Place au Conseil national des universités

Pour Claude Corbo, il ne fait guère de doute que Pierre Duchesne créera le Conseil national des universités. « Compte tenu du fait qu’il y a un consensus significatif dans le milieu sur l’opportunité de mettre en place un tel conseil, mon intuition, c’est que le ministre va vouloir aller de l’avant », a-t-il affirmé au Devoir.
Photo: François Pesant Le Devoir Pour Claude Corbo, il ne fait guère de doute que Pierre Duchesne créera le Conseil national des universités. « Compte tenu du fait qu’il y a un consensus significatif dans le milieu sur l’opportunité de mettre en place un tel conseil, mon intuition, c’est que le ministre va vouloir aller de l’avant », a-t-il affirmé au Devoir.

Mandaté par le gouvernement Marois dans la foulée du Sommet sur l’enseignement supérieur, Claude Corbo propose la création d’un Conseil national des universités (CNU) indépendant qui aurait un pouvoir de recommandation auprès du ministre, mais aucun pouvoir de contrainte à l’endroit des universités.

Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne, a rendu public le rapport de Claude Corbo issu du chantier sur le CNU, rapport qu’il venait tout juste de recevoir. « J’annoncerai à l’automne les suites qui seront données ainsi que l’encadrement législatif proposé », indique le ministre dans un communiqué.


Pour Claude Corbo, il ne fait guère de doute que Pierre Duchesne créera le CNU. « Compte tenu du fait qu’il y a un consensus significatif dans le milieu sur l’opportunité de mettre en place un tel conseil, mon intuition, c’est que le ministre va vouloir aller de l’avant », a-t-il affirmé dans un entretien accordé au Devoir.


Claude Corbo recommande la création d’un organisme consultatif calqué sur le modèle du Conseil supérieur de l’éducation (CSE). Le CNU n’aurait qu’un pouvoir de recommandation parce qu’il faut préserver l’autonomie institutionnelle et intellectuelle des universités. Il faut aussi ne ravir aucun pouvoir au ministre responsable : faire autrement « serait instaurer une forme de technocratie qui répugne à l’idéal démocratique », prévient l’auteur.


« Modeste» majorité


Le CNU serait composé d’un président à temps plein nommé par le gouvernement sur recommandation du ministre pour un mandat renouvelable de cinq ans et de douze membres, tous choisis pour leur compétence et leur indépendance.


Une « modeste » majorité sera accordée au milieu universitaire. Des douze membres nommés pour un mandat de quatre ans, sept proviendraient du milieu, soit trois professeurs, un étudiant inscrit aux cycles supérieurs, un membre du personnel universitaire et deux personnes avec une expérience de direction dans une université. Cinq membres représenteraient la société civile. Le CNU serait doté d’un budget annuel de 4 millions, dont 2,5 millions pour son fonctionnement et 1,5 million pour commander des études.


Le rapport rappelle l’existence du Conseil des universités, dont l’abolition en 1993, dans un contexte de réduction des dépenses publiques a conduit d’autres instances - ministères, CSE, Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ), universités - à traiter des grands enjeux touchant les universités. « Au lieu d’avoir un lieu institutionnel mandaté pour faire un travail d’analyse et de réflexion méthodique, large et continu, d’analyse et de veille, on se retrouve avec de multiples intervenants ne travaillant pas de façon ordonnée ni coordonnée et ne bénéficiant pas de la distance, du détachement et de l’indépendance nécessaires à une réflexion aussi objective et aussi inspirée par le souci du plus grand bien collectif possible », estime Claude Corbo. La CREPUQ « est d’abord et avant tout un organisme de représentation et de défense des intérêts institutionnels des universités », rappelle-t-il.


C’est le CNU qui se chargerait de l’évaluation des nouveaux programmes et superviserait l’évaluation, faite par les universités, des programmes existants, propose le rapport. Cette tâche est dévolue à la CREPUQ à l’heure actuelle.


