Québec conclut une entente de principe avec une partie des garderies privées

Québec — Après des semaines de tiraillements, Québec a conclu mardi une entente de principe avec les 149 garderies membres du Rassemblement des garderies privées du Québec (RGPQ).

En revanche, les voies de communication ne sont toujours pas rétablies entre le gouvernement Marois et l'Association des garderies privées du Québec (AGPQ), qui regroupe 210 des 655 établissements de garde privés et subventionnés au Québec.

En point de presse, la ministre de la Famille, Nicole Léger, a indiqué que l'entente conclue avec le RGPQ respecte les exigences de compression de 14,9 millions édictées par Québec.

Elle n'a pas voulu en dire davantage, préférant attendre que les membres du Rassemblement se prononcent sur l'entente de principe, vendredi.

«J'ai toujours été ferme sur les 14,9 millions. J'ai dit que j'étais prête à des aménagements, ils me sont arrivés avec un aménagement et c'est un aménagement qui va tenir compte d'une modulation», a-t-elle expliqué, sans préciser plus avant.

La ministre a dit espérer que l'accord de principe permettra d'aplanir les différends avec l'Association des garderies privées. Il faudra toutefois que les établissements membres de cette association acceptent de se conformer aux demandes du gouvernement, a prévenu la ministre.

«Cela fait un mois qu'ils me reviennent avec les 14,9 millions étalés. Ce n'est pas sérieux. Le Rassemblement m'a fait une proposition sérieuse, il y a une entente de principe. L'AGPQ, s'ils ont une proposition d'aménagement sérieuse, je vais être disponible et je vais discuter avec eux», a-t-elle dit.

Pas de grève mercredi


Devant la menace de lourdes sanctions du ministère de la Famille, les garderies membres de l'AGPQ ont abandonné leur intention de tenir une deuxième journée de grève ce mercredi.

Ils invitent plutôt les parents à garder volontairement leurs enfants à la maison.
L'objectif de l'AGPQ est de réussir à libérer le plus grand nombre de ses employés afin qu'ils puissent aller manifester devant l'Assemblée nationale, tel que prévu, mercredi.

Le président de l'association, Sylvain Lévesque, accuse le gouvernement Marois d'imposer un régime de terreur sur la base de son parti-pris contre le secteur privé.

«C'est un acharnement idéologique envers les garderies subventionnées. On connaît leur position depuis longtemps au PQ. Ils veulent un réseau public de Centres de la petite enfance. Ça vient démontrer comment ils agissent avec nous. On est géré par une dictature», s'est-il insurgé.

Dans une lettre transmise aux établissements, le ministère a évoqué la suspension et même la révocation du permis des garderies privées exerçant des moyens de pression. À cela s'ajoutent de nouvelles réductions de subventions de 4375 $ en moyenne par garderie pour une deuxième journée de grève, et de 5000 $ pour un troisième débrayage.

«Les gens ont peur. C'est un régime de terreur. Nous allons contester ça légalement sauf qu'entre-temps, avant d'avoir un avis juridique, on a décidé d'annuler la journée de grève, et de demander aux parents de ne pas se présenter volontairement à la garderie. J'ai hâte de voir si on va mettre les parents à l'amende demain», a ironisé M. Lévesque.

Il rappelle que la suspension ou la révocation de permis ne survient que lorsqu'une garderie s'avère délinquante et que la santé ou la sécurité des enfants est à risque — et même dans ces cas, la démonstration doit en être faite devant une instance judiciaire.
Sylvain Lévesque ne se gêne d'ailleurs pas pour renvoyer l'ascenseur à la ministre Léger.

«C'est vraiment pour nous intimider et nous empêcher de s'exprimer. C'est inacceptable. Elle nous accuse de prendre les parents en otage, elle envoie une lettre dans le réseau nous disant qu'elle va nous sanctionner, nous couper les permis. Qui prend qui en otage, vous croyez?»

Pas de retrait de permis

À l'Assemblée nationale, la ministre de la Famille a voulu se faire rassurante: il n'est pas question de retirer des permis, a-t-elle insisté.

«Je ne menace pas de retirer un permis, c'est une formule administrative qu'on met régulièrement dans ces lettres-là. Personne ne va perdre son permis ou se voir révoquer leur permis», a insisté Mme Léger.

Les 214 garderies privées qui ont tenu une première journée de grève, le 22 mai dernier, se sont déjà vu imposer une pénalité de 3750 $.

M. Lévesque fait valoir que le réseau public a connu plusieurs grèves et perturbations au fil des ans, sans jamais être confronté à ce genre de sanctions.

Au total, les amendes pour la première journée de grève totalisent 802 500 $. Aucune discussion n'a eu lieu entre les parties depuis le 21 mai.

Québec cherche à aller puiser 15 millions dans les surplus des garderies privées subventionnées, mais celles-ci font valoir qu'elles ont l'obligation de maintenir des surplus puisque leurs créanciers l'exigent et qu'elles ne peuvent, d'autre part, être renflouées par l'État en cas de manque à gagner.

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14 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 4 juin 2013 15 h 55

    Que c'est rafraîchissant!

    Voir un gouvernement qui négocie et qui s'entend avec ses partenaires sociaux, ça nous change de l'année dernière...

    • Rachel Taillon - Inscrite 4 juin 2013 17 h 10

      Que trouvez-vous de rafraîchissant....elle a réglé avec 149 des 600 membres des garderies privées subventionnées à grand coup de menace d'amendes salées et de menace de retirer le permis de ceux qui ne se plient pas ... très rafraîchissant en effet!!

