Le tabac pourrait être chassé des terrasses

La terrasse reste, dans plusieurs villes du monde, le dernier lieu où l’on peut fumer au restaurant.
Photo: Agence France-Presse (photo) Boris Horvat La terrasse reste, dans plusieurs villes du monde, le dernier lieu où l’on peut fumer au restaurant.

Québec — Le renforcement prochain de la Loi sur le tabac pourrait passer par l’interdiction de fumer sur les terrasses des bars et des restaurants. Les groupes anti-tabac se sont succédé au Parlement depuis mardi pour le réclamer.

 

« L’un des objectifs premiers de la Loi sur le tabac est de protéger les non-fumeurs », plaide Mario Bujold, de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac. À ses yeux, tout ce qui concerne l’exposition à la fumée secondaire est « prioritaire ». « La proximité des non-fumeurs avec la fumée d’un fumeur à l’intérieur d’un mètre est très risquée pour leur santé. »

 

M. Bujold n’est pas le premier à tenir ce discours. La commission parlementaire qui fait le bilan de la Loi sur le tabac a reçu en deux jours au moins cinq groupes qui demandaient la même chose.

 

Selon Statistique Canada, en 2011, 22 % des non-fumeurs rapportaient qu’ils avaient été exposés à de la fumée de tabac sur une terrasse au cours du mois précédent. En 2007, un sondage révélait que 40 % des gens (fumeurs et non-fumeurs) étaient favorables à l’interdiction.

 

Or c’est précisément grâce à ces terrasses que les bars ont réussi à « survivre » à la loi de 2005, a fait valoir la Corporation des propriétaires de bars et de restaurants. « Il faudrait faire attention de ne pas sombrer dans le radicalisme », a déclaré mardi son président, Jacques Beauchamp. « Il ne faudrait pas inciter le public non-fumeur à une forme de ségrégation envers les fumeurs. »

 

Par contre, certains élus de la commission parlementaire ont semblé sensibles au fait que d’autres provinces canadiennes ont déjà interdit ces terrasses. C’est le cas de l’Alberta, de la Nouvelle-Écosse, du Manitoba et de certaines villes comme Vancouver et Ottawa.

 

Le député libéral Yves Bolduc en a parlé comme d’une « tendance lourde » et difficile à éviter. Il a aussi souligné que c’était probablement l’un des sujets les plus controversés au programme de la refonte de la Loi.

 

Menaces de poursuites

 

Sur la question de l’emballage des paquets de cigarettes, le représentant d’Imperial Tobacco a laissé entendre que l’entreprise poursuivrait le gouvernement si ce dernier décidait d’imposer l’emballage neutre et standardisé. Lundi, l’ancienne ministre de la Santé de l’Australie Nicola Roxon était venue encourager les élus à suivre son pays dans cette voie.

 

« Nous, on pense que c’est illégal de s’approprier les marques, a plaidé le directeur des affaires corporatives d’Imperial Tobacco, Éric Gagnon. On va prendre des actions légales. »

 

Lors de l’adoption de la loi en Australie, les compagnies de tabac avaient d’ailleurs poursuivi le gouvernement devant le plus haut tribunal du pays. Eux aussi avaient invoqué le contrôle de leur marque, mais leurs prétentions ont été rejetées par les juges.

4 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 22 août 2013 09 h 27

    Faut-il à tout prix copier le ROC ?

    « certains élus de la commission parlementaire ont semblé sensibles au fait que d’autres provinces canadiennes ont déjà interdit ces terrasses. »

    Faut-il à tout prix copier le ROC ?

    Au Québec, on nous a souvent servi cet argument pour mettre en place des mesures discutables. Qu'on se souvienne du virage à droite sur feu rouge (on aurait pu s'inspirer des meilleures villes européennes (ou même la métropole américaine) plutôt que de copier servilement le ROC).

    Qu'on ait sorti la fumée de cigarette des restos ou autres endroits publics, va ! Mais qu'on sombre dans le puritanisme en imitant aveuglément certaines parties du ROC, c'est douteux comme urgence.

    On pourrait dans un avenir peu lointain nous imposer l'usage quasi-exclusif de l'anglais parce que le ROC le fait...

    « La proximité des non-fumeurs avec la fumée d’un fumeur à l’intérieur d’un mètre est très risquée pour leur santé. »

    Allons ! Allons ! Si on voulait être cohérent, il faudrait plutôt interdire les terrasses sur toute rue où il y a circulation automobile, y compris les autobus diesel et bien sûr les camions car il serait tout aussi juste d'affirmer que la proximité des non-automobilistes avec la fumée d'un automobiliste à l'intérieur de deux mètres est très risquée pour leur santé.

    Et que dire d'une telle situation : venez déguster une pizza cuite sur feu de bois à une terrasse sans fumeurs...

    • Franklin Bernard - Inscrit 22 août 2013 10 h 50

      Quelle argumentation fumeuse et oiseuse, M. Richard. Quel rapport entre le sujet du tabac et le ROC? Que vient faire la politcaillerie dans ce débat? Quel rapport avec l'anglais? Si le ROC fait quelque chose de bien (ça lui arrive aussi de temps à autre, en dépit votre manifeste détestation politique) pourquoi ne pas l'imiter?

  • Franklin Bernard - Inscrit 22 août 2013 10 h 46

    Chassons le tabac de tous les espaces publics, point.

    Le président de la Corporation des propriétaires de bars et restaurants déclare: « Il ne faudrait pas inciter le public non-fumeur à une forme de ségrégation envers les fumeurs. » Pourquoi pas? Bien sûr qu'il faut encourager une ségrégation des fumeurs qui nous empoisonnent quotidiennement. Tout non-fumeur qui fréquente les terrasses, même occasionnellement, sait à quel point la fumée de la table voisine lui empeste l'air. Nul besoin d'être à l'intérieur pour ça. Et on en profitera pour se débarraser de ces véritables personnages anti-sociaux qui vous fument le cigare quasiment dans la figure.

    Allez fumer sur le trottoir, et loin.

  • Stéphane Laporte - Abonné 22 août 2013 15 h 43

    Aussi absurde

    C’est parfois absurde de voir des gens fumés sur des terrasses justes à côté de la fenêtre ouverte d’un bar ou resto, ou sous une dizaine de parasols qui forme un grand toit qui repousse toute le fumé a l’intérieur de l’établissement. Je suggérais à la journaliste Isabelle Porteur d’aller faire un tour au Sacrilège ou au sur bien d’autres terrasses de la ville de Québec.