le chef Michael Ignatieff en ouverture. Nous allons oser nous demander non pas comment nous allons être élus [l’histoire dira que le PLC a connu sa pire défaite par la suite], mais comment nous allons être utiles. »

 

Non partisan

 

Le Forum du PLQ fera un peu de place à quelques députés ou ex-députés libéraux, mais Philippe Couillard souhaite que le ton global soit non partisan. « C’est nous qui organisons, bien sûr. Mais il n’y aura pas de discours politique partisan. On vient écouter des gens de l’extérieur qui nous parleront d’économie au sens large, un thème qui demeure notre priorité. Ces conférenciers viennent enseigner et réfléchir avec nous, pas participer à une activité partisane libérale. »

 

C’est notamment ce qui a convaincu l’écologiste Karel Mayrand (Fondation David Suzuki) de participer à l’atelier sur l’énergie et l’environnement. « On demeure toujours ouverts à des activités de réflexion qui ne sont pas partisanes. Et je trouve bien que les partis politiques prennent le pouls de la société civile », dit-il.

 

Dans l’immédiat, les idées qui seront soulevées vont nourrir le groupe de travail du PLQ pour un programme politique, indique Philippe Couillard. Il souhaite notamment mieux comprendre comment améliorer « les relations entre des paires de valeurs, comme le développement économique et la justice sociale ».

 

À terme, le PLQ souhaite faire de l’événement un rendez-vous annuel dont le thème central changerait.

8 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 23 août 2013 08 h 08

    «Parlons d'économie»

    «Parlons d'économie» - Refrain électoral libéral

  • Réal Ouellet - Inscrit 23 août 2013 09 h 37

    La rengaine...

    L'économie...l'économie... toujours l'économie. Vieille rengaine qui coure chez les libéraux depuis 40 à 50 ans. C'était la même chose du temps de Bourrassa. Qu'est-ce que ça nous a apporté? Va-t-on se le demander. Le seul changement majeur qu'on a vécu depuis 50 ans c'est la révolution tranquille et cette révolution est arrivé parce qu'on a parlé d'autre chose. D'éducation en particulier, d'autonomie aussi.

  • Daniel Gagnon - Abonné 23 août 2013 10 h 58

    Congrès bidon pour 'porters d'eau'

    Petit colloque, grand congrès bidon pour nous chanter encore les vertus de la vie de « Porters d'eau »?

  • André Le Belge - Inscrit 23 août 2013 12 h 50

    Dans quelle langue

    En français ou en anglais? Pourquoi McGill et pas l'UQUAM?

    • lise pelletier - Inscrit 23 août 2013 15 h 53

      Peut-être en italien, ils y ont de bons amis.

  • lise pelletier - Inscrit 23 août 2013 15 h 51

    "Sortir des ornières"

    Couillard essaie n'importe quoi de ce temps-ci pour reprendre le devant de la scène médiatique (et Radio-Can le sert bien).
    Il voit très bien que le vent tourne et que l'automne sera péquiste avec plusieurs dossiers que le PQ a mis sur pied et qui arriveront à échéance., dont le projet de loi sur les valeurs québécoises.

    Ler retour de la commission Charbonneau et les nouveaux témoignages seront lourds à "Porter" pour le PLQ et son cheuf.