Québec «intraitable» envers Dessau et Verreault

«On ne peut pas acheter la probité», affirme le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot «On ne peut pas acheter la probité», affirme le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard.

Le gouvernement Marois veut envoyer un message clair avec l’exclusion de Dessau et Verreault des marchés publics pour cinq ans : la probité ne s’achète pas.

Le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, a indiqué qu’il sera « intraitable » dans la lutte contre la corruption et la collusion. « Le gouvernement du Québec est fermement décidé à faire le ménage pour que cessent ces pratiques, a-t-il dit vendredi. Il n’y aura pas de passe-droit. »


L’Autorité des marchés financiers (AMF) a pris la décision jeudi d’écarter Dessau et Verreault, sur la base d’un avis défavorable de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Elles seront privées de tout type de contrat public jusqu’en 2018, à moins qu’elles ne corrigent le tir plus rapidement.


Dessau a offert sa collaboration à l’AMF. À la suite des révélations sur la participation de la firme au cartel des ingénieurs et au financement illégal des partis politiques, lors de la commission Charbonneau, le p.-d.g Jean-Pierre Sauriol et son frère Rosaire ont notamment démissionné de leurs postes.


Aux yeux du ministre, il n’est pas suffisant de mettre deux ou trois dirigeants à la porte pour retrouver une intégrité perdue. Son message aux firmes de génie-conseil est clair : « Faites le ménage, et faites-le bien », a-t-il lancé.


Une industrie sous le choc


Dessau a déploré jeudi « l’effet dévastateur » de cette exclusion sur ses 3700 employés au Québec. Les contrats publics comptent pour les trois quarts des activités de la firme. Elle anticipe des mises à pied.


Le conseil d’administration de Dessau a tenu une réunion d’urgence toute la journée de vendredi, jusqu’en soirée, pour déterminer la suite des événements, a indiqué au Devoir Jessie-Kim Malo, porte-parole de la firme de génie-conseil.


L’intransigeance de Québec crée « une grande part d’incertitude qui affecte massivement les employés de tout notre secteur, et non seulement les employés de Dessau, même si aujourd’hui, c’est à eux que je pense », a indiqué de son côté Johanne Desrochers, directrice de l’Association des ingénieurs-conseils du Québec, qui regroupe 90 % des entreprises du secteur au Québec (qui emploient 23 000 personnes).


Contrats en cours


Dessau et Verreault pourront achever l’exécution des contrats qui leur ont déjà été accordés. Le Conseil du trésor pourra exiger la nomination d’un vérificateur externe, désigné par l’AMF, afin de surveiller les firmes.


Le président du Conseil du trésor a souligné la collaboration de Dessau et de Verreault, mais il leur demande « des efforts additionnels ». Rien ne les empêche de présenter une nouvelle demande d’accréditation plus tôt qu’en 2018 si elles s’engagent dans le véritable changement de culture espéré.


L’exclusion des administrateurs et dirigeants fautifs, la cessation des pratiques d’affaires frauduleuses, les règlements avec l’impôt, l’amélioration des règles de gouvernance et l’adoption de mesures de contrôle sont autant de pas dans la bonne direction.


M. Bédard exclut par ailleurs toute possibilité d’accorder l’amnistie aux entreprises qui accepteraient de rembourser les sommes perçues en trop en raison de la collusion, comme le suggère la Coalition avenir Québec (CAQ). Le recouvrement des sommes volées et l’habilitation de l’AMF sont des initiatives distinctes. « On ne peut pas acheter la probité. […] Les gens qui doivent de l’argent au Trésor public, ils vont le payer », tranche-t-il.


Excès de zèle


Le gouvernement Marois va beaucoup trop loin en privant Dessau de contrats publics pour cinq ans, croit toutefois Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP). La mise au ban risque de s’étendre à l’ensemble des firmes citées devant la commission Charbonneau et pénalise injustement des milliers de travailleurs honnêtes, selon lui.


« Dessau n’a pas agi de façon isolée, n’a pas fait de corruption toute seule. Je suis extrêmement inquiet pour toute l’industrie du génie, pour BPR, CIMA +, Genivar, SNC-Lavalin et les autres », a dit Michel Nadeau au Devoir. « La loi 1 sur l’intégrité a été adoptée en décembre dernier dans un climat de vindicte envers les entreprises. Je ne suis pas certain que les rédacteurs de la loi ont pensé à l’impact de ces mesures-là. »

15 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 22 juin 2013 00 h 39

    Limite

    Il ne faut pas que le Québec souffre de ces décisions. Faudrait-il même tuteller celles qui sont déjà partie prenante dans des travaux majeurs.

