L’exemple belge

«Ce que je veux voir avec lui, c’est comment on peut avoir une modernisation des règles entourant la sécurité à vélo. Vous savez, il y a beaucoup de règles comme poser des réflecteurs quasiment à tous les rayons des roues, mais il n’y a pas d’obligation de porter le casque. […] C’est peut-être des règles qui étaient bonnes jadis, mais il faut les mettre au goût du jour», explique le ministre Gaudreaul.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Ce que je veux voir avec lui, c’est comment on peut avoir une modernisation des règles entourant la sécurité à vélo. Vous savez, il y a beaucoup de règles comme poser des réflecteurs quasiment à tous les rayons des roues, mais il n’y a pas d’obligation de porter le casque. […] C’est peut-être des règles qui étaient bonnes jadis, mais il faut les mettre au goût du jour», explique le ministre Gaudreaul.

Québec — Le ministre des Transports et des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, envisage de revoir les règles qui touchent les cyclistes dans le Code de la sécurité routière. Trouvera-t-il de quoi s’inspirer en Belgique ?


« Sur le volet cycliste, il y a une réflexion pour une forme de refonte », explique M. Gaudreault, qui est lui-même un adepte du vélo et parcourt chaque année des milliers de kilomètres sur deux roues. « C’est sûr que le fait d’avoir les deux ministères des Affaires municipales et des Transports, c’est une belle occasion pour poser ces questions-là », dit-il.


Le ministre compte d’ailleurs en parler sous peu avec le président de la Table sur la sécurité routière Jean-Marie De Koninck. « Ce que je veux voir avec lui, c’est comment on peut avoir une modernisation des règles entourant la sécurité à vélo. Vous savez, il y a beaucoup de règles comme poser des réflecteurs quasiment à tous les rayons des roues, mais il n’y a pas d’obligation de porter le casque. […] C’est peut-être des règles qui étaient bonnes jadis, mais il faut les mettre au goût du jour. »


Vélo Québec réclame depuis des années une révision du code québécois. La dernière refonte remonte à 1981, déplore Suzanne Lareau. « On est rendus trente ans plus tard et le Code a besoin d’un gros coup de modernisation. Il faut prendre en compte qu’il faut faire du développement à pied et à vélo dans les villes. »


Elle rappelle qu’en 1981, il avait fallu se battre pour obtenir des changements qui sont devenus des évidences. « On n’avait pas le droit de rouler sur un vélo si on n’était pas assis sur le siège. Ça voulait dire que vous ne pouviez pas monter une côte en danseuse. » Il était aussi interdit de lâcher son guidon, ce qui empêchait les cyclistes de signaler leurs virages aux voitures.


Le Code a quand même fait l’objet d’amendements avec le temps. Ainsi, les municipalités peuvent maintenant autoriser la circulation à contresens pour vélos dans certaines petites rues. Toutefois, la règle n’a été appliquée nulle part à ce jour parce que les critères restent à définir, explique la présidente de Vélo Québec.

 

Un «code de la rue»


En fait, Mme Lareau et ses collègues aimeraient qu’on s’inspire de l’expérience belge. En 2003, Belgique a inséré dans son Code de la route un « Code de la rue ». Le vocabulaire a son importance ici, la « route » étant associée surtout aux automobiles et « la rue » à tout le monde.


Au coeur de ce code : l’idée que le plus petit doit être protégé du plus gros : le vélo face à la voiture comme le piéton face au vélo. « Le conducteur ne peut mettre en danger les usagers les plus vulnérables », peut-on lire dans le texte. « Il doit adapter sa vitesse en fonction d’usagers faibles. »


Pour appliquer cette « philosophie », la Belgique a introduit des concepts comme celui de « zone 30 » (maximum de 30 km à l’heure), notamment autour des écoles. On a aussi créé des « zones de rencontres », sorte d’équivalent des « rues partagées ». Tous les moyens de transport sont permis, mais les plus petits ont priorité, la vitesse maximale est de 20 km à l’heure et le stationnement est interdit.


