Nouveaux doutes sur la crédibilité de Gilles Cloutier

De nouveaux doutes émergent sur la crédibilité de Gilles Cloutier. La veuve du maire Maurice Vaudrin a brisé le silence vendredi pour réclamer que des accusations de parjure soient portées contre l’ex-organisateur politique.


Huguette Longtin a été mariée pendant 52 ans à Maurice Vaudrin, maire de Saint-Stanislas-de-Kostka de 2000 à 2005. En larmes, elle s’est dite choquée par le « salissage éhonté et gratuit » de Gilles Cloutier à l’endroit de son défunt mari. « Il était tellement juste et honnête. Je veux que son intégrité soit rétablie », a-t-elle dit.


Lors de son témoignage à la commission Charbonneau, M. Cloutier a déclaré qu’il avait permis à sa compagnie, Roche, de décrocher le contrat de construction de l’usine de traitement des eaux de Saint-Stanislas-de-Kotska, un projet de 20 millions de dollars, en invitant M. Vaudrin et son petit-fils à un match du Canadien. L’événement s’est déroulé soit en avril 2003 ou 2004, selon le témoin qui avait de la difficulté à se souvenir des dates.


L’ancienne gloire du Canadien, Jean Béliveau, leur avait remis à cette occasion un chandail dédicacé. M. Cloutier a su que le contrat était dans la poche quand il a vu les larmes du grand-père et de son petit-fils.


« Il n’a jamais été au Centre Bell. Il n’a jamais rencontré Jean Béliveau, et il n’y a pas eu de chandail », affirme Mme Longtin, qui était au courant des allées et venues de son mari.


Pour plus de certitude, la veuve a contacté ses petits-fils, aujourd’hui adultes. Ni l’un ni l’autre n’ont de souvenirs d’avoir assisté à cette soirée mémorable, dit-elle.


En entrevue à La Presse canadienne, Jean Béliveau a reconnu qu’il connaissait Gilles Cloutier. Il se souvenait d’avoir présenté le chandail, mais il ignorait « toute l’histoire politique qu’il y avait derrière tout ça ».


Selon la veuve Vaudrin, le témoignage de Gilles Cloutier est « absurde ». « Le témoin confond-il mon mari avec quelqu’un d’autre ? », s’interroge-t-elle. Elle invite les policiers à enquêter afin qu’une accusation de parjure soit portée comme l’ex-démarcheur de Roche et de Dessau.


Des doutes


Gilles Cloutier a éprouvé quelques problèmes de crédibilité lors de son contre- interrogatoire.


Il disait avoir vu le maire Vaudrin une première fois lors du match inaugural des Expos, le 22 avril 2003. Dans les jours suivants, il avait revu le maire Vaudrin, qui lui avait fait part de son intérêt d’assister à un match du Canadien avec son petit-fils. Or, cette année-là, le Canadien avait été éliminé le 5 avril, a fait ressortir l’avocat du Parti libéral, Michel Décary.


M. Cloutier a rétorqué que l’événement avait pu avoir lieu en 2004. Le match des Expos avait eu lieu le 9 avril, et le Canadien avait joué à domicile jusqu’au 29 avril, ce qui rend sa version plausible.


M. Cloutier a également fait état d’une intervention de sa part auprès du ministre libéral des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, pour accélérer le versement d’une subvention pour la construction de l’usine. Or, la subvention avait été accordée par un ministre péquiste, André Boisclair, en février 2003.


Dès 2001, la municipalité avait confié à Roche le mandat de préparer l’étude préliminaire pour l’usine et la demande de subvention, via un ingénieur de la firme Michel Bélanger.