L’industrie de l’éolien manifeste son impatience

Québec doit d’abord adopter un décret avant que soit lancé le nouvel appel d’offres pour la production d’énergie éolienne.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Québec doit d’abord adopter un décret avant que soit lancé le nouvel appel d’offres pour la production d’énergie éolienne.
Trois mois après avoir annoncé l’octroi de quatre nouveaux blocs d’énergie éolienne totalisant 800 mégawatts, Québec n’a toujours pas annoncé les règles du jeu, et les appels d’offres n’ont pas encore été lancés officiellement, créant une nouvelle vague d’inquiétude au sein de l’industrie qui s’impatiente.

Lorsque le gouvernement a procédé à l’annonce du 800 mégawatts, le 10 mai dernier, il était minuit moins une. Là, il est minuit et dix. Ça tarde et ça n’a pas encore bougé, ça nous inquiète beaucoup. » Jean-François Nolet, vice-président des politiques et affaires gouvernementales pour l’Association canadienne de l’énergie éolienne (CANWEA), ne cache pas son impatience. En entrevue au Devoir, il dit avoir bon espoir de voir se concrétiser les fameux appels d’offres promis par la première ministre elle-même, mais espère que cela se fera le plus rapidement possible, car le temps est compté, dit-il. « Nous savons que le gouvernement a été très occupé cet été avec des événements bien tristes, mais il faut que ce soit une véritable priorité, et ce, dès la prochaine réunion du Conseil des ministres. »

Au-delà de l’annonce, il faut encore que Québec adopte un décret pour enclencher le processus réglementaire – dont une consultation publique de 45 jours – menant au lancement officiel des appels d’offres par Hydro-Québec.

« On s’inquiète pour la suite des choses, on est déçus de voir que le gouvernement n’est pas encore passé de la parole aux actes »,déplore Marc-Antoine Renaud, chargé d’affaires et développement chez le manufacturier de turbines Enercon Canada. Ce dernier s’est rendu à Québec mardi, avec d’autres représentants de l’industrie, pour plaider l’urgence auprès des fonctionnaires du ministère des Ressources naturelles. « On nous dit qu’Hydro-Québec devrait être en mesure de lancer l’appel d’offres d’ici Noël », affirme l’homme d’affaires qui est dûment inscrit au registre des lobbyistes.

C’est l’échéance ultime, estime ce dernier. Car en comptant le processus d’appel d’offres, l’évaluation environnementale et la phase de construction, il faut un minimum de trois ans pour faire un projet éolien. Or, les livres de commandes des manufacturiers et fournisseurs québécois arrivent à échéance en 2015. « On a jusqu’à la fin de l’année pour lancer la machine, sans quoi on va se retrouver sans projet pour 2016. »

Chez Marmen, un fabricant québécois de tours d’éoliennes, le vice-président à l’exploitation, Vincent Trudel, craint même d’être obligé de fermer temporairement son usine de Matane, qui compte plus d’une centaine d’employés, le temps que les nouveaux projets se traduisent en commandes. « Si l’on se fie aux délais standards, c’est déjà trop tard. […] On est du monde d’affaires, on va se retrousser les manches, mais on est inquiets quand même. »

 

Projet collectif dans le Bas-Saint-Laurent

À Matane, le maire Claude Canuel a lui aussi bien hâte de connaître les nouvelles règles d’attribution des appels d’offres, car, avec les autres municipalités de la région, il a de grands projets. En effet, sur les 800 mégawatts annoncés, le gouvernement en a réservé un bloc de 300 mégawatts pour des projets communautaires dans les régions de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent, ce qui implique que les projets doivent être lancés par les communautés locales ou des coopératives qui travaillent en partenariat avec des investisseurs privés.

 

« Avec l’ensemble des MRC et la conférence régionale des élus [CRE] du Bas-Saint-Laurent, on travaille, à l’heure actuelle, à être le plus prêts possible lorsque les appels d’offres seront officialisés », explique le maire, qui, sans dévoiler la teneur du projet, précise que les travaux sont « pas mal avancés ».

