Loto-Québec, un «outil de santé publique»

En commission parlementaire, le ministre Réjean Hébert est allé à l’encontre des experts de la santé publique qui se sont prononcés la semaine dernière contre la vente d’alcool aux tables de jeu, considérée comme un facteur de risque pour le jeu pathologique.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot En commission parlementaire, le ministre Réjean Hébert est allé à l’encontre des experts de la santé publique qui se sont prononcés la semaine dernière contre la vente d’alcool aux tables de jeu, considérée comme un facteur de risque pour le jeu pathologique.

La vente d’alcool aux tables de jeu dans les casinos est un « moindre mal » en matière de santé publique, estime le ministre de la Santé, Réjean Hébert, qui s’inquiète de «l’hémorragie» des joueurs vers des casinos non supervisés à l’extérieur du Québec.

« Il y a un risque extrêmement important qui mine actuellement l’utilisation d’un outil de santé publique extrêmement important qu’est le casino pour canaliser l’offre et le jeu et prévenir le jeu pathologique », a soutenu le ministre Réjean Hébert en commission parlementaire mardi.


« C’est pour contrer ce risque et éviter cette hémorragie en matière de santé publique qu’il faut bonifier les casinos pour rapatrier ces Québécois qui, actuellement, vont jouer dans les casinos illégaux ou outre-frontières qui n’ont pas les mêmes règles que nous nous sommes imposées. »


Allant à l’encontre des experts de la santé publique qui se sont prononcés la semaine dernière contre cette mesure considérée comme un facteur de risque pour le jeu pathologique, le ministre de la Santé remet en cause les conclusions que l’on pourrait tirer de certaines études.


« On a là un cas patent où il y a une association entre deux facteurs [alcool et jeu pathologique], mais où il n’y a pas de lien causal qui peut être établi, de sorte qu’en matière de santé publique, on ne peut pas attribuer à cette mesure un nombre supplémentaire de cas de joueurs pathologiques. »


Il convient toutefois qu’il y a un « risque », mais ajoute que « le mal qui est présent et qui est à nos portes, qui mine actuellement Loto-Québec, est un mal beaucoup plus important ».


Sous le regard dubitatif des médecins Yves Bolduc, du Parti libéral, et Hélène Daneault, de la CAQ, le Dr Hébert a soutenu que « tout traitement comporte un risque » et que, dans ce cas-ci, le risque associé au « traitement » était moindre en comparaison à la « maladie ».


C’est cette « responsabilité du moindre mal » qui a guidé, affirme-t-il, le gouvernement dans sa décision de donner le feu vert à Loto-Québec pour la vente d’alcool aux tables, une décision qui a été décriée par les partis d’opposition, qui ont forcé le gouvernement à venir s’expliquer en commission parlementaire.


L’argument financier


Plus tôt mardi matin, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a pourtant été clair sur les raisons qui motivaient le gouvernement. « Nous devons garder le cap sur les cibles que nous nous sommes fixées, notamment l’atteinte de l’équilibre budgétaire. Tout l’appareil gouvernemental est mis à contribution. […] Nous demandons également des efforts aux sociétés d’État, dont Loto-Québec, qui verse 100 % de son bénéfice net au gouvernement en dividendes. »


Selon Nicolas Marceau, les dividendes perçus par Québec sont passés de 1,5 milliard en 2005-2006 à 1,2 milliard pour le dernier exercice financier. « La levée de l’interdiction permettra à Loto-Québec de compléter la mise en valeur de ses investissements dans les casinos d’État afin de les rendre comparables avec les autres casinos. »

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31 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 5 juin 2013 00 h 52

    À quand les élections?

    Nous avons atteint le fond du baril de l'insignifiance du parti gouvernemental avec cette assertion du ministre de la Santé. Point barre.

    • Louka Paradis - Inscrit 5 juin 2013 07 h 57

      Le gouvernement aurait décidé l'inverse et je lirais le même commentaire. Point barre.
      Louka Paradis, Gatineau

    • Marcel Bernier - Inscrit 5 juin 2013 09 h 07

      Pardon, mais, excusez du peu, si les ministres du gouvernement auraient une conscience sociale, nous ne serions pas à leur rappeler leurs devoirs envers la population en ce qui concerne la santé publique. La partisanerie politique a ses limites, et je maintiens mon point barre.

  • André Chevalier - Abonné 5 juin 2013 05 h 43

    Quel raisonnement fallacieux !

    Selon le docteur Hébert, permettre la consommation d'alcool aux tables de jeux est bon pour la santé publique dans la mesure ou les joueurs compulsifs sont dans un environnement contrôlé.

    Om peut se demander combien de joueurs compulsifs de plus sont apparus du au fait que la légalisation et la promotion du jeu par Loto-Québec a rendu ces activités socialement acceptables.

    Si on suit le raisonnement du docteur Hébert, l'état devrait ouvrir des bordels et des piqueries où les clients seraient dans un environnement contrôlé. Imaginons tous les revenus que l'état pourrait en tirer si, en plus, on en fait la promotion à l'instar de Loto-Québec !

    • Hélène Paulette - Abonnée 5 juin 2013 11 h 31

      Pour les piqueries, ça existe déjà et même les policiers sont d'accord...

    • Jérémie Poupart Montpetit - Abonné 5 juin 2013 15 h 46

      wooooooo un instant mr. Chevalier, il ne faut pas citer à mal, il n'est pas dit que c'était bon pour la santé publique de consommer dans les casinos, simplement que celà n'avait pas de lien direct entre le jeu et l'alcool.

