Le ménage n’est pas fini, affirme Jacques Duchesneau

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	François Legault, Philippe Couillard et Michael Applebaum ont participé jeudi à l’ouverture des assises de l’UMQ, le jour même où l’UPAC frappait à Laval.</div>
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir
François Legault, Philippe Couillard et Michael Applebaum ont participé jeudi à l’ouverture des assises de l’UMQ, le jour même où l’UPAC frappait à Laval.

Le maire de Laval, Alexandre Duplessis, soutient qu’il faut « tourner la page » après les 37 arrestations de jeudi, dont celle de son mentor Gilles Vaillancourt. Le député Jacques Duchesneau, lui, affirme pourtant que le ménage n’est pas fini dans la troisième ville en importance du Québec.

Le maire par intérim a déclaré qu’il ne s’attendait pas à une opération policière de cette ampleur. « On est quand même surpris de la liste des personnes arrêtées. C’est difficile pour les Lavallois », a-t-il dit jeudi matin.

« Je vois ça comme la conclusion d’une enquête. On a collaboré à cette enquête. Je vais sûrement apprendre des choses à la commission Charbonneau tout comme les autres Lavallois. J’en suis très déçu, mais je pense qu’il faut tourner la page, apprendre de ces erreurs-là et resserrer les contrôles », a réagi M. Duplessis.

Il a tenté de se dissocier de son mentor, Gilles Vaillancourt, en réitérant son intention de se présenter à la mairie, aux élections du 3 novembre. 

« Pour moi, c’est un changement d’administration, c’est un changement d’époque, et aussi de génération. […] Je vais le prouver par des actions concrètes dans l’administration pour changer les choses, resserrer les liens et redonner confiance aux citoyens. »
 
Continuer les enquêtes

Les arrestations qui ont eu lieu à Laval ne doivent pas signifier la fin de l’enquête, estime Jacques Duchesneau. Il accuse bon nombre d’élus et de hauts fonctionnaires — dont le Directeur général des élections du Québec (DGE) — d’avoir volontairement fermé les yeux sur un système trop bien établi.

« Il y a eu des enquêtes depuis au moins une dizaine d’années à Laval et ces enquêtes-là ont toujours tourné en queue de poisson. »

En point de presse, jeudi midi, le député caquiste a raconté, visiblement troublé, qu’à l’époque où il dirigeait l’Unité anticollusion, un membre de son équipe avait déjà amorcé une de ces enquêtes n’ayant jamais abouti.

« Il va falloir savoir pourquoi l’enquête a été arrêtée. Le DGE fait des enquêtes. Comment ça se fait que ces enquêtes-là ne sont pas allées plus loin ? Est-ce que c’est un manque de coordination ? Est-ce que c’est un manque d’outils ? Dans ce cas, on aurait pu trouver des solutions. Mais qu’on ait constamment fait des enquêtes dans une même ville et que ces enquêtes-là n’aient pas abouti, moi, ça me jette par terre. »

Il accuse la classe politique, tous partis confondus, d’avoir « fait la sourde oreille » lorsque des gens ont voulu parler. « On se ramasse 10, 15 ans plus tard, avec les conséquences qu’on connaît aujourd’hui, parce que les gens qui venaient ont vite compris qu’il y avait beaucoup de conséquences négatives si ces gens-là parlaient. »

« Un système organisé »

Soulevant plusieurs questions, Jacques Duchesneau souhaite que l’enquête se poursuive, au-delà des arrestations. « Il faut pousser plus loin et dire : justement, des gens qui n’ont pas été sur le radar encore, là, il y a des gens qui ont sûrement posé des gestes qui ont empêché que des résultats comme on a aujourd’hui aient pu avoir lieu il y a 10 ou 15 ans. »

De son côté, le député libéral de Chomedey et ancien policier Guy Ouellette a insisté sur l’importance du coup de filet policier de jeudi. « Ce que je retiens, c’est que personne n’est au-dessus des lois. Pour la première fois, des accusations de gangstérisme sont portées contre des gens qui ne sont pas membres de la mafia ou des motards. Donc, c’est un système organisé. »


Avec la collaboration de Marco Fortier

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Sentiment de triomphe pour l’opposition à Laval

Le ton était au triomphe jeudi au sein des trois partis d’opposition lavallois. « C’est une victoire pour les citoyens, et c’est une victoire pour moi », revendiquait Robert Bordeleau, chef du Parti au service du citoyen, présent sur la scène politique depuis 2006. « Je ne suis pas surpris de l’ampleur parce que ça fait des années que ça se prépare. » Jean-Claude Gobé, candidat à la mairie pour Action Laval, s’est dit « heureux » de la mise au ban de M. Vaillancourt. « Cette opération policière va contribuer à assainir le milieu politique de Laval », croit-il. Quant au Mouvement lavallois, son président David De Cotis a soutenu qu’il « attendait cette nouvelle depuis des années. Ça concrétise toutes les perquisitions, toutes les rumeurs. C’est triste pour les Lavallois qui ont eu confiance en M. Vaillancourt, mais c’est une victoire pour la justice », a-t-il dit. Les trois opposants ont par ailleurs tous dénoncé « l’aveuglement volontaire » présumé du maire Alexandre Duplessis.
 