C’est la conférence régionale des élus qui mène le bal dans ce dossier, ajoute-t-il. « La CRE a demandé à 19 promoteurs de lui manifester de l’intérêt. On attend leurs informations pour pouvoir qualifier les intérêts afin d’identifier un ou plusieurs promoteurs privés. »

Gaz Métro

Québec a également octroyé un bloc de 150 mégawatts pour des projets sur l’ensemble du territoire québécois. Ces deux blocs, qui totalisent 450 mégawatts, « suscitent beaucoup d’intérêt, principalement chez les compagnies québécoises, mais également aux États-Unis et en Europe », constate Jean-François Nolet, de la CANWEA.

C’est le cas de Gaz Métro, qui souhaite avoir sa part du gâteau. Au début du mois d’août, la compagnie a modifié sa déclaration au registre des lobbyistes du Québec pour y ajouter un mandat spécifique à cet appel d’offres. On souhaite faire des « représentations auprès de différentes instances (gouvernementales, municipales et à l’Assemblée nationale) afin de promouvoir l’octroi de projets éoliens par appel d’offres et de conclure, le cas échéant, des ententes avec des communautés locales (notamment des municipalités) pour développer et exploiter conjointement des projets d’énergie éolienne, notamment dans la région du Bas-Saint-Laurent ».

En plus des différents ministères et autres cabinets ministériels, Gaz Métro a inclus dans sa liste de titulaires de charges visées une centaine de municipalités, une dizaine de MRC et la Conférence régionale des élus du Bas-Saint-Laurent. Gaz Métro a déjà des projets avec la compagnie Boralex pour exploiter le potentiel éolien dans les terres de la Seigneurie de Beaupré, dans les régions de Côte-de-Beaupré et de Charlevoix.

Le ministère des Ressources naturelles n’était pas en mesure, mardi, de préciser où en était rendu le dossier.
13 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 7 août 2013 06 h 19

    Bientôt 12 mois!

    Dans moins d'un mois cela fera une année que ce gouvernement est en fonction. Si l'on regarde objectivement toutes les données reliés à cette prise du pouvoir, on ne peut que constater l'ampleur du travail déjà accompli. Dans le domaine énergétique, tout comme dans bien d'autres domaines, ce gouvernement minoritaire doit marcher sur la pointe des pieds, cela semble échapper à certain petits hommes d'affaire qui eux, ne pensent qu'à leur petit profit. Ce gouvernement a eu à gérer des situations de crise, certaines héritées du gouvernement précédent, d'autres comme Lac-Mégantic, véritable tragédie qui à ce jour coûte déjà plusieurs dizaines de millions de dollars, sans oublier 47 vies humaine ainsi que tous les dommages colatéraux.... Nul n'est tenu à l'impossible, si l'on tient compte de l'héritage laissé par le précédent gouvernement, on ne peut que dire: chapeau à Madame Marois et son équipe.

  • Yves Perron - Inscrit 7 août 2013 07 h 06

    Aucune utilité

    Vu que l'éolien nous coûte la peau des fesses et qu'il ne profite qu'à quelques compagnies. Ça ressemble à des subventions permanentes déguisées en vert.On devrait plutôt subventionner les propriétaires de maisons pour recouvrir leurs toits de panneaux solaires. Ça dure plus longtemps et tout le monde en profiterait.

    • Yvan Dutil - Inscrit 7 août 2013 08 h 45

      Ce ne serait pas mieux. Le solaire PV est encore plus coûteux. Dans ce cas, ce serait des individus qui seraient subventionnés ainsi que des usines étrangères.

  • Pierre Couture - Inscrit 7 août 2013 07 h 16

    Arrêtez de subventionner grassement les multinationales!

    Madame Marois,
    Jour après jour, presque, les journaux nous apprennent que votre gouvernement réduit l’aide sociale, sabre dans les subventions aux commissions scolaires, laisse les urgences d’hôpitaux déborder et les listes d’attente s’allonger tout en condamnant les universités à la mendicité.

