Interdiction des signes religieux: Québec fonce malgré les critiques

Un État officiellement laïc demeure la meilleure garantie pour assurer le respect des croyances religieuses, a réaffirmé le ministre responsable des Institutions démocratiques, et parrain de la future charte des valeurs, Bernard Drainville.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un État officiellement laïc demeure la meilleure garantie pour assurer le respect des croyances religieuses, a réaffirmé le ministre responsable des Institutions démocratiques, et parrain de la future charte des valeurs, Bernard Drainville.

Québec — Contre vents et marées, le gouvernement de Pauline Marois garde le cap vers l'adoption d'une charte des valeurs qui prônera la neutralité totale de l'État et de ses employés en matière religieuse.

Pas question, donc, de reculer, malgré les critiques et l'aspect controversé du projet, ont indiqué jeudi quelques ministres, à leur entrée à une réunion du cabinet, la première depuis la pause estivale.

Car un État officiellement laïc demeure la meilleure garantie pour assurer le respect des croyances religieuses, a réaffirmé le ministre responsable des Institutions démocratiques, et parrain de la future charte des valeurs, Bernard Drainville.

Le ministre doit déposer en septembre un document qui résumera les orientations gouvernementales en ce domaine et fixera les critères devant servir à encadrer les demandes d'accommodement raisonnable, un geste qui sera suivi par le dépôt d'un projet de loi à l'automne.

«Ce que les Québécois souhaitent, ce sont des règles claires pour encadrer les demandes d'accommodement religieux, et c'est ce que nous allons faire», a tranché le ministre Drainville, qui se dit persuadé que c'est précisément l'absence actuelle de règles qui crée les divisions dans la population.

«On va attendre que le projet (de loi) soit déposé avant de le commenter», a brièvement indiqué de son côté la première ministre Pauline Marois, tout en marchant vers la porte de l'édifice Honoré-Mercier.

Le modèle de laïcité privilégié par le gouvernement impliquerait d'interdire aux employés de l'État (fonctionnaires, enseignants, personnel des hôpitaux) de porter des signes religieux ostentatoires.

Québec s'engage à présenter une proposition offrant «un heureux équilibre entre le respect des droits de la personne et le respect des valeurs communes», a résumé M. Drainville.

Aux yeux du ministre des Relations internationales, Jean-François Lisée, il y aura à cette occasion un test de leadership pour les élus. Il affirme que le gouvernement affrontera la tempête et prédit que la formule préconisée par son équipe fera un jour consensus.

À ce propos, il a tracé un parallèle entre la situation actuelle et le débat ayant entouré l'adoption de la charte de la langue française (loi 101) en 1977. «Pour la première fois, il y a eu du leadership sur la question de la langue, et depuis, tout le monde trouve, malgré les débats difficiles de l'époque, que c'était une bonne chose», selon lui.

«Cette fois-ci, on a du leadership sur la question des valeurs, des accommodements raisonnables. Il y aura un débat, on va le faire de façon aussi respectable et dans le respect des convictions de chacun, bien sûr, mais il faut du leadership et on va l'avoir», a ajouté M. Lisée.

«On va traverser la tempête», promet le ministre Lisée, en se disant persuadé que l'avenir donnerait raison au gouvernement péquiste et que le projet de laïcité de l'État finirait par faire consensus dans la population.

Mais pour l'instant, avant même la publication du document, le projet de charte sème la controverse. Sceptiques, les partis d'opposition l'attendent de pied ferme. Et sans l'appui de l'opposition libérale ou de la Coalition avenir Québec, le projet n'a aucune chance de devenir réalité, dans un contexte de gouvernement minoritaire.

Ces derniers jours, le coprésident de la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, Charles Taylor, a taillé en pièces le projet péquiste, qui serait selon lui une erreur capitale, condamnant des communautés entières à être exclues du marché de l'emploi dans le secteur public à cause de leurs convictions religieuses. Le chef libéral fédéral, Justin Trudeau, qui a rencontré Mme Marois mercredi, a mis son grain de sel pour juger que la future charte allait selon lui entacher l'image du Québec.



 

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