Printemps érable - Ménard invite les policiers à venir se «vider le coeur» à huis clos

Serge Ménard et ses deux commissaires adjoints, l’ex-présidente de la CSN Claudette Carbonneau et l’ancien juge Bernard Grenier
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Serge Ménard et ses deux commissaires adjoints, l’ex-présidente de la CSN Claudette Carbonneau et l’ancien juge Bernard Grenier

Le président de la commission d’enquête sur le printemps étudiant de 2012, Serge Ménard, a lancé lundi ses travaux en invitant les policiers à venir « se vider le coeur » en privé, loin des caméras de télévision.

M. Ménard et les deux commissaires adjoints, l’ex-présidente de la CSN Claudette Carbonneau et l’ancien juge Bernard Grenier, ont défendu farouchement leur indépendance par rapport au gouvernement. Ils ont rejeté les critiques des associations de policiers, de partis de l’opposition à l’Assemblée nationale et de groupes étudiants, qui boycotteront la Commission dont ils mettent en doute l’impartialité.


Serge Ménard a invité les policiers à ignorer l’avis de leurs associations professionnelles, qui maintiennent leur recommandation de ne pas collaborer avec la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012. Les policiers qui le voudront pourront venir témoigner derrière des portes closes à titre individuel, a-t-il dit.


« Nous aimerions avoir l’opinion des policiers qui étaient sur le terrain et nous voudrions probablement les entendre aussi en privé pour qu’ils se vident le coeur, qu’ils nous expliquent les difficultés qu’ils ont eues, qu’ils ne soient pas gênés, qu’ils n’aient pas peur de passer pour des plaignards devant les caméras », a déclaré le président de la Commission lors d’un point de presse, lundi matin.


Les explications de Serge Ménard et de ses adjoints sont loin d’avoir rassuré les sceptiques, qui dénoncent la proximité de deux des trois commissaires avec le gouvernement Marois. Après une carrière d’avocat criminaliste, Serge Ménard a été ministre péquiste de la Sécurité publique, au tournant des années 2000, puis a siégé à Ottawa comme député du Bloc québécois, de 2004 à 2011. Quant à Claudette Carbonneau, ex-présidente de la CSN, elle a déjà vivement critiqué la loi 78 qui encadrait le droit de manifester, votée par le gouvernement Charest en plein Printemps érable.


« Ce n’est pas parce que tu es pour un gel des droits de scolarité que tu es contre la police. Ce n’est pas parce que tu défends le droit de manifester que tu fais des appels à la violence, au contraire. Et ce n’est pas parce que tu défends le droit de manifester que tu ne reconnais pas qu’il y a un rôle légitime, utile, nécessaire de la police dans les circonstances », a fait valoir Claudette Carbonneau.


Examiner les techniques


Les trois commissaires parlaient pour la première fois en public depuis leur nomination controversée par le ministre Stéphane Bergeron, le mois dernier. Ils comptent tenir leurs premières audiences - dont certaines à huis clos - autour du 1er août et doivent remettre leur rapport le 20 décembre. Le coût estimé de la Commission est d’environ un demi-million de dollars.


« Ce que le ministre nous demande, c’est essentiellement d’examiner les techniques utilisées par les forces policières et les méthodes employées par les agitateurs lors des manifestations », a expliqué Serge Ménard, lundi.


« Bien que de façon générale, les très nombreuses manifestations du printemps 2012 se soient déroulées dans l’ordre et dans la bonne humeur, sous le signe de l’humour, il y a eu chez certains manifestants et certains policiers des débordements regrettables qui ont fait l’objet d’accusations devant les tribunaux ou de plaintes devant le conseil de discipline de la police », a-t-il précisé.


Pas question de collaborer


Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, dit être resté sur son appétit après le point de presse de Serge Ménard. Il a déploré l’utilisation des mots « débordements regrettables » par le commissaire, avant même le début des travaux de la Commission. « Ça nous laisse perplexes, et on n’a pas l’intention de collaborer », a insisté M. Francoeur.


Il recommande à ses 4600 membres de ne pas aller témoigner devant la commission, même à huis clos. Selon lui, les policiers n’auront « aucune immunité » et risquent de s’incriminer en allant parler de leur travail au cours des 700 manifestations qui sont survenues durant le Printemps érable. Quelque 300 policiers sont cités devant le comité de déontologie policière dans 170 dossiers liés aux manifestations du printemps 2012, note Yves Francoeur.