    L'intérêt du Québec en dépend.

    • Mario Desmarais - Abonné 22 juin 2013 16 h 44

      Ne vous inquiètez pas Lulu arrive à la rescousse! Il va blanchir Dessau qui deviendra propre, propre. Quand la collusion faisait augmenter les coûts des infrastructures quelquefois de 30%, il était trop tôt pour agir. Maintenant qu'il y a urgence en la demeure, les actions baissent, il faut bouger. Merci Lulu. Le Québec t'aime.

  • Serge Marchand - Inscrit 22 juin 2013 04 h 51

    La probité ne s’achète pas ???

    Pour moi une personne intègre retourne l'argent saisit par inadvertance. Dans les cas des firmes d'ingénieries-conseils qui ont défilé à la commission Charbonneau, je ne crois pas que cela s'appellerait par « inadvertance ». Ainsi, les firmes devraient payées les intérêts au même niveau qu'elles réclament en plus des sommes prises aux contribuables.

    Je ne crois pas que les prête-noms soient des personnes intègres. Ces personnes devaient bien se douter à quoi servaient ces prête-noms et probablement la plupart d'entre eux auraient réclamé ces dépenses sur leur impôt. D'ailleurs, je crois qu'une personne intègre aurait dénoncé cette pratique aux médias.

    Finalement, certaines personnes au département des extras, des estimations, et de comptabilité devaient faire parti de ce stratagème.

    Alors, toutes les firmes d'ingénieurs-conseils ayant défilé à la commission Charbonneau sont loi d'être intègre mais peuvent soumissionner pour les contrats publics de moins de 40 millions $.

    Alors ne soyons pas naïf quand nos élus disent que la probité ne s’achète pas. Je crois que le niveau du 40 millions $ représente le niveau d'intégrité de nos élus provinciaux.

    Le montant de 40 millions $ ne représente que de la monnaie pour nos élus qui préfèrent continuer à engraisser nos escrocs à cravate qui ont floué le peuple québécois et qu’ils se permettent d’en rire à la commission Charbonneau.

  • Paul Michaud - Abonné 22 juin 2013 08 h 01

    Excès de zèle, dites-vous?

    Vous trouvez que la société ne pense pas assez aux employés? Que ce sera de notre faute si il y a des ''dommages collatéraux"! Que vous voulez collaborer à la condition que ça ne fasse pas mal!
    Bien sûr, les dirigeants y ont pensé eux, quand ils ont empoché des profits faramineux et des bonifications personnelles en conséquence! C'est notre argent que vous avez volé.
    Je suis d'accord avec vous que des gens vont être pénalisés par la faute de quelques uns.
    Alors voici ce qu'on va faire: la cie rembourse les sommes perçus en trop, les hauts dirigeants remboursent les bonis relies aux fausses facturations, on envoie a l'ombre ceux qui ont été directement impliqués dans les pot de vin, et on peut repartir à zéro tout de suite; it's a deal!

  • François Dugal - Inscrit 22 juin 2013 08 h 03

    Enrichissons notre vocabulaire

    Adulte:
    Personne qui assume les conséquences de ses actes.

  • Lise St-Laurent - Inscrite 22 juin 2013 09 h 23

    Entêtement!

    Michel Nadeau exprime très bien ce que je pense de cette situation. Je trouve le PQ trop zélé dans les circonstances de pénaliser des miliers d'employés pour une poignée d'arnaqueurs. J'ai toujours dit que le PQ n'avait pas la fibre économique et ils en font la preuve dans ce dossier. Je veux bien que les coupables soient punis, que les argents soient remboursés mais de là à ébranler les colonnes de l'économie pour avoir le dernier mot sur «le grand ménage» le PQ y va un peu fort. J'èspère que les analyses d'éminents économistes sauront les faire réfléchir durant la pause estivale afin de revoir et apporter des amendements à cette loi qui est un peu intransigeante à mon avis.

    • André Lefebvre - Inscrit 22 juin 2013 13 h 23

      Ébranler les colonnes de l'économie?? Avec la dete provinicale actuelle??? On n'ébranlera pas grand chose en nettoyant la place.

      L'idéal serait de "saisir" 25% du capital de chacune de ces entreprises.

      André lefebvre