Des élections le jour de Roch Hachana?

Le débat s’éternise, alors que l’adoption de la date du 3 octobre ne semblait plus qu’une simple formalité. En effet, les quatre partis de l’Assemblée nationale s’étaient déjà entendus sur cette date au sein du comité consultatif du Directeur général des élections.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le débat s’éternise, alors que l’adoption de la date du 3 octobre ne semblait plus qu’une simple formalité. En effet, les quatre partis de l’Assemblée nationale s’étaient déjà entendus sur cette date au sein du comité consultatif du Directeur général des élections.

Québec — En raison d’une importante fête juive, le Parti libéral veut faire changer la journée des prochaines élections, prévue le 3 octobre 2016 dans le projet de loi sur les élections à date fixe. Le ministre des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, se braque à l’idée de modifier la date des élections en fonction d’une fête religieuse, alors que l’opposition officielle crie à l’« intolérance ».


D’amendements en sous-amendements, c’est un véritable bras de fer qui se déroule depuis deux jours à l’étude des articles du projet de loi sur les élections à date fixe. Le débat s’éternise, alors que l’adoption de la date du 3 octobre ne semblait plus qu’une simple formalité. En effet, les quatre partis de l’Assemblée nationale s’étaient déjà entendus sur cette date au sein du comité consultatif du Directeur général des élections.


Mais coup de théâtre mercredi matin, alors que le député libéral Lawrence Bergman a introduit la notion de fêtes religieuses dans l’équation, rappelant que le 3 octobre coïncidait, pour l’année 2016, avec la fête de Roch Hachana, l’équivalent des fêtes du Nouvel An pour la communauté juive. Comme la date des célébrations est fixée en fonction du calendrier lunaire, ce n’est que pour l’année 2016 que cela est problématique.


« Nous pensons sérieusement qu’il n’y a pas lieu de mettre des élections un jour de fête juive importante, a plaidé le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’institutions démocratiques, Robert Dutil. Si on avait voulu mettre les élections le 24 décembre, on aurait dit : ben voyons donc ! »


Il a été proposé par le Parti libéral de revenir à la date initiale du 26 septembre 2016, qui avait été changée pour le 3 octobre à la suite des recommandations du DGE. Cette proposition a été battue. Le Parti libéral est revenu à la charge avec la date du 31 octobre, jour de l’Halloween, puis celle du 10 octobre, qui coïncide avec l’Action de grâce. « J’ai de la difficulté à suivre le raisonnement du Parti libéral », a déploré le ministre Bernard Drainville après le dépôt de ce nouvel amendement jeudi soir.


Étirer le débat


Pour le Parti libéral, il s’agit d’étirer le débat et d’éviter le vote sur l’amendement original, qu’il ne peut remporter sans l’appui de la CAQ qui refuse également d’apporter des modifications au calendrier déjà établi.


« Là, on parle de fêtes religieuses, mais on pourrait parler d’autres événements, a fait valoir Robert Dutil en point de presse quelques minutes avant la reprise des travaux jeudi. Je pense qu’il faut introduire dans la loi une souplesse pour le DGE comme celle qu’on retrouve en Ontario, qui dit que s’il arrive quelque chose de culturel, de religieux ou autre, on en tient compte. »


Mais le ministre Drainville ne l’entend pas ainsi. Selon lui, une fête religieuse juive ne constitue « pas une bonne raison » pour changer une date qui avait déjà fait l’objet d’un accord unanime.


« Ils sont revenus sur leur engagement, ils ont brisé un consensus de tous les partis, a-t-il dénoncé en marge de la consultation jeudi, affirmant qu’il y avait plus d’une centaine de fêtes religieuses par année. On ne peut pas commencer à fixer le calendrier des élections en fonction du calendrier des fêtes religieuses, parce qu’il y a d’autres communautés qui vont demander la même chose, ça, c’est clair. »


De son côté, le directeur général des élections, Jacques Drouin, a soutenu que s’il fallait changer la date des élections en raison de motifs culturels ou religieux, il préférait que ce soit le gouvernement qui en prenne la responsabilité, comme cela se fait au Nouveau-Brunswick, plutôt que de laisser ce fardeau au DGE, comme stipulé dans la loi ontarienne.