    Et pendant ce temps-là, des multinationales sans gêne vous pressent de leur verser des subventions princières pour acheter de l’électricité de source éolienne, de l’électricité de mauvaise qualité car imprévisible, de l’électricité coûtant 4 fois le prix nord-américain de l’énergie, de l’électricité invendable car sans marché.

    De grâce, Madame Marois, ne tombez pas dans ce panneau. Tout le Québec est derrière vous pour vouloir développer la Gaspésie, mais faites-le de manière efficace.

    Les vendeurs de vent agitent devant nos yeux le drapeau de la création d’emplois. Y avez-vous regardé de près? En France, la Cour des comptes – l’équivalent de notre vérificateur général – a justement jeté un coup d’œil de ce côté et a trouvé les prétentions des promoteurs gravement exagérées.

    Ce sont des milliards de nos dollars que vous voulez engloutir dans cette aventure. Ne conviendrait-il pas de vérifier la profondeur de l’eau avant de plonger?

    Je suis certain que si vous commandez la moindre analyse sérieuse, vous constaterez à quel point les promesses des vendeurs de vent ne sont que cela : des promesses.

    • Robert Bernier - Abonné 7 août 2013 09 h 05

      Oui. Et surtout que, après la construction, ces mêmes "entrepreneurs" viendront quêter encore pour garantir qu'on leur octroie des commandes d'électricité, par Hydro-Québec, de l'électricité dont Hydro-Québec ne sait plus que faire, de l'électricité à coût élevé. Des mini-centrales privées, quoi, comme du temps de Charest.

      Une drôle de race d'entrepreneurs, qui ne peuvent supporter le risque.

      Robert Bernier
      Mirabel

  • Bernard Terreault - Abonné 7 août 2013 07 h 43

    Ça ne vaut vraiment pas la peine

    Alors que nous avons des surplus d'hydroélectricité pas chère, pourquoi s'entêter à subventionner l'éolien très coûteux? Si encore le Québec était un leader dans la technologie, s'il abritait un des grands fabricants mondiaux de turbines, mais non, toute la technologie a été développée au Danemark, en Allemagne ou en Californie. L'éolien au Québec n'a d'autre résultat que de faire faire des profits à un petit groupe d'hommes d'affaires ayant de bonnes connections politiques. Cette industrie crée très peu d'emplois dans la fabrication, en bonne partie étrangère, ni dans l'opération, essentiellement automatisée (comme il se doit). Au moins, l'hydroélectricité, en plus d'être presque gratuite si on la compare au thermique (nucléaire ou fossile), dont doivent se contenter la plupart des pays du monde, a permis de créer les grandes firmes d'ingénierie québécoises et de développer ici une technologie unique, celle du transport d'électricité à 735 000 volt, technologie qui pourra se vendre à d'autres pays ayant de grandes ressources hydriques éloignées des centres de consommation. (B. Terreault, prof. retraité de l'INRS-Énergie, Matériaux et télécom).

    • André Michaud - Inscrit 7 août 2013 11 h 23

      En effet c'est du gaspillage éhonté, mais il existe une cinquantaine de compagnies dans ce secteur, et ils ont un lobby assez efficace..

    • Richard Coulombe - Inscrit 7 août 2013 11 h 58

      Et du même souffle, Hydro demande une hausse de 5.4% en 2014, principalement justifiée par le coût de l'énergie éolienne qu'elle (nous) doit (devons) subventionner. Une autre marche arrière pour le PQ ? Tellement prévisible ....