      Rachel Taillon

    • Louka Paradis - Inscrit 4 juin 2013 21 h 53

      à Mme Taillon: Mme Léger a raison de les mettre au pas. C'est elle la Ministre. Qu'est-ce que c'est que ces gens qui veulent tout régenter ? Ça s'appelle se plaindre le ventre plein. Ça sent les libéraux à plein nez...
      Louka Paradis, Gatineu

    • Donald Bordeleau - Abonné 5 juin 2013 23 h 01

      Mona Lisa Barrega du C.A. de l'AGPQ obtient une garderie de Tomassi

      http://meteopolitique.com/Plan/Fiches/finance/corr

      Comme les installations des Cola, de Madame Carmen Salem
      et S. Lévesque, il y a des abus comme en milieu familiale. Les abus suivent
      une loi immuable de la surfacturation ( 10% des installations du privé qui sont délinquante en 2013) comme vus à Montréal et à Laval sur les lois de l'impôt.

  • Hélène Paulette - Abonnée 4 juin 2013 18 h 04

    Bravo madame Léger!

    «C'est un acharnement idéologique envers les garderies subventionnées. On connaît leur position depuis longtemps au PQ. Ils veulent un réseau public de Centres de la petite enfance. Ça vient démontrer comment ils agissent avec nous. On est géré par une dictature»,dixit Sylvain Lévesque...Ce monsieur Lévesque ne s'est peut-être pas encore aperçu que c'est effectivement un réseau de garderies publiques qui a été créé par le PQ. Réseau que les libéraux de Charest se sont acharnés à détruire en donnant la majorité des places créées au privé et celà au détriment de certaines régions cruellement en manque. Il est grand temps qu'on en revienne aux CPE qui ne sont pas là pour faire des profits et on à coeur le développement des enfants.

    • - Inscrit 4 juin 2013 19 h 43

      Voilà, bien dit !

    • Louka Paradis - Inscrit 4 juin 2013 21 h 55

      En effet, très bien dit. Merci !
      Louka Paradis, Gatineau

  • Jimmy Lapierre - Inscrit 4 juin 2013 18 h 18

    ironie?

    J'espère que Sylvain Auclair rigole, le PQ a menacé les garderies privées de $800,000 en amendes s'ils exercaient la grève. Deux poids deux mesures? Ils ont accepté sous la contrainte...

  • Paul Michaud - Abonné 4 juin 2013 19 h 33

    C'est quoi le problème ?

    C'est quoi le problème avec les garderies privées?
    C'est quoi le problème avec les entreprises privées ?
    Le coiffeur, la boucherie, l'agriculteur, la plomberie l'optométriste, le dépanneur, la laiterie qui fournit mon fromage, l'ébénisterie, la caisse populaire, la meunerie, le fabricant de meubles ou de cercueils, le restaurant, l'apiculteur, l'ostéopathe, le désigner de vêtements, le garage, la compagnie de transport, et j'en passe et des meilleures! Est-ce que toutes les personnes qui travaillent dans ces entreprises privées sont abusées, maltraitées??? Sûrement pas!
    Ces entreprises font de l'argent! Dieu soit loué. Faire de l'argent c'est simplement de faire en sorte que les entrées soient plus grandes que les sorties. C'est ce qui arrivent à chacun d'entre nous quand on va travailler à chaque jour. Si ça me coûte plus cher par rapport à ce que je reçois, je quitte!
    Le profit n'est pas en contradiction avec la probité, l'honneur, le dévouement, la qualité des services et des produits.
    Alors pourquoi s'acharner sur les garderies privées? Elle ne sont pas syndiquées, et alors? Depuis quand est-ce un synonyme exclusif du droit au travail, à l'initiative, à la qualité des services?
    Les garderies publiques font du bon travail: mais c'est tant mieux.
    En quoi est-ce que ça enleve du mérite aux garderies privées? Les deux systèmes devraient se compléter, non pas s'opposer.

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 5 juin 2013 10 h 21

      C’est quoi le problème avec les garderies privées subventionnées?

      Petite récapitulation de toutes faveurs accordées aux petits amis de l'ex-gouvernement. Une autre magouille libérale de faire rapidement de l'argent par la revente des permis.

      http://meteopolitique.com/Plan/Fiches/finance/corr

    • Hélène Paulette - Abonnée 5 juin 2013 11 h 19

      M.Michaud, sauf votre respect, votre coiffeur, boucher,plombier etc ne sont pas tous subventionnés par l'État que je saches. L'État demande aux garderies privées des compressions, comme il en a demandé aux CPE. Les garderies privées refusent de diminuer leurs profits. Je dis bien "profits". Si celà ne les satisfait pas, ils doivent quitter, comme vous dites.

  • Rodrigue Guimont - Inscrit 5 juin 2013 09 h 59

    Entendre avec sa bouche!


    Sylvain Levesque de l’AGPQ, disait sur les ondes de RC en parlant des péquistes: «Y entendent pas ce qu’ils veulent entendre de notre bouche»!!! C’est à n’y rien comprendre… ce n’est pas une vacherie d’affirmer que ce monsieur parle français encore moins bien qu’une vache espagnole!

    D’autre part, les propriétaires de l’AGPQ, en remerciement des permis et des places donnés aux amis du parti libéral par l’ex-gouvernement, ont largement contribué au financement du PLQ, et ce pendant des années.

    Contrairement aux CPE, les garderies privées subventionnées peuvent être revendu, moyen facile de devenir millionnaire en très peu de temps. Il faudrait revoir ce type de garderies de fond en comble, un moratoire serait déjà un commencement.

    • Hélène Paulette - Abonnée 5 juin 2013 11 h 22

      Tout à fait M.Guimont, tout à fait!