Loi spéciale dans la construction - Fin de grève au goût amer pour les travailleurs et le gouvernement

Les travailleurs de la construction sont de retour sur les chantiers mardi, après deux semaine de grève.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les travailleurs de la construction sont de retour sur les chantiers mardi, après deux semaine de grève.

Les 77 000 travailleurs de la construction du secteur industriel, commercial et institutionnel sont de retour sur les chantiers ce mardi matin. Si les syndicats dénoncent le recours à une loi spéciale pour mettre fin à la grève, les partis d’opposition ont fait en sorte que le gouvernement pourrait aussi en subir les contrecoups.

Les parlementaires ont dû interrompre leurs vacances estivales dimanche pour se prononcer sur le projet de loi présenté par le Parti québécois (PQ). Après un bras de fer politique, il a été adopté dans la nuit de lundi, suspendant le droit de grève des travailleurs et octroyant une hausse de salaire de 2 %.


« Ce sont nos droits fondamentaux qui sont bafoués par cette loi spéciale adoptée par l’Assemblée nationale », s’est indigné lundi le porte-parole de l’Alliance syndicale, Yves Ouellet, appelant malgré tout les travailleurs à respecter la loi et à rentrer au travail.


Psychodrame parlementaire


Ce n’est toutefois que partie remise. Les négociations devront reprendre rapidement puisque la loi spéciale fixe les conditions de travail pour une année seulement. Le Parti libéral du Québec (PLQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) ont fait front commun pour modifier le projet de loi du gouvernement qui voulait régler cette question jusqu’en 2017, avec des hausses de salaire totalisant plus de 8 %.


Le Parti québécois avait manifesté une certaine intransigeance sur cet enjeu tout au long de la journée de dimanche, au nom de la « stabilité » et de la « paix sur les chantiers ».


La ministre du Travail, Agnès Maltais, avait même menacé de retirer son projet de loi, devant l’insistance de l’opposition. Puis elle a proposé un compromis d’une portée de deux ans, au terme de tractations en commission parlementaire en soirée, mais en vain. Son amendement a été battu par les députés de l’opposition, majoritaires, scellant la défaite du gouvernement.


La première ministre Pauline Marois a d’ailleurs déploré l’inflexibilité de ses adversaires, en visant même le chef libéral Philippe Couillard. « Nous courons le risque d’être replongés dans un conflit », a-t-elle dit à l’Assemblée nationale juste avant l’adoption finale du projet de loi, durant la nuit de lundi.


Tous les partis ont voté en faveur de la loi, à l’exception de Québec solidaire.


Manoeuvre électorale ?


« Malheureusement, pour des motifs qui n’ont rien à voir avec l’intérêt du Québec, cette stabilité n’est assurée que pour un an », a déclaré Mme Marois, en soupçonnant ainsi des motifs partisans derrière la manoeuvre des partis d’opposition.


Les prochaines négociations risquent d’ailleurs de se dérouler, ou d’aboutir, en pleine campagne électorale, au printemps 2014, au bout de l’espérance de vie habituelle d’un gouvernement minoritaire. Cet enjeu pourrait donc refaire surface à un moment inopportun pour le PQ.


Les partis d’opposition ont pour leur part expliqué vouloir réduire la portée de la loi spéciale afin que les syndicats et l’Association de la construction du Québec trouvent rapidement une solution négociée.


Les pourparlers s’annoncent cependant ardus. Les travailleurs ne plieront pas devant des « demandes rétrogrades qui ne font que les appauvrir », a averti Yves Ouellet, de l’Alliance syndicale, lors d’un point de presse à Montréal. Les hausses de salaire ne sont pas suffisantes, a-t-il laissé entendre.


Tout en dénonçant la loi spéciale présentée par le PQ, l’Alliance syndicale a accusé le PLQ et la CAQ d’avoir repris mot à mot le discours du Conseil du patronat et de l’Association de la construction du Québec lors des débats parlementaires de dimanche. « C’est l’un des pires spectacles de ventriloque que j’ai vus de ma vie », a dit M. Ouellet.


Dans un bref communiqué, l’Association de la construction du Québec a pour sa part invité les employeurs à respecter la loi spéciale, sans la commenter. Son président s’adressera aux médias au cours de la journée.


Le Conseil du patronat, lui, a fait part de sa satisfaction et de son grand soulagement. La loi spéciale permettra de stopper « l’hémorragie économique » déclenchée depuis le début de la grève, estime son directeur des affaires juridiques, Guy-François Lamy.


Ces deux organismes avaient demandé au gouvernement d’aller de l’avant avec une loi spéciale.


Les 77 000 travailleurs du secteur industriel, commercial et institutionnel étaient en grève depuis deux semaines. Leurs collègues du secteur résidentiel et de la voirie (98 000 salariés) étaient parvenus à une entente la semaine dernière.


 

Avec La Presse canadienne

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