Élections et fêtes religieuses - Le ministre Drainville réaffirme l’importance d’une Charte des valeurs québécoises

Bernard Drainville
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Bernard Drainville

Québec — La controverse entourant le choix de la date des futures élections et les fêtes religieuses est « un bel exemple de ce pourquoi on a besoin d’affirmer, dans nos lois, la séparation des Églises et de l’État et la neutralité religieuse de nos institutions », estime le ministre des Institutions démocratiques, Bernard Drainville.


À l’issue d’une énième rencontre de la Commission des institutions, où les parlementaires se disputent depuis des jours sur la date du prochain scrutin en 2016, Bernard Drainville a soutenu être prêt à faire des compromis pour permettre aux libéraux de « se sortir du coin dans lequel ils se sont eux-mêmes “ peinturés ” en amenant la considération religieuse », mais sans pour autant revenir sur le principe de base.


« Il n’est pas question qu’on permette que le jour du scrutin soit déterminé par le calendrier des fêtes religieuses. Ce principe-là est sacré pour nous, au nom, notamment, de la séparation des Églises et de l’État. C’est un des principes qui vont sous-tendre le dépôt de la Charte des valeurs québécoises à l’automne. Il ne faut pas que le plus important rendez-vous dans une démocratie soit dicté par des considérations religieuses. »


Pas de tortue


L’étude du projet de loi sur les élections à date fixe avance à pas de tortue et un accord d’ici la fin de la session parlementaire, le 14 juin, semble de plus en plus illusoire. « Ça devient très difficile de voir comment on peut trouver un compromis, mais je ne renonce pas », a soutenu le ministre Bernard Drainville vendredi.


Mercredi matin, le Parti libéral a surpris les parlementaires en affirmant que la date du 3 octobre 2016, sur laquelle tous les partis s’étaient déjà entendus, ne convenait plus car elle coïncidait avec la fête du Roch Hachana, l’équivalent du Nouvel An pour les juifs.


Après moult amendements qui ont été défaits, les libéraux ont fini par donner leur appui à cette date, mais ils tentent désormais d’ajouter un alinéa qui vient préciser les modalités d’un éventuel report de scrutin si la date ne convient pas. Vendredi, le Parti libéral a accepté de remplacer les termes « en raison de son importance culturelle ou religieuse » par « exigences de la situation ».


« Disons que leur position évolue », s’est réjoui Bernard Drainville, qui demeure toutefois sceptique, craignant qu’il ne s’agisse d’une nouvelle tactique pour « ramener par la porte d’en arrière les fêtes religieuses ».


Le ton a changé du côté libéral. Vendredi, le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’institutions démocratiques, Robert Dutil, ne dénonçait plus, comme la veille, « l’intolérance » du ministre, mais plutôt son « urgence » à vouloir faire adopter ce projet de loi à tout prix d’ici la fin de la session. « C’est bouscule, bouscule, bouscule ; on n’admet pas ça », a lancé le député de Beauce-Sud.


En Chambre, il a tenté de déposer une motion visant à avoir « des élections à date fixe selon des modalités favorisant la participation électorale ». Dans un communiqué de presse subséquent, il ne parle plus de fêtes religieuses, mais d’une flexibilité nécessaire dans le cas où surviendrait une « situation exceptionnelle, telle qu’une crise en santé publique ou une catastrophe naturelle ».

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