Uranium - Nouvelle offensive de Québec contre le projet Matoush

Québec — À quelques jours d’un premier verdict dans le dossier de Strateco, qui poursuit le gouvernement pour obtenir l’autorisation d’aller de l’avant avec son projet de mine d’uranium à Matoush, la minière se heurte à une nouvelle offensive de Québec.


Le ministère de l’Environnement a envoyé, le 21 juin dernier, un avis préalable de refus à la compagnie, lui annonçant son intention de lui refuser l’émission d’un certificat d’autorisation.


« L’avis préalable de refus du ministre est fondé sur l’absence d’une acceptabilité sociale suffisante à l’égard du projet, notamment au sein de la communauté crie de Mistissini, a précisé mercredi l’attachée de presse du ministre, Catherine Salvail. Dans sa forme actuelle, le projet n’accorde pas suffisamment d’importance aux principes prévus par la Loi sur la qualité de l’environnement, notamment à l’égard de la protection du milieu social et de la protection des autochtones, de leurs sociétés et de leur économie. »


Ce refus était implicite depuis que le ministre Yves-François Blanchet a annoncé, au printemps dernier, qu’aucun certificat ne serait octroyé sur le territoire québécois tant que le BAPE n’aurait pas publié ses recommandations sur la filière uranique dans environ 18 mois.


Mais le ministre a choisi de ne pas attendre le BAPE et d’informer dès à présent la minière de ses intentions concernant le projet Matoush, au nord de Chibougamau. Il s’agirait d’une réponse directe aux procédures judiciaires qui sont en cours, confirme-t-on en haut lieu.

 

Poursuites


En janvier dernier, Strateco poursuivait le gouvernement pour l’obliger à rendre une décision dans son dossier. La minière avait en mains toutes les autorisations, à l’exception de celle du ministère de l’Environnement, qui se faisait attendre depuis plus d’un an. Lorsque le gouvernement a annoncé son moratoire de facto au printemps, la compagnie a abandonné la première poursuite et entamé de nouvelles actions devant les tribunaux.


Dans cette nouvelle poursuite, Ressources Strateco argue que « le ministre s’est disqualifié par ses agissements » et demande, conséquemment, à la Cour supérieure d’ordonner l’émission du certificat d’autorisation. Cette cause ne sera entendue qu’à l’automne.


Entre-temps, la minière a déposé une requête pour obtenir d’urgence une « ordonnance de sauvegarde visant à assurer la viabilité du projet jusqu’à la tenue du procès ». Elle estime qu’il lui en coûte 450 000 $ pour maintenir son personnel en place et réclame au gouvernement un total de 2,3 millions pour cinq mois. Cette cause a été entendue il y a deux semaines à peine.


« On pouvait s’attendre à une décision cette semaine », a affirmé au Devoir le président et chef de la direction Guy Hébert qui se disait très étonné par « ce changement à 180 degrés » du gouvernement. « Disons que je pense que le ministre n’a peut-être pas voulu prendre le risque d’être obligé de payer 2,3 millions à Strateco, ce qui lui a peut-être forcé la main. »


Ce nouvel avis du ministère pourrait venir invalider la requête de Strateco, admet-il. « Est-ce que la juge va décider que la position du ministre fait qu’on n’a plus à s’attendre à ça [l’émission d’un permis par la Cour] ? Ce n’est pas moi, c’est la Cour qui va décider ça. »


La minière a soixante jours pour répondre au ministère et entend bien en profiter pour tenter de faire valoir les efforts qu’elle dit avoir déployés en matière d’acceptabilité sociale, un concept qui reste encore à définir dans la loi, prévient Guy Hébert.

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