« Les policiers ne sont pas la cause de cette crise-là. Pourquoi vouloir nous faire porter le chapeau ? », dit-il.


La direction des corps policiers provincial et municipal compte collaborer aux travaux de la commission, mais l’Assocation des policiers provinciaux du Québec boycottera elle aussi les audiences.


Le député libéral Robert Poëti, un ancien policier qui a fait carrière durant 28 ans à la Sûreté du Québec, a dit comprendre la frustration de ses anciens collègues. La Commission « est une action partisane tout à fait inutile qui va coûter un demi-million de dollars », a-t-il réagi lundi.


« Le rapport est déjà écrit d’avance, c’est un gros scoop : c’est la faute aux libéraux », a-t-il ajouté sur un ton ironique.


De son côté, Québec solidaire invite les policiers et les associations étudiantes à venir témoigner, pour que la lumière soit faite sur le travail des policiers durant la crise. Le rapport accablant de la Ligue des droits et libertés, qui soulignait le manque de cohérence dans le travail des policiers, semble fondé, selon Françoise David.


L’ASSE entend boycotter la Commission. Les deux autres associations étudiantes doivent déterminer la marche à suivre en congrès au cours des prochains jours.


 

Avec la collaboration de Jeanne Corriveau

38 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 4 juin 2013 00 h 37

    Tout un argument

    Ce ne sont pas les policiers comme tel que l'on devrait entendre mais leurs supérieurs qui ont donné les ordres. S'il y a eu bavures, la déontologie s'en occupara comme dans tous les autres cas.

    Je ne sais pas pas d'où M Ménard sort ses arguments mais cela prouve que ça fait longtmps qu'il n'a pas pratiqué comme avocat.

    En passant, les syndicats de policiers ne défendent pas à leur membres d'y aller à cette commission. Il leur suggère seulement de ne pas y aller, et ce suite aux propres avocats que les policiers se sont payés,nuance.

  • André - Inscrit 4 juin 2013 00 h 57

    Société barbare

    Si seulement le seul résultat de cette commission était d’interdire l’utilisation de balle en caoutchouc par la police, cette commission aura été utile.

    Je trouve inadmissible, insensé et révoltant qu’on permette cet acte sauvage et barbare de tirer des balles pour contrôler les manifestations avec un haut risque de tuer et de rendre infirmes pour la vie des citoyens. C’est une technique utilisée en état de guerre, utilisée entre autres par Israël pour réprimer les Palestiniens qui luttent pour leur liberté. On n’est pas en Palestine ici.

    Après la matraque et les gaz lacrymogènes, avec les nouveaux moyens toujours plus risqués et dangereux comme le tir de balles, le poivre de cayenne, quel sera le prochain : le taser.

    On n’a pas encore compris que la violence ne fait qu’attiser la violence.

    • Jean-Claude Archetto - Inscrit 4 juin 2013 08 h 11

      Vous avez tout à fait raison. Surtout que même si le suave nouveau député Poéti alors relationniste pour la SQ, nous disait que le protocole d'utilisation prévoyait que ces balles devaient être tirées vers le sol, on a fort bien vu lors d'un reportage à Radio Canada qu'à Victoriaville un policier tirait directement dans la foule alors qu'il tenait l'arme à la hauteur de la ceinture, mettant ainsi directement en danger de blessures graves les personnes présentes.

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 4 juin 2013 12 h 27

      "On n’est pas en Palestine ici"

      Alors, pourquoi les manifestants tiraient des roches et des briques aux policiers??

      "On n’a pas encore compris que la violence ne fait qu’attiser la violence"
      Qui a commencé ??

      si je participe à une manifestation et qu'il y a des gens qui font de la violence, j'interviens auprès d'eux pour les arrêter ou je quitte. C'est simple comme raisonnement, car je ne veut pas être complice avec eux.

      Vous avez raison, Société barbare...

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 4 juin 2013 13 h 47

      «Alors, pourquoi les manifestants tiraient des roches et des briques aux policiers??»