14 commentaires
  • Franklin Bernard - Inscrit 7 juin 2013 00 h 49

    Un minimum d'intelligence ne ferait pas de tort

    Quelqu'un avec un minmum d'intelligence peut-il vraiment envisager de décréter jour d'élection le jour de Roch Hachana? Pourquoi pas le jour de Noël? Le dimanche de Pâques? Le jour de l'Aït al-Kabir (variable, mais il doit y avoir moyen de s'en accommoder)? Il y a 365 jours dans une année, il doit y avoir moyen d'en trouver un ou deux qui ne soient pas jour de fête pour l'une ou l'autre des religions qui forment notre tissu social. Il doit y avoir moyen de ménager des variations de quelques jours au fur et à mesure que les calendriers s'égrènent.

    Mais encore faudrait-il que quelqu'un PENSE lors de la rédaction des projets de loi.

    • André Le Belge - Inscrit 7 juin 2013 11 h 47

      Faudrait surtout pas oublier les fêtes musulmanes, boudhistes, shintoïstes, indhouistes, bramanes, druidistes, etc, etc, etc...

    • Albert Descôteaux - Inscrit 7 juin 2013 14 h 42

      Ouvrez la porte à une confession religieuse, et le Québec deviendra rapidement ingérable.

      Pourquoi pas Noël ou Paques? Parce que ce sont des journées de congé pour l'ensemble des Québécois, et que de nombreux citoyens sont en vacances durant ces congés. De plus, on ne tient pas d'élections en hiver, pour des raisons évidentes (à moins que vous ignoriez ce qu'est l'hiver au Québec...).

    • Franklin Bernard - Inscrit 8 juin 2013 07 h 52

      M. Descôteaux, pourquoi faites-vous semblant de ne pas comprendre ce que je veux dire? Et on «ouvre la porte» au christianisme, pourquoi faudrait-il la fermer aux autres religions? Je suis un fervent partisan de la laïcité abolue, mais pas de deux poids, deux mesures. Vous dites vous-même que le dimanche est «un jour de congé pour l'ensemble des Québécois.» Roch Hachana est un jour de congé (et même deux) pour l'ensemble de la commnauté juive. Où est la différence?

      M. Lorimier, il faudrait donc ne tenir compte que des fêtes chrétiennes?

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 7 juin 2013 06 h 31

    Réponse

    Calmez-vous les libs. les baguettes en l'air à propos de tout et de rien. Ça commence à faire juvénile sinon enfantin. Vous ne connaissez pas la fable du petit garçon qui criait au loup ? Autre chose : La hargne commence à vous dépeindre pire que vous étiez du temps où celui qui vous a montré comment le faire était à votre tête. C'est pas demain la veille où je vais voter pour une gang d'enragés comme vous-autre.

    La réponse la plus équilibrée fut lancée par Kadir : le vote par anticipation ! Y a tellement de mauvaises raisons pour le faire, enfin en voici une de bonne.

    Je ne suis pas souvent d'accord avec lui, mais cette fois-ci, c'est tellement évident.

  • Gilles Goulet - Inscrit 7 juin 2013 07 h 08

    Politicaillerie stupide

    Et si on disait que les élections se tiendront à "mois fixe" au lieu de "date fixe", par exemple qu'elles devraient être tenues en octobre 2016 et non pas précisément le 3 octobre 2016, on pourrait régler la question et passer aux choses sérieuses. Pourquoi cet entêtement à vouloir toujours couper les cheveux en quatre ?

  • Gilles Goulet - Inscrit 7 juin 2013 07 h 08

    Politicaillerie stupide

    Et si on disait que les élections se tiendront à "mois fixe" au lieu de "date fixe", par exemple qu'elles devraient être tenues en octobre 2016 et non pas précisément le 3 octobre 2016, on pourrait régler la question et passer aux choses sérieuses. Pourquoi cet entêtement à vouloir toujours couper les cheveux en quatre ?

  • Sylvain Auclair - Abonné 7 juin 2013 08 h 07

    Et les élections municipales?

    N'ont-elles pas lieu le dimanche, jour de repos pour les chrétiens?

    Cela me rappelle les calendriers que je reçois de mon député fédéral, Irwin Cotler. On y présente toutes les fêtes juives, mais seulement les fêtes chrétiennes qui sont reconnues dans les lois du travail: rien pour l'Assomption ou la Toussaint. Et on y parle de la Saint-Jean-Baptiste et pas de la Fête nationale des Québécois. (Et pourquoi pas la Saint-Gilbert pour le 7 juin?)