Si le CNU avait existé lors du conflit étudiant du printemps 2012, « ça aurait éclairé les débats », croit Claude Corbo. L’université est une institution « souvent mal connue et mal comprise » et elle « apparaît comme le terrain de conflits et d’affrontements incessants », écrit-il. « Les événements de 2012 ont pu faire apparaître encore plus mystérieuse et plus anarchique l’institution. »


***

La CREPUQ renommée Bureau de la coopération universitaire

En pleine redéfinition de ses mandats, la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) s’appellera Bureau de la coopération universitaire, a appris Le Devoir. La présidente de la CREPUQ, Luce Samoisette, a confirmé cette information, en se gardant toutefois de donner plus de détails sur les transformations qui seront effectuées au fil des rencontres du comité chargé de la refonte. Mais déjà on sait que le mandat de l’évaluation des nouveaux programmes, qui incombait en partie à la CREPUQ, sera transféré au nouveau Conseil des universités, tel qu’annoncé jeudi par le ministre de l’Enseignement supérieur. « L’objectif est de diminuer les services, c’est clair. Mais quelle en sera l’ampleur ? On n’a pas fait tous les travaux », a-t-elle indiqué, sans s’avancer sur la nouvelle structure administrative et organisationnelle. Présidé par Mme Samoisette, le comité, qui se penchera tout l’été sur le sort de la CREPUQ, est formé de Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal, de Robert Proulx, recteur de l’UQAM, de Nelson Michaud, directeur de l’École nationale d’administration publique, et de Michel Patry, directeur de HEC. Les recommandations qui en seront issues devront être entérinées par le conseil d’administration de l’organisme.

Lisa-Marie Gervais

3 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 28 juin 2013 09 h 57

    Programme pour les 55 ans et plus

    Au CNU, il se doit d’y siéger un représentant des Programmes pour les 55 ans et plus dans nos universités du Québec. On parle présentement surtout des Universités du 3e âge (UTA). Concept nouveau : l’enseignement supérieur tout au long de la vie. Autres concepts : Université intergénérationnelle, Université de tous les âges, Université populaire pour tous... Concept porteur à choisir.

    Soulignons que déjà plus de 20 000 d’étudiants âgés, plein de diplômes, d’expertises et d’expériences, retournent à l’université. Et ce nombre continuera d’augmenter rapidement. Ils veulent continuer à apprendre et aussi à mieux comprendre ce qu’ils ont appris. Ils veulent développer davantage leur esprit critique. Certains se donneront la possibilité de poursuivre la transmission de leur savoir et de leur passion; d’autres participeront activement à la société, autrement car mieux informés. Ils seront un apport des plus significatifs pour cette société que l’on veut plus éduquée, en santé, innovante et inspirante.

    Je crois profondément, dans chaque université du Québec, chacune respectant ses traditions, à l’implantation d’un grand programme pour les 55 ans et plus, avec une direction bien reconnue. Loin d’être une dépense, ce Programme serait un apport considérable sur tous les plans y compris celui financier. Comment ne pas imaginer la participation active de toutes ces personnes voulant collaborer au monde de l’enseignement, de la recherche et de l’implication dans la communauté ? Comment ne pas voir toutes ces personnes ayant le profond plaisir à continuer d’apprendre dans leur université et de partager ce plaisir à leurs descendants? Comment ne pas les voir conserver et améliorer leur santé, partager leurs expertises, même leur sagesse? Comment ne pas les voir comme une richesse humaine et intellectuelle à mieux explorer ?

    Place à un représentant des Programmes pour les 55 ans et plus au CNU.

  • Jean Lengellé - Inscrit 28 juin 2013 10 h 06

    Opération "Poudre aux yeux"?

    Ce qui devrait être la priorité, c'est bien plus la feuille de route de la formation universitaire, c'est à dire le pourquoi de cette formation, et non la façon de conseiller le Ministre avec les vieilles recettes de la "comitite aigue", et bien entendu aucun pouvoir, de façon à laisser libre cours aux ambitions ou aux caprices des administrations universitaires locales. Sans oublier le populisme abusif consistant à nommer un étudiant gradués pour un mandat de 4 ans qui obligera cet étudiant à négliger ses études...
    Bon retour à l'Ilot des Voyageurs!

  • Michel Lebel - Abonné 28 juin 2013 10 h 34

    Un retour!

    Si je comprends bien, on revient à l'ancien Conseil des universités, à la case départ. Pas de quoi se péter le bretelles! Ainsi va le Québec qui tourne en rond. Mais ce qui importe, c'est que le ministre soit content! C'est réussi!