«Un personnage central de la vie démocratique»

Pierre-F. Côté a été chef de cabinet de René Lévesque au ministère des Richesses naturelles de 1960 à 1964.
Photo: Télé-Québec Pierre-F. Côté a été chef de cabinet de René Lévesque au ministère des Richesses naturelles de 1960 à 1964.

Il incarnait un principe aujourd’hui bafoué quotidiennement par des témoins de la commission Charbonneau : celui de l’intégrité en matière de financement politique. Chien de garde des bonnes moeurs électorales pendant près de 20 ans, Pierre-F. Côté est décédé lundi. L’ancien directeur général des élections (DGE) était âgé de 86 ans.


M. Côté s’est éteint à l’hôpital Laval, à Québec, d’une rupture de l’aorte. Son décès a été confirmé par le DGE actuel, Jacques Drouin. « C’est M. Côté qui a donné à l’institution sa grandeur, malgré tout ce qu’on entend aujourd’hui, estime M. Drouin. Il en est le père, celui qui a rassemblé les trois institutions qui se répartissaient les différents aspects de notre système démocratique : la carte électorale, le financement et les scrutins. C’était lui-même une institution. »


Nommé en 1978, Pierre-F. Côté a été le premier DGE. Son prédécesseur, le « président général des élections », avait des pouvoirs restreints et ne détenait pas une pleine indépendance par rapport au gouvernement. La création du DGE est survenue à un moment névralgique, dans la foulée de l’adoption de la loi sur le financement des partis politiques adoptée par le gouvernement Lévesque en 1977.


« Ce fut un personnage central de la vie démocratique québécoise, il n’y a pas de doute », confiait mardi Robert Burns, ministre d’État à la Réforme électorale à l’époque de l’adoption de la loi. Il avait des idées arrêtées sur plusieurs sujets, mais c’était quelqu’un de flexible avec qui il était possible de discuter. »


Du défunt, Jacques Drouin garde les meilleurs souvenirs. Les deux hommes ont travaillé ensemble pendant près de 20 ans, M. Drouin agissant notamment comme secrétaire général de Pierre-F. Côté. « C’était un grand homme, qui avait le courage d’aller au bout de ses idées. Il était difficile à arrêter s’il pensait que quelque chose devait se faire d’une certaine façon. Mais il savait aussi faire en sorte que les gens le suivent. »


M. Drouin évoque quelqu’un d’« humble », qui savait donner le crédit à son équipe. Et qui éprouvait un grand respect pour l’organisme qu’il a dirigé. « Quand j’ai été nommé, nous sommes allés manger ensemble, raconte Jacques Drouin. Il m’a dit à quel point il était fier de manger avec le DGE, alors que c’est moi qui étais fier de manger avec lui… »


Pour la première ministre Pauline Marois, Pierre-F. Côté fut un « grand bâtisseur du Québec moderne ». « Il laisse sa marque tant comme artisan de la Révolution tranquille que comme premier grand arbitre de notre système électoral », a ajouté le ministre responsable des Institutions démocratiques, Bernard Drainville.


Manque de dents?


Sous-ministre à la Réforme électorale entre 1978 et 1985, André Larocque se montrait quant à lui plus critique, mardi. Selon M. Larocque, le règne de Pierre-F. Côté a instauré une « culture de la timidité chronique » au sein du DGE. « La loi accordait de grands pouvoirs au DGE, dit-il, un peu comme la commission Charbonneau : pouvoir d’enquête, pouvoir de contrainte. Or, Pierre-F. Côté ne les a pratiquement jamais utilisés. Et la loi a commencé à s’étioler pendant ses mandats », estime M. Larocque.


Chose sûre, Pierre-F. Côté était conscient de certaines lacunes. Au moment de prendre sa retraite, en juillet 1997, il confiait ceci au Soleil : « Savez-vous où il reste un effort à faire [pour l’assainissement des pratiques politiques] ? C’est au niveau municipal, en particulier dans la région de Montréal. […] Des municipalités se comportent très bien. Mais j’ai en tête un certain nombre de villes de la région de Montréal où il faudra carrément mettre de l’ordre », disait-il.


Né à Québec en 1927, diplômé en droit et en relations industrielles, Pierre-F. Côté a été chef de cabinet du ministre des Richesses naturelles, René Lévesque, à l’époque du projet de nationalisation de l’électricité. Entre 1969 et 1978, il a agi comme greffier de la Ville de Québec. Comme DGE, il a participé à différentes missions à l’étranger, notamment dans l’Haïti post-Duvalier.

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