Marois au Conseil national du PQ: le «grand ménage» est une condition essentielle à la souveraineté

«Notre gouvernement est en train de faire un sacré ménage. Le plus grand qu’on a vu au Québec depuis le gouvernement de René Lévesque en 1976», a rappelé Pauline Marois aux 450 militants de partout au Québec réunis au Conseil national.
Photo: - Archives Le Devoir «Notre gouvernement est en train de faire un sacré ménage. Le plus grand qu’on a vu au Québec depuis le gouvernement de René Lévesque en 1976», a rappelé Pauline Marois aux 450 militants de partout au Québec réunis au Conseil national.

Québec — La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a repris samedi un raisonnement cher à Lucien Bouchard en présentant le «grand ménage» auquel s’est attelé son gouvernement comme une condition préalable à l’accession à la souveraineté.

«Notre objectif est très clair: c’est de faire du Québec un pays. Le préalable, c’est de remettre de l’ordre, de retrouver notre confiance collective», a déclaré Pauline Marois devant quelque 400 militants réunis pour un Conseil national placé sous le thème des relations internationales.

«Si on veut se donner les moyens de nos ambitions, on a la responsabilité de mettre les finances en ordre. Quand on veut que le Québec soit libre, on s’arrange pour ne pas qu’il soit dépendant des marchés financiers», a ajouté la chef péquiste.

«Notre gouvernement est en train de faire un sacré ménage. Le plus grand qu’on a vu au Québec depuis le gouvernement de René Lévesque en 1976», a comparé Pauline Marois. Et la première année du gouvernement Lévesque n’a pas été facile, a-t-elle rappelé. «En 1976, on dérangeait bien du monde et bien des intérêts. On s’est fait attaquer très durement. C’est la même chose en 2013: notre gouvernement, oui, il dérange bien du monde.» Mais elle a prévenu ses adversaires: «On va tenir bon, on va se tenir debout.»

Un gouvernement majoritaire

Le PQ est malmené dans les sondages: une dernière enquête d’opinion, effectuée par Léger Marketing pour le compte de Québecor, montre que le Parti libéral du Québec (PLQ), avec 35% des intentions de vote, devance le PQ de 8 points de pourcentage, alors que la Coalition avenir Québec (CAQ) vacille à 19%. «Il faudra que les Québécois nous donnent un mandat majoritaire, C’est ça, notre objectif: un gouvernement majoritaire», a tout de même lancé Pauline Marois.

Une des raisons fondamentales de faire du Québec un pays souverain, «c’est qu’on ne veut pas que la nation québécoise disparaisse. On ne veut pas s’éteindre à petit feu», a-t-elle dit à la fin de son discours. «On n’a pas le droit de faiblir. On doit tenir bon, garder le cap. On doit se battre pour nos idées, mais il ne suffit pas d’avoir raison. Car on a une responsabilité face à l’histoire: nous, on doit gagner! On a l’obligation de gagner.»

Au Parti libéral, rien n’a changé, a-t-elle soutenu. «La principale force d’inertie au Québec, le plus grand obstacle à l’intégrité, ça reste encore et toujours le Parti libéral.» Même si Philippe Couillard a promis de transformer le PLQ, cette «machine à ramasser de l’argent», en un parti d’idées, «l’expérience nous a appris que c’est une culture démocratique qui n’apparaît pas spontanément».

La chef péquiste a reproché à Philippe Couillard son rejet en bloc du projet de loi14 qui vise à renforcer la place du français au Québec et à son équipe de renier les fondements de la loi 101. «Le chef libéral, il prône le bilinguisme institutionnel», a-t-elle accusé.

Négligeant la CAQ, Pauline Marois s’est par la suite attardée à Québec solidaire (QS). «J’entends Québec solidaire nous accuser de tous les maux», a-t-elle dit, en énumérant ensuite les décisions que son gouvernement a prises et qui devraient trouver grâce aux yeux de la gauche: l’annulation de la hausse des droits de scolarité, l’abolition de la Loi 78 limitant le droit de manifester, le vote des jeunes sur les campus, les places en garderies, la maternelle à quatre ans dans les milieux défavorisés, etc. «Pour gouverner, il ne faut pas être sectaire. Il ne faut pas se camper dans une idéologie rigide», a avancé la chef péquiste.

Avant le début du Conseil général, le ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville, a reconnu les difficultés de son parti dans l’opinion publique. «À court terme, c’est pas toujours payant de faire le ménage parce que c’est des décisions qui ne sont pas toujours populaires mais c’est des décisions qui sont nécessaires », juge-t-il. Avec le temps, les choses devraient se rétablir. «Éventuellement, les cotes de popularité suivront.»

Pour le ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur, Jean-François Lisée, Philippe Couillard jouit d’une lune de miel somme toute modeste. À l’arrivée de Jean Charest en politique québécoise, les libéraux devançaient les péquistes de 20 points et à ses débuts, la CAQ de François Legault aurait raflé la grande majorité des circonscriptions, selon les sondages. «Les Québécois donnent toujours une bonne lune de miel aux nouveaux arrivants, y compris à Stéphane Dion lorsqu’il est arrivé comme chef du Parti libéral du Canada.»

Mauvaises décisions

Pour Marc Laviolette, le président de l’association péquiste de Beauharnois, le gouvernement Marois a pris de bonnes décisions, mais d’autres lui ont fait du tort. «C’est comme si on n’avait pas tiré de leçons du passé au sujet de l’austérité», croit l’ex-syndicaliste. «Tu frappes les assistés sociaux, ça ne t’aide pas. Tu ramasses les garderies; ça s’est réglé par la négociation mais ça ne t’aide pas.» Quant aux redevances minières, «on se ramasse avec un Kool-Aid dilué», a-t-il déploré.

Pierre Dubuc, du SPQ libre, s’en est pris à QS et à Option nationale, qui minent selon lui les appuis au PQ. «C’est comme si l’histoire se déroulait à l’envers: le PQ se défait et on est en train de recréer le RIN [Rassemblement pour l’indépendance nationale] avec Option nationale et Québec solidaire. C’est la même histoire que les groupes ML [marxistes-léninistes] des années 70.»

Marc Laviolette estime qu’à son dernier congrès, les solidaires «se sont radicalisés. Je pense qu’électoralement, ça va leur nuire. Et la cible principale de leurs affaires, c’est le PQ. Ils chassent sur nos terres.»

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