Autre concept étonnant : le « trottoir traversant », qui fait en sorte que le trottoir peut empiéter sur la rue. En temps normal, les rues sont continues tandis que les trottoirs sont interrompus. Le code renverse cette logique : « Les trottoirs peuvent être continus et les chaussées interrompues. »


Pour Marc Jolicoeur, de Vélo Québec, ce serait « extrêmement » intéressant pour le Québec. Même si le Code n’est pas une loi, il touche toutes les facettes de la circulation, selon lui. « Ça a un impact sur tout le travail des policiers, l’éducation qu’on donne. Ça vient renforcer la légitimité des piétons et cyclistes sur la rue. »


Quel a été son impact en Belgique ? À l’Institut belge de la sécurité routière (IBSR), on n’est pas en mesure de le quantifier. « Non, on n’a pas fait d’évaluation », explique le porte-parole Benoît Godart. De 2000 à 2012, les décès sur les routes ont diminué de 50 %, en Belgique, mais côté vélo, il n’y a pas eu de diminution depuis 2004. « Il y a de plus en plus de cyclistes et de motards sur les routes », signale M. Godart. « Donc ça contrebalance un peu. »


Et malgré l’entrée en scène du Code, les tensions entre cyclistes et automobilistes sont loin d’avoir disparu. « C’est l’un des sujets pour lesquels on reçoit le plus d’e-mails à l’Institut. Les automobilistes se plaignent du manque de respect qu’ont les cyclistes des feux rouges et les cyclistes du manque de respect des autos. »


Le Code est « une excellente initiative », dit-il, mais « ce n’est pas une panacée ». « Il y a d’autres facteurs comme les infrastructures. Si on pouvait avoir des pistes cyclables séparées de la chaussée partout, on n’aurait pas de problèmes de cohabitation. »


Du côté de Montréal, un spécialiste des questions de circulation, le professeur Luis F. Miranda-Moreno, de l’Université McGill, croit lui aussi qu’il faut agir sur tous les fronts. « C’est sûr que ça prend beaucoup de temps. On est en train de vivre une évolution. On a toute une adaptation à faire. »

3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 8 juin 2013 09 h 30

    Pas prêt pour ça.

    Je suis un partisan enthousiaste du cyclisme mais, contrairement à la Belgique et aux Pays-Bas (et peut-être quelques autres pays), il n'y a pas ici de longue tradition de transport DE MASSE en vélo. D'où la conviction des automobilistes (y compris moi-même à l'occasion) que la rue est faite pour les véhicules à moteur, et on n'accepte pas aisément d'être contraint de suivre à pas de tortue derrière un vélo. Et il faut avouer qu'ici, contrairement à d'autres pays, de Novembre à Avril, le cyclisme c'est du sport extrême plutôt qu'un moyen de transport, d'où son peu de popularité relatiive. La solution, ce n'est donc pas ici la cohabitaion, mais la séparation, avec des pistes dévolues aux vélos (et aux planchistes), et des trottoirs pour les piétons (et les fauteuils roulants).

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 juin 2013 10 h 48

      Selon moi, les pistes cyclables sont le plus souvent plus lentes, plus longues et plus dangereuses pour les cyclistes que les rues. Elles sont surtout faites pour sortir les cyclistes de la rue.

      En fait, on pourrait prendre votre argument à l'envers et créer, aux frais des automobilistes, un réseau d'autoroutes de manière à rendre les rues aux cyclistes, qui y étaient bien avant les voitures.

  • Maxime Dion - Inscrit 10 juin 2013 10 h 05

    Respecter les automobilistes

    À notre époque, c'est bête de s'échiner à pédaler quand on peut facilement appuyer sur la pédale de l'accélérateur, ce qui évite d'arriver en nage à la maison.

    Et puis, au lieu de rouler à pas de tortue derrière un vélo, il ne s’agit que de klaxonner pour que ce dernier cède le passage vite fait.

    D’ailleurs, quand on n’a pas les moyens de s’offrir une automobile, on n’a qu’à rester chez-soi au lieu d’encombrer les citoyens avec nos vélocipèdes et autres patins à roulettes.