Printemps érable - Enquête à huis clos sur les débordements policiers

Arrestation musclée d’un manifestant en juin dernier à Montréal. À ce jour, quelque 200 plaintes ont été formulées au commissaire à la déontologie à la suite des événements du printemps érable.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Arrestation musclée d’un manifestant en juin dernier à Montréal. À ce jour, quelque 200 plaintes ont été formulées au commissaire à la déontologie à la suite des événements du printemps érable.

Québec — Une commission spéciale d’examen se penchera sur les dérives et débordements lors des interventions policières du printemps érable. Mais contrairement à ce qui était réclamé par plusieurs, elle se tiendra à huis clos, ce qui a suscité de vives réactions, tant à Québec que chez les anciens leaders étudiants.


« Je demeure persuadé que la très grande majorité des policiers du Québec ont agi avec tout le professionnalisme requis dans les circonstances », a soutenu le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, en point de presse mercredi après-midi. « Cependant, des situations particulières ont été évoquées. »


À ce jour, quelque 200 plaintes ont été formulées au commissaire à la déontologie, estime le ministre qui dit avoir été « interpellé à maintes reprises » à cet effet depuis sa nomination.


Enquête il y aura, mais elle ne sera pas publique, car le ministre estime qu’il a « le devoir de préserver l’intégrité du processus déontologique existant ». Les auditions se feront à huis clos, ce qui permettra aux citoyens de témoigner « librement, sans que la moindre pression soit exercée et sans crainte de représailles ».

 

Le PQ pointe le PLQ


La commission n’aura pas de pouvoir de contrainte et devra notamment « identifier les facteurs ayant contribué à la détérioration du climat social ». Dans son discours de présentation, le ministre Bergeron a clairement indiqué sa position. « Au cours de cette crise, le gouvernement du Parti libéral, alors au pouvoir, s’est montré extrêmement réticent à négocier avec les organisations étudiantes. […] S’en est ensuivi un dialogue de sourds qui n’a fait qu’accroître la tension. »


Questionné de toutes parts sur cette affirmation, le ministre s’est défendu de vouloir teinter les conclusions de la commission, affirmant que les facteurs de la crise étaient « multiples » et qu’il serait « hasardeux » de tenter d’en venir à des conclusions à cette étape-ci.


Le comité sera composé de trois membres qui ont été sélectionnés « pour leur expertise, leur vaste expérience, leur crédibilité et leur objectivité ». Il s’agit de l’ancien ministre péquiste de la Sécurité publique, Serge Ménard, de l’ex-juge Bernard Grenier et de l’ancienne présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

 

«Patente à gosse»


La nouvelle a soulevé l’ire des partis d’oppositions à Québec. Robert Poëti, porte-parole de l’opposition officielle en matière de Sécurité publique, parle de « récupération politique » et ridiculise le fait que des citoyens témoignent à huis clos « parce que la pression policière serait trop forte » alors qu’à la commission Charbonneau, « on vient asseoir des gens qui viennent témoigner de choses graves, criminelles, à la télévision ».


Du côté de la CAQ, l’ancien policier Jacques Duchesneau a parlé d’une commission « biaisée », s’inquiétant notamment de la présence de Claudette Carbonneau, « une ex-présidente d’une organisation syndicale qui a organisé et financé des manifestations ».


Même le député de Québec solidaire, Amir Khadir, qui a réclamé à plusieurs reprises une commission d’enquête publique, s’est dit « extrêmement déçu » par cette « patente à gosse pour noyer le poisson ».

 

Ex-leaders étudiants déçus


Du côté des anciens leaders étudiants, on juge le mandat trop large et bien loin de l’enquête publique indépendante réclamée. « Je doute fort que des corps policiers viennent volontairement confesser leurs erreurs ou leurs dérapages », estime Gabriel Nadeau-Dubois, ex-porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE). « On a l’impression que le Parti québécois ne veut pas faire la lumière sur les abus policiers qui ont eu lieu, mais plutôt empêcher à l’avenir qu’il y ait d’autres mobilisations citoyennes », a-t-il affirmé au Devoir.


Martine Desjardins, qui était présidente de la FEUQ lors du conflit étudiant, reconnaît pour sa part qu’il s’agit d’une petite avancée, mais se demande néanmoins si le comité d’examen n’est pas qu’un « outil politique » pour accuser le Parti libéral.


« C’est un spectacle, déplore de son côté Maxence L. Valade, qui a perdu un oeil lors des émeutes de Victoriaville. On va analyser ce qui s’est passé sans rien changer. »

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