Main-d'oeuvre - Le Conseil de la fédération se range derrière Pauline Marois, contre Ottawa

Pauline Marois a obtenu une victoire là où on ne s’y attendait pas.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Pauline Marois a obtenu une victoire là où on ne s’y attendait pas.

Québec — La première ministre Pauline Marois a connu son premier succès concret au Conseil de la fédération en convainquant ses homologues de rejeter le nouveau programme fédéral de formation de main-d’oeuvre, la Subvention canadienne pour l’emploi.


Non seulement les premiers ministres des provinces et des territoires exigent l’abolition de ce programme annoncé dans le dernier budget Flaherty, mais ils affirment « que les ententes ou initiatives de financement fédérales telles la Subvention canadienne pour l’emploi doivent laisser aux provinces et aux territoires le choix de s’en retirer, avec pleine compensation », peut-on lire dans un communiqué diffusé, mardi, par le Conseil de la fédération.


« Je me réjouis du leadership de la première ministre, qui donne suite à la motion qui a été adoptée à l’Assemblée nationale », a déclaré le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et à la Gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier, dans un entretien accordé au Devoir. Lui qui avait qualifié le Conseil de la fédération de « bébelle » qu’il fallait abolir, il soutient toujours que le « Conseil de la fédération, ce n’est pas l’outil ».


« Le véhicule, c’est celui des discussions entre premiers ministres », a-t-il proposé comme distinguo.


C’est jeudi dernier, à la suite d’une conférence téléphonique, que les premiers ministres se sont entendus sur une position commune. Le Conseil de la fédération a attendu, avant de diffuser son communiqué, que la Conférence des premiers ministres de l’Ouest - qui représente l’Alberta, la Colombie-Britannique, le Manitoba, la Saskatchewan, le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut - rende public le sien.


« Harper s’est fait prendre à son propre jeu, lui qui voulait imposer une solution pour l’Ouest à l’ensemble des provinces, incluant le Québec », a indiqué Alexandre Cloutier, qui a souligné que le nouveau programme fédéral était conçu pour répondre aux besoins criants de main-d’oeuvre de l’Alberta, surtout.


Les provinces de l’Ouest partagent en tous points la même position que les autres provinces, dont le Québec. Elles craignent que la Subvention canadienne pour l’emploi contrevienne aux priorités des provinces et « menace le succès des programmes de formation déjà en place ».


En mars dernier, l’Assemblée nationale avait adopté à l’unanimité une motion dont le libellé, rédigé par l’opposition libérale, cherchait à enquiquiner le gouvernement. La motion exigeait « du gouvernement péquiste qu’il initie avec diligence des démarches afin de former des alliances avec les autres provinces canadiennes, de même qu’avec tous les partis représentés à la Chambre des communes ». Une motion du Parti québécois condamnant « l’intrusion » d’Ottawa avait été auparavant rejetée par les libéraux.


Pauline Marois a donc réussi là où on ne l’attendait pas, du moins pas les libéraux. En avril, le Sécrétariat des affaires intergouvernementales canadiennes (SAIC), en faisant une recension des positions exprimées publiquement par les différentes provinces à l’égard de la Subvention canadienne pour l’emploi, avait constaté que quatre provinces - la Colombie-Britannique, l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba - se montraient favorables au nouveau programme fédéral. Pauline Marois sera donc parvenue à les faire changer d’idée.


Dans son dernier budget, Jim Flaherty annonçait que le gouvernement fédéral prendrait 300 des 500 millions consacrés à l’Entente sur le marché du travail (EMT) de 2008 pour créer la Subvention canadienne pour l’emploi. Pour le Québec, l’EMT représente une somme de 116 millions par an, dont 60 % lui seraient enlevés. Le nouveau programme fédéral prévoit que les entreprises versent le tiers des coûts de formation de leurs travailleurs, jusqu’à concurrence de 5000 $ par travailleur, alors qu’Ottawa assume l’autre tiers et que les provinces sont appelées à combler le dernier tiers.


L’EMT est destinée à des personnes qui ne se qualifient pas à l’assurance-emploi. « Si on met fin à l’entente, ce sont les personnes les plus vulnérables de notre société qui ne bénéficient plus de mesures actives à l’emploi », a fait valoir Alexandre Cloutier. Au Québec, 116 000 personnes profitent de l’EMT, dont 50 % sont des femmes et 30 % des immigrants, a-t-il précisé.