      Certes, je suis contre cette mesure, car même si il n'y a pas de lien entre le jeux pathologique et l'alcool, il y a une baisse de l'inhibition chez les consommateurs d'alcool pour ce qui est de la propention au jeu. Cependant, restons dans ce qui a été dit et non ce que l'on interprète.

  • Michel Lebel - Abonné 5 juin 2013 06 h 53

    Vraiment!

    Loto-Québec, "un outil de santé publique"! Diable! On aura tout entendu! Une perle qui restera avec ce ministre de la santé!

    • Louka Paradis - Inscrit 5 juin 2013 08 h 00

      Vous avez oublié de compléter la phrase: «un outil de santé publique extrêmement important qu’est le casino pour canaliser l’offre et le jeu et prévenir le jeu pathologique ».

      Louka Paradis, Gatineau

    • Marcel Bernier - Inscrit 5 juin 2013 09 h 13

      Non seulement une perle mais un contresens. Il faut toujours rappeler les évidences : on se bat la gueule pour enseigner aux conducteurs d'automobile que l'alcool affaiblit les facultés et ce ne serait pas le même phénomène pour un joueur à une table de jeu. Heille! Deux consommations pour le prix d'une avec ça!

    • Louka Paradis - Inscrit 5 juin 2013 10 h 45

      M. Bernier, les joueurs peuvent déjà consommer de l'alcool dans les casinos. Si quelqu'un veut boire, il trouvera bien où s'approvisionner : ce n'est pas quelques mètres qui feront la différence. Ou bien, ils iront jouer dans les casions où c'est permis. Pourquoi pénaliser tout le monde pour quelques individus qui, de toute façon, consommeraient quand même ?
      Louka Paradis, Gatineau

    • Claude Lachance - Inscrite 5 juin 2013 11 h 38

      Une cure d'abêtissement du mouton.On me l'aurait dit, il y a peu de temps, je ne l'aurais pas cru, mais chose dite, chose faite. Une question, qui donc guide cette boite à incompétences qui s'étend à tous les ministères, comme un virus .

    • Marcel Bernier - Inscrit 5 juin 2013 12 h 04

      Madame Paradis, la beauté de ce site, tel que l'a voulu les administrateurs du Devoir, consiste essentiellement à cette liberté de penser. À ce titre, je vous laisse avec vos opinions : elles sont tout aussi précieuses que celles de tous les intervenants et permettent d'éclairer le débat.

    • Michel Lebel - Abonné 5 juin 2013 14 h 25

      Je dis seulement que Loto-Québec n'est pas un "outil de santé publique", mais tout simplement un "outil" que possède l'État pour ramasser beaucoup d'argent. De grâce, appelons un chat un chat!


      Michel Lebel

    • Jérémie Poupart Montpetit - Abonné 5 juin 2013 15 h 47

      @ Mr. Lebel,
      pour une fois, je suis bien d'accord avec vous, c'est un outil pour la santé publique... économique, et non la santé mentale des joueurs ;)

  • Jacques Morissette - Abonné 5 juin 2013 07 h 04

    Le rêve d'un ministre à considérer que Loto-Québec est un outil de santé, plutôt à la "dette publique".

    Il y avait une bombe qui dormait dans les aires de jeu des casinos; le gouvernement Marois, en disant OUI à l'alcool, vient d'y ajouter la mèche. La question reste à savoir quand elle va sauter.

    • Louka Paradis - Inscrit 5 juin 2013 10 h 46

      Ne dramatisons pas...

      Louka Paradis, Gatineau

    • Jacques Morissette - Abonné 5 juin 2013 16 h 44

      M. Louka Paradis, ce n'est qu'une image, à prendre sur le plan individuel. Pour ce qui est des émotions, je ne pense pas qu'un mariage alcool et jeu soit pour durer très longtemps, pour quelqu'un pris dans ce genre d'étau. La bombe image dont je parle, c'est plutôt cette personne en même temps que son entourage qui aura à la vivre.

    • Louka Paradis - Inscrit 5 juin 2013 18 h 13

      Mais M. Morissette, l'alcool est DÉJÀ présent dans les casinos : le mariage alcool et jeu est déjà consommé depuis longtemps. Les personnes qui souffrent de dépendance et leur famille sont déjà aux prises avec ces problèmes : l'alcool aux tables de jeux n'y changera pas grand-chose. Ceux qui veulent prendre un verre aux tables de jeu iront tout simplement dans les autres casinos, qu'ils soient joueurs compulsifs ou non. Peut-être pourrions-nous engager des anges gardiens dans tous les casinos ?

      Louka Paradis, Gatineau

  • Asakha A. Wolf - Inscrit 5 juin 2013 07 h 28

    Retour du tabac ?

    Combien de temps avant que Québec permette à nouveau de fumer dans les salles de jeux ? Après tout, les gens peuvent le faire sur les casinos amérindiens et à Las Vegas !

    • rene poirier - Inscrit 5 juin 2013 14 h 27

      Fumer dans les casinos de Las Vegas? en êtes-vous certain Monsieur? et en quoi prendre un verre dérange mon voisin comme fumer une cigarette? Pour finir, où est le problème de me donner l'autorisation de boire à ma table de jeu,il y a longtemps que j'ai l'âge de raison.

    • Louka Paradis - Inscrit 5 juin 2013 18 h 14

      D'accord avec vous, M. Poirier.
      Louka Paradis, Gatineau