Le gouvernement Marois dépose un projet de loi sur l'euthanasie

Québec — Les Québécois «en fin de vie», gravement malades et souffrants pourront obtenir l'aide d'un médecin pour devancer l'échéance ultime.

Le projet de loi 52, déposé mercredi à l'Assemblée nationale, prescrit les conditions permettant à une personne d'obtenir l'aide médicale à mourir ainsi que les exigences qui doivent être respectées avant qu'un médecin ne puisse l'administrer.

Fruit de la commission spéciale «Mourir dans la dignité» qui s'est déroulée entre 2011 et 2012, le projet de loi concernant les soins de fin de vie encadre la sédation palliative terminale, qui vise à plonger le patient dans un état d'inconscience jusqu'à la mort.

Il prévoit le droit d'une personne, dont l'état le requiert, de recevoir le traitement. Les soins de fin de vie pourront être prodigués dans les hôpitaux, les maisons de soins palliatifs ou à domicile.

Le projet de loi prévoit des critères stricts pour encadrer l'aide à mourir. En outre, elle ne pourra être demandée que par la personne en fin de vie elle-même, et après qu'un médecin, dont l'avis devra être confirmé par un second médecin, conclut que l'ensemble des critères sont respectés.

Parmi les critères, la personne devra être majeure, apte à consentir aux soins, atteinte d'une maladie grave et incurable, éprouver des souffrances physiques et psychiques constantes et dont l'état présente un déclin avancé et irréversible de ses capacités.

La ministre délégué aux Services sociaux et responsable du dossier, Véronique Hivon, a aussi annoncé la création de la Commission sur les soins de fin de vie, qui aura pour mandat de surveiller l'application des exigences entourant l'aide médicale à mourir.

Avancée majeure

Le projet de loi 52 sur les soins en fin de vie, déposé mercredi par le gouvernement du Québec, est considéré par certains comme la plus grande avancée pour les droits individuels depuis la victoire des femmes pour le recours à l'avortement.

Le président de l'Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, Claude Leblond, croit que cette nouvelle étape est une avancée majeure qui confirme qu'une personne a le droit de prendre elle-même les décisions qui la concerne.

En vertu du projet de loi, les patients gravement malades et souffrants pourront recevoir l'aide nécessaire pour mettre un terme à leur existence.

Le Regroupement provincial des comités des usagers abonde dans le même sens et se réjouit également de voir que l'accès aux soins sera étendu partout au Québec. Le directeur général du regroupement, Pierre Blain, est aussi satisfait de voir que le gouvernement ait opté pour une reconnaissance des droits à l'autonomie décisionnelle, à l'information et à choisir son lieu de fin de vie.

M. Blain se dit convaincu que le projet de loi 52 réussira à franchir la prochaine étape et aura force de loi.

Quant à lui, le Collège des médecins estime que Québec a livré un projet de loi qui correspond à ses réflexions amorcées depuis 2006 sur cette question. Même s'il réserve ses commentaires détaillés pour plus tard, le Collège souligne que le gouvernement a donné suite à ses recommandations d'inclure la sédation palliative et l'aide médicale à mourir dans le continuum de soins en fin de vie.

Un guide sur la pharmacologie des soins de fin de vie et sur la sédation palliative est par ailleurs en cours de réalisation. Ce document devrait être rendu public au cours des prochaines semaines.

Les réactions sont néanmoins partagées, la Coalition des médecins pour la justice sociale décriant la brèche portée au rôle fondateur de la médecine.

Le docteur Paul Saba estime que la majorité des médecins n'acceptera jamais l'euthanasie comme une pratique médicale.

«C'est immoral de donner une piqûre avec l'intention de raccourcir les jours des patients», a insisté le docteur Saba, estimant que cette dérive est contraire à la déontologie et au serment d'Hippocrate.

Plusieurs groupes qui s'étaient affichés contre l'euthanasie durant la grande commission parlementaire Mourir dans la dignité ont réservé leurs réactions pour plus tard.

Le Collectif de médecins du Refus médical de l'euthanasie et le réseau Vivre dans la dignité doivent également commenter, de manière commune, ce projet de loi.


13 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 12 juin 2013 13 h 06

    Oui aux soins palliatifs!

    Mêler euthanasie et soins palliatifs dans un même projet de loi est une grave erreur. Ce sont deux conceptions de la vie et des soins qui sont complètement différentes. D'ailleurs on ne peut considérer l'euthanasie comme un soin. Tuer le malade ne peut pas être vu comme un soin. Non! Ce projet de loi est un mauvais projet. La voie humaine à suivre est dans les soins palliatifs.


    Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 juin 2013 13 h 45

      Et pourquoi donc? Ce sont deux concepts qui s'appliquent aux personnes en fin de vie, au choix de chacun et selon les circonstances.

      D'ailleurs, l'article ne parle pas de soins palliatifs. D'où vient cette information? De la même source selon laquelle d'autres pays démocratiques exécutent l'arrestation des centaines de participants d'une manifestation avant même qu'elle ait commencé pour défaut d'avoir produit un document administratif et ce selon l'arbitraire non justifié de la police?

    • Yvon Bureau - Abonné 12 juin 2013 15 h 05

      Oui aux soins appropropiées et personnalisés de fin de vie.

      Oui à la personne en fin de vie; soins et approches appropriés.

      Oui à la personne en fin de vie, avant les soins et les soignants.

      Les soins, ce sont des moyens. L'objectif : c'est la personne en fin de vie et son respect jusqu'à la fin.

      Le choix du Tuer vous traduit, monsieur Lebel.

  • Jean Lengellé - Inscrit 12 juin 2013 13 h 45

    Croyez-vous donc encore à la vie éternelle sur terre?

    Saluons plutôt ce projet de loi et Véronique Hivon, peut-être la seule politicienne du PQ qui mette de l'avant compassion authentique et réalisme.
    Vieillir (cf Jacques Brel) est épouvantable lorsque l'on en mesure l'impact de plus en plus lourd de jour en jour.
    Nous n'échapperons jamais à la fin de vie, et donc, l'accepter sans déchéance est essentiel au dernier semblant de dignité qui préoccupe ceux et celles qui vieillissent mal, c'est à dire dans la souffrance et le déclin que l'on ne peut cacher.
    Voir ses rides dans le miroir est déjà assez outrageant, en voir plus est insupportable.
    Partir en paix avec soi-même, c'est à dire en se voyant encore avoir une influence si minime soit-elle, voilà bien l'essentiel, un essentiel qui n'a rien à voir avec la conception qu'ont les jeunes ou les moins vieux de la vie.
    Depuis son rapport sur Mourir dans la dignité, je voue à Véronique Hivon une admiration sans borne qui me fait oublier son appartenance au PQ.

    • Gabriel Auclair - Inscrit 12 juin 2013 15 h 10

      Croyez-vous donc encore à la vie éternelle sur terre? Moi oui.
      Je suis d'accord avec vous sur le fait que la légalisation de l'eutatanasie est louable mais je suis en désaccord avec votre prémisse, soit qu'on doit tous mourir un jours.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 juin 2013 04 h 45

      «Croyez-vous donc encore à la vie éternelle sur terre? Moi oui.»

      Même les étoiles meurent !

  • Martin Boudreau - Inscrit 12 juin 2013 14 h 40

    Bravo!

    Il était temps et c'est en tant que personne atteint d'une maladie incurable qui évolue depuis la naissance que je me prononce.

    Je ne comprend pas ceux qui sont contre ce projet de loi. Ce n'est pas de leur vie qu'il est question et ils feront bien ce qu'ils veulent le moment venu. À mon avis, ça ne les regards tout simplement pas!

    L'important à présent, c'est de fournir des services adéquats aux personnes qui elles, souhaient poursuivre leur vie dans la dignité (www.handicapemechant.org).

  • Gaetane Derome - Abonnée 12 juin 2013 14 h 44

    Soleil Vert?

    Je crains,malheureusement,que ca derape et que ce soit une premiere etape pour se debarasser des personnes agees et eventuellement de tous les baby-boomers..Bienvenue dans ce nouveau monde ou la phrase "tu ne tueras point" qu'on nous a enseigne etant jeunes n'a plus le meme sens..C'etait un film predictif peut-etre "Soleil Vert"...?

    • Hélène Paulette - Abonnée 12 juin 2013 15 h 15

      Et la surveillance de nos communications, au nom de la ''guerre au terrorisme'', vous inquiète-t-elle ?

  • Marcel Bernier - Inscrit 12 juin 2013 15 h 29

    Le débat reste ouvert...

    Il reste à considérer les balises éthiques concernant ce droit de mettre un terme à une vie humaine selon les avancées de la médecine. Et qu'il soit bien clair, pour la population, qu'on les a considérées dans toutes leurs ramifications patentes.
    Surtout, les soins palliatifs développés et accessibles demeurent essentiels pour mettre une telle mesure en application, sinon, on se retrouve dans un non-choix.