L’argument relatif à ces personnes vulnérables est aujourd’hui repris par l’ensemble des provinces. Le nouveau programme fédéral, qui doit s’amorcer en mars prochain, mais que le gouvernement fédéral annonce déjà à grands frais, vise essentiellement des travailleurs déjà en emploi ou choisis par les entreprises. « Les changements proposés occasionneraient la suppression d’une portion du financement des mesures destinées aux personnes les plus vulnérables, qui ont besoin d’une aide supplémentaire pour trouver du travail », écrit le Conseil de la fédération, qui plaide pour un financement fédéral « adéquat, équitable, durable, prévisible et sans obligation de contrepartie financière ».

20 commentaires
  • Michel Blondin - Abonné 19 juin 2013 05 h 07

    le paradoxe

    Il faut accepter quelque fois les paradoxes, les montrer, les expliquer, les défaire. Ici, chercher les consensus avec d'autres personnes, représentant d'organisme extérieur au Québec, dont les affinités politiques sont généralement plutôt divergentes.
    Mme Marois avance avec lenteur mais aussi dignité.

  • Michel Barcelo - Inscrit 19 juin 2013 05 h 08

    Le Conseil de la fédération se range derrière Pauline Marois, contre Ottawa

    Se ranger derrière le Conseil de la Fédération, c'est une sorte de fédéralisme.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 juin 2013 06 h 25

      S'entendre avec nos voisins d'égal à égal est une sorte d'indépendantisme.

    • Chantale Desjardins - Inscrite 19 juin 2013 07 h 24

      On ne peut parler de fédéralisme parce qu'on est en accord avec les autres provinces sur un sujet précis.

    • Guy Lafond - Inscrit 19 juin 2013 08 h 05

      Fonctionnant bien au sein du Conseil de la Fédération, Madame Marois avance judicieusement ses pièces sur l'échiquier canadien.

      Notez bien, M. Michel Barcelo: la première ministre du Québec, l'honorable Pauline Marois, ne joue pas aux dames mais aux échecs. Et ma foi, elle se débrouille très bien.

    • Gabriel Normandeau - Abonné 19 juin 2013 08 h 42

      C'est plutôt un type de confédralisme, un accord avec l'ensemble des constituants du Canada plutôt que le Canada lui-même.

    • Yann Ménard - Inscrit 19 juin 2013 09 h 58

      Nier le fait que nous faisons à l'heure actuelle partie d'une fédération, relèverait d'un dogmatisme idéologique très, très inquiétant, même pour des souverainistes convaincus...

    • Sebastien Rodrigue - Inscrit 19 juin 2013 20 h 10

      C'est pas M.Marois qui se cache derrière une fédération, mais bien le contraire. Savez-vous lire ?

  • Pierre Couture - Inscrit 19 juin 2013 07 h 03

    Paradoxe bis!

    Comment se fait-il que Madame Marois soit capable de s'entendre avec les Canadiens pour sauver 70M$, mais qu'en même temps elle décide de gaspiller 8 milliards de dollars dans la filière éolienne dont nous n'avons pas besoin et dont l'électricité est invendable?

    • Hélène Thompson - Inscrit 19 juin 2013 09 h 35

      parce que le secteur de l'éolien est un secteur d'avenir et que si nous le soutenons pas, il va mourir et toutes les éoliennes et l'expertise futur va venir de l'extérieur. On appelle ça un investissement. L'électricité est vendu moins chère en ce moment à cause du gaz de schiste américain, la demande énergétique va toujours en augmentant depuis le début de l'industrialisation et les états-unis vont redevenir de grand consommateur dans les 10 prochaines années, soit le temps que leur économie se relève. De plus, en temps de crise, il est capital qu'un gouvernement arrive à soutenir son économie, dans les domaines de pointes, industriel et énergétique. L'éolienne représente ces 3 domaines. C'est comme de traverser une tempête en haute mer: tu t'accroches et tu lâches pas parce que tu va passer par dessus bord. Ce qui est dommage c'est surtout que les libéraux ont laissé le privé prendre une bonne part du marché. Quel manque de leadership absolu.

  • Yves Perron - Inscrit 19 juin 2013 07 h 25

    Québec encore à l'avant garde

    Comme c'est souvent le cas, le Québec se lève le premier...Mais finit toujours par se faire asseoir par ses (partenaire) et se faire voler ses idées.

  • Martin Simard - Inscrit 19 juin 2013 07 h 26

    Bravo Mme Marois!

    Que dire de plus?