  • Joanne Gagné - Inscrite 7 août 2013 09 h 43

    Les retombées locales

    Il est trop facile d’assimiler l’octroi de blocs d’énergie éolienne à une subvention déguisée. Depuis la mise en place de ce secteur d’activités en Gaspésie et au Bas-St-Laurent en 1995, les investissements générés par cette filière sont estimés à 8,7 milliards de dollars et ont donné naissance à 3,772 emplois régionaux combinant le secteur manufacturier, les routes et l’entretien des parcs éoliens (voir le MRN, énergie éolienne). Et ici, on ne parle même pas des retombées locales : commerçants, achat de résidences, taxation, etc.. De plus, 60% des coûts globaux d’un projet éolien doivent être dépensés au Québec. Toute la population québécoise en profite donc. Même au prix de revente de cette énergie, il serait intéressant de faire le bilan investissements versus retombées totales. À vue de nez (je demeure à Matane), il serait nettement positif, au moins du point de vue humain.
    Cet essor s’est manifesté graduellement dans notre région, au fil des années. Mais actuellement, ne pouvant plus attendre de nouveaux contrats, plusieurs manufacturiers ont procédé à des mises à pied. Déjà que plusieurs de nos travailleurs avaient traversé le golfe vers les emplois « faramineux » du Plan Nord (ne nous illusionnons pas, les emplois du secteur éolien sont loin d’être aussi lucratifs), il a suffi d’une année de stagnation pour provoquer un exode imposant du reste de nos travailleurs vers des régions plus productives. Pleins d’espoir, plusieurs n’ont pas encore rapatrié leur petite famille, hésitant à les séparer de leur milieu. Ils vivent cet éloignement difficilement. L’espoir qu’a suscité l’annonce de Mme Marois est palpable ici. Nous retenons notre souffle. Pour combien de temps encore ?

    Joanne Gagné, Matane

    • Bernard Terreault - Abonné 7 août 2013 11 h 45

      Il y a des moyens plus profitables de faire du développement régional, commme acheter des wagons faits à La Pocatière pour construire plus de lignes de métro à Montréal. Ou encourager l'industrie du bois de construction de haute technologie. Ou moins taxer les PME qui s'y installent pour profiter d'une main d'oeuvre excellente formée dans des écoles ou universités qu'on aura dotées des meillerurs équipements et des meilleurs profs attirés là par de meilleures conditins de travail. Et puis, il n'y a pas de honte à déménager dans un endroit où il y a de bons emplois et à laisser leur beauté aux paysages du Bas St-Laurent, de la Gaspésie ou d'ailleurs. A long terme, cela y attirera les touristes.

    • Claude Charron - Inscrit 8 août 2013 00 h 42

      La gaspésie est sous respirateur artificiel avec l,éolien, une énergie inutile, non fiable et surcoûteuse. À terme lorsque les projets seront complétés le déficit éolien représentera plus de $800 millions/année , le plus gros scandale économique et financier de ce siècle. À tritre d'exemple la Gaspésia fut un fiasco de $500 millions mais pour une seule année, one shot. Vous parlez de $8.7 milliards d'investissements, oui mais financés à même la poche des contibuables québécois pour une énergie dont on n'a pas besoin. Des emplois temporaires et indirects qui disparaîtront de toute façon avec la complétion du programme éolien de 4,000 MW pour ne laisser que quelques centaines d'emplois permanents pour l'entretien et l'exploitation du parc éolien. Chaque emploi ainsi créé sera subventionné à raison de plus d'un million /emploi/année. Vous avez peut-ëtre vendu quelques maisons à des travailleurs de l'éolien dans votre coin mais ici dans L'Érable le projet éolien chasse peu à peu plusieurs propriétaires établis depuis des décennies, entrave sérieusement l'industrie récréo touristique locale en altérant les paysages patrimoniaux et surtout crée une terrible division sociale totalement irréversible et continue alors que d'autres municipalités avoisianantes croient encore au Père Noël avec ses 800 MW. D'une tristesse infinie. La leçon à tirer de notre expérience. Ce sont les lobbies industriels qui gouvernement et dictent au gouvernement la stratégie énergétique à adopter. D'une tristesse infinie. Voius pouvez bien retenir votre souffle MMe Gagné, ce n"est pas en nourrissant les multinationales du vent que la Gaspésie trouvera son salut et plus vous implanterez des éoliennes moins les touristes iront vous voir.