Convergence nationale: l’appel au dialogue est lancé

La division des opinions nationalistes fait craindre au sociologue Guy Rocher un retour au pouvoir du Parti libéral du Québec «assez longtemps pour miner le projet indépendantiste et ancrer le Québec dans le Canada dans le but d’en faire une province comme les autres».
Photo: Jacques Grenier - Archives Le Devoir La division des opinions nationalistes fait craindre au sociologue Guy Rocher un retour au pouvoir du Parti libéral du Québec «assez longtemps pour miner le projet indépendantiste et ancrer le Québec dans le Canada dans le but d’en faire une province comme les autres».

L'unité des forces souverainistes et l'unité de la société civile ont été au premier plan des discussions de la première matinée, samedi, du congrès de la Convergence nationale qui a lieu cette fin de semaine à l’Université du Québec à Montréal.

Organisé par le Nouveau mouvement pour le Québec (NMQ), le congrès se veut «le plus important rassemblement indépendantiste non partisan depuis 1995» et espère répondre à la question «est-il possible de travailler ensemble pour faire du Québec un pays?». La Convergence nationale, comme le dit le porte-parole du NMQ, Jocelyn Desjardins, n’est pas un parti ou une organisation politique, mais bien «une impulsion citoyenne» qui veut engendrer une mobilisation pour réaliser l’indépendance du Québec.

Plusieurs citoyens, spécialistes, membres d’organisations et acteurs du référendum de 1995 ont donc été invités samedi matin à se prononcer sur des questions entourant la situation actuelle du mouvement indépendantiste qui se dit «perdant» devant le résultat des dernières élections provinciales.

La division des opinions nationalistes, par l’existence de trois partis souverainistes distincts n’ayant pas formé d’alliance aux dernières élections, a été critiquée par plusieurs. Cela fait craindre à Guy Rocher, professeur émérite à l’Université de Montréal et ancien artisan de la Commission Parent sur le système d’éducation au Québec, un retour au pouvoir du Parti libéral du Québec «assez longtemps pour miner le projet indépendantiste et ancrer le Québec dans le Canada dans le but d’en faire une province comme les autres». D’où la nécessité, a-t-il expliqué en conférence inaugurale, de mener «une réflexion destinée à l’action» et d’«agir maintenant».

Des panélistes ont donc pris la parole pour tenter d’enrichir l’argumentaire autour des enjeux de convergence nationale et de convergence électorale. Danic Parenteau, commissaire aux États généraux sur l’indépendance, et Jocelyn Caron, auteur de Choisir le progrès national, ont présenté des plaidoyers semblables pour une démarche constituante, c’est-à-dire la mise sur pied d’une constitution québécoise émanant d’une consultation populaire. «La démarche constituante et le référendum sont deux choses complémentaires. Sur un plan plus stratégique, la démarche constituante pourrait remettre en valeur le projet souverainiste», a lancé Danic Parenteau.

Mais comment mobiliser les non-indépendantistes ? «Les militants de tous les domaines, que ce soit environnemental, par exemple, ou autres, vont se rendre compte que les solutions à leurs problèmes n’arriveront que si le Québec est un pays», a-t-il plaidé.

L’importance de la société civile

Plusieurs sont d’avis que le projet indépendantiste doit être porté avant tout par la société civile. «La souveraineté d’un peuple est trop fondamentale pour la laisser seulement aux politiciens», a déclaré Nicole Boudreau, ancienne porte-parole des Partenaires pour la souveraineté. Très applaudie par l’assemblée, la seule femme à prendre la parole de l’avant-midi a défendu l’idée d’une «notion de plaisir à travailler à une œuvre collective» et celle d’un «changement de garde», faisant référence à l’émergence d’une nouvelle génération de leaders, dont le printemps érable est la preuve.

Gabriel Nadeau-Dubois, ancien porte-parole de la Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante, lui a succédé au micro. «Tant que question nationale et justice sociale ne seront pas abordées de front, nous n’aurons ni justice ni indépendance », ajoutant qu’une «réelle» indépendance n’est possible que si l’on questionne notre « régime productiviste et énergivore».
 

La question électorale

Pour ce qui est de la convergence électorale, plusieurs panélistes ont conclu que l’indépendance du Québec est impossible sans la droite, malgré que la plupart des idées qui ont été soulevées relèvent de la gauche. En ce qui a trait à l’union des partis politiques souverainistes, Philippe Brisson, conseiller à la firme de conseil stratégique STRATEGEUM, constate que le statu quo entraînera des défaites électorales du camp souverainiste «à court, moyen et long terme».

Le Parti québécois, Québec solidaire et Option nationale devraient par conséquent en venir à réaliser des pactes électoraux dans certaines circonscriptions pour s’assurer que soient élus des candidats souverainistes. L’organisation d’élections primaires et la mise en place d’un mode de scrutin proportionnel pourraient aussi favoriser l’accès à l’indépendance.

L’avant-midi de samedi s’est terminé avec une courte allocution de Réjean Parent, ancien président de la CSQ. «Je crois en la société civile, mais je crois aussi que les partis doivent renouer le dialogue», a-t-il affirmé, arguant lui aussi pour la convergence des forces souverainistes.

Le chef d'Option nationale, Jean-Martin Aussant, brillait par son absence, samedi. Des militants s'en sont étonnés sur les médias sociaux. Aussant a répondu qu'il y serait dimanche.