      Quand ça? vous avez des preuves? sur les centaines de marches qui ont eu lieu, combien de fois est-ce réellement arrivé? En revanche, combien de fois les policiers ont été les premiers à utiliser la force, à user d'intimidation, à foncer dans le tas, à jouer d'arrogance?

      «Si je participe à une manifestation et qu'il y a des gens qui font de la violence, j'interviens auprès d'eux». D'accord, mais distinguons. Êtes-vous contre la violence symbolique utilisée parfois, très rarement durant le printemps, contre le mobiliers d'entreprises ou d'institutions voyoues? Ou êtes-vous contre la violence de gens rendus frustrés par les interventions policières et qui répliquent avec des balles de neige?

      Comment expliquer que certaines manifs restent pacifiques, que d'autres dégénèrent? Cela peut dépendre des participants, mais très souvent ça découle de l'apporche privilégiée par la police, qui met à tout coup le feu aux poudres en fonçant dans le tas. Est-ce justifié?

      Il n'y a rien de simple, voilà pourquoi nous attendons une véritable commission.

  • Roland Guerre - Inscrit 4 juin 2013 03 h 09

    Huis clos

    Le huis clos n'est pas souhaitable. Les policiers doivent répondre à la commission d'enquête, s'interroger sur leurs pratiques. Le gouvernement devra tirer toutes les leçons du rapport de cette commission. Les citoyens attendent des pas décisifs des autorités. Les policiers ne doivent pas hésiter à s'interroger sur leur approche du printemps érable, leurs pratiques, la plus insupportable étant le profilage politique des porteurs de l'immortel carré rouge.

  • Michel Lebel - Abonné 4 juin 2013 05 h 41

    Une commission inutile!

    Il me semble évident qu'il n'est pas nécessaire de mettre sur pied une commission formée de trois personnes, dont un ancien juge et un ancien ministre, pour "examiner essentiellement les techniques" utilisées par les policiers et les agitateurs lors des manifestations du printemps 2012! En disant ouvertement cela, l'ancien ministre Ménard ne fait que confirmer l'inutilité de la commission qu'il compte présider. Des experts en matière de contrôle de foule suffisent pour l'étude de ces "techniques" et il me semble que ceci est surtout un travail de policiers! En d'autres termes, la commission Ménard vient de se tirer dans le pied!


    Michel Lebel

    • Richard Laroche - Inscrit 4 juin 2013 10 h 06

      "Des experts en matière de contrôle de foule suffisent..."

      Je suis particulièrement étonné qu'encore des citoyens fassent confiance pour confier à d'autres, soit-disant "experts" détenteurs d'un mystérieux savoir induscutable, le soin de définir les bonnes et les mauvaises pratiques des services Publics dont nous sommes tous propriétaires.

      Saviez-vous qu'il existe mondialement différentes écoles de pensée en matière de techniques de contrôle de foule? Les experts doivent servir à éclairer, conseiller et à confronter les meilleurs idées, pas à décider à la place des propriétaires.

      Vous avez tout de même raison sur un point. Cette commission serait utile si elle était publique, livrée au jugement des propriétaires. Actuellement, ce n'est qu'une vulgaire opération médiatique et politique.

    • Xavier Martel - Inscrit 4 juin 2013 17 h 58

      ''Saviez-vous qu'il existe mondialement différentes écoles de pensée en matière de techniques de contrôle de foule? Les experts doivent servir à éclairer, conseiller et à confronter les meilleurs idées, pas à décider à la place des propriétaires.''

      Oui, plusieurs écoles en effet. Selon moi, Dr John Stewart, de l'École de Fort Cooper, a pensé la meilleure technique de contrôle des foules. Essentiellement, l'idée est de mener une triple attaque parallèle suivie d'un double croisement progressif vers le centre. ...

      Mais tout ça n'a pas d'importance pour comprendre ces événements. Il faut lire Gustave Le Bon sur la psychologie des foules pour comprendre, du moins ça donne une bonne idée.

  • Josette Allard - Inscrite 4 juin 2013 06 h 18

    Huis clos

    Et pourquoi ce huis clos? Le matraquage et les tirs sur la foule se sont bien fait en publique pendant des mois sur tous les réseaux.

    • Marc Collin - Inscrit 4 juin 2013 12 h 43

      comme le lancer du javelot, les briques et les cocktail molotov