Guillaume Bourgault-Côté

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De nombreuses réactions

Peter Trent, maire de Westmount:
« J’ai exigé la démission de Gilles Vaillancourt du comité exécutif de l’Union des municipalités du Québec en novembre 2010, quand l’ex-ministre Serge Ménard avait déclaré que le maire lui avait offert 10 000 $ comptant. M. Vaillancourt était resté et j’avais quitté l’exécutif de l’UMQ. C’est une leçon pour l’UMQ, qui doit prendre position plus fermement à l’avenir pour démontrer que de tels comportements ne sont pas acceptables. »
 
Stéphane Bergeron, ministre de la Sécurité publique:
« D’aucuns peuvent se montrer surpris de l’ampleur de telles opérations. Ceci dit, en lien avec les perquisitions qui ont eu lieu ces dernières semaines, ces derniers mois, qui étaient d’une telle ampleur, je pense que ça démontre, au contraire, que les policiers font leur travail, que les enquêtes aboutissent. Les citoyens peuvent être rassurés. »
 
Jean-François Lisée, ministre responsable de la métropole:
« Les Lavallois et les Québécois peuvent faire confiance aux institutions policières, judiciaires, qui font leur travail, qui vont au fond des choses, qui ont la liberté, les pouvoirs de trouver la vérité et de faire en sorte que les gens qui ont quelque chose à se reprocher devront rendre des comptes. Que la justice suive son cours, c’est la meilleure garantie qu’on peut donner sur la fiabilité, la robustesse de nos institutions. »
 
Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec:
« La police a bien fait son travail. Ce que je relève, c’est que ces escouades ont été créées par le précédent gouvernement. À l’époque, on a eu beaucoup de critiques, mais on voit qu’elles ont fonctionné. Le Québec est en train de tourner une page, une page sur laquelle il y a des réalités qu’on ne voudrait pas voir chez nous, mais il faut bien lire cette page et ne pas faire de compromis avant d’aller vers l’avant. Il faut qu’on sache exactement ce qui s’est passé et que les gens assument leurs responsabilités. »
 
François Legault, chef de la Coalition avenir Québec:
« C’est sûr qu’on a hâte de tourner la page. C’est sûr que ça va permettre de tourner une page, pas le livre au complet, mais on a encore deux ans de commission. On a la démonstration aujourd’hui que ce que disait le Parti libéral était faux, c’est-à-dire qu’on ne pouvait pas avoir en même temps une commission d’enquête publique et laisser travailler les policiers. Si le Parti libéral n’avait pas retardé de deux ans et demi la commission d’enquête publique, elle serait terminée aujourd’hui et on pourrait vraiment tourner la page avec des recommandations. »
 
Robert Poëti, député libéral de Marguerite-Bourgeoys:
« Le ministre Stéphane Bergeron aurait dû remercier le Parti libéral d’avoir créé l’Unité permanente anticorruption (UPAC) et d’avoir engagé monsieur Duchesneau à l’Unité anticollusion du ministère des Transports. Nous avons créé l’UPAC, et aujourd’hui, nous sommes en mesure de voir les résultats de cette décision. »
 
Nicolas Marceau, ministre des Finances: 
«On passe à travers une période qui n’est pas simple, qui est difficile. On voit des choses qui sont désagréables, mais à terme c’est très bon, il faut qu’on passe à travers ça. »

 
Avec La Presse canadienne
8 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 10 mai 2013 03 h 36

    Tourner la page ???

    Tourner la page ?
    Déjà ?
    Alors que les vrais affaires commencent à peine à être révélées ?
    Et que nous ne faisons que commencer à nous approcher d'un début de vision claire des choses ?
    Allons-allons ! Ne vaut-il pas mieux aller au bout de tout son contenu avant de tourner la page d'un livre ?
    Cela n'évite-t-il pas d'en manquer des bouts importants ?

    Vive le Québec et les Québécois libres des "obligations" mafieuses que quelques-uns réussissent habilement à leur imposer !

    • Michel Gagnon - Inscrit 10 mai 2013 11 h 34

      Il faut tourner la page!
      N'est-ce pas ce qu'a déclaré aussi Philippe Couillard?

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 10 mai 2013 12 h 11

      Il faut plus que tourner la page, il faut brûler ce livre.

    • Gilles Théberge - Abonné 10 mai 2013 12 h 27

      Ce genre de page ne seront jamais définitivement tournées.

      Quant à Duchesneau, il continue de pontifier, souffler le chaud et le froid sur ce qu'il prétend savoir. Et quand il est passé à la Commission il a juste oublié de dire clairement ce qu'il prétendait savoir.

      Faque Duchesneau, moi je ne paierais pas cinq cennes pour voir son show!

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 10 mai 2013 18 h 18

      Quand il est passé à la C.C. caquetait-il déjà avec les Lego-Sirois au sujet de son futur emploi.Ses glorieuses-Armoiries lui permettaient sans doute d'accéder au titre de premier- second des Caqueteux,un poste clef pour ce grand défenseur de l'intégrité,le pourfendeur des collusionneux possédant de nombreux et pratiques comptes à numéros..Comme vous-dites si bien(Faque Duchesneau)..

  • François Dugal - Inscrit 10 mai 2013 08 h 11

    Le DGE

    Le DGE, pendant toutes ces années, n'a rien entendu, rien vu, rien fait; mérite-t-il son salaire?

    • André Le Belge - Inscrit 10 mai 2013 11 h 55

      Comme le maire Tremblay: rien, rien entendu, rien dit et surtout rien fait. C'est pas moi, c'est les autres...

  • Louise Poulin - Abonnée 10 mai 2013 08 h 44

    Une question me titille...

    Ou sont passés les 100000$ que les ministres du parti libéral ont récolté durant 9 ans...ou est cet argent.Les dépenses électorales utilisé selon les fameuses règles de l'art..ou selon les valeurs libérales on les connait.Disons 118 ministres à 100000$ multiplié par 9 cela fait combien?
    Environ 9 millions...seulement pour les ministres.....

    C'est la même question que pour Union Montréal...ou est passé l'argent..et aujourd'hui à Laval...ou va l'argent.