Printemps étudiant: une commission se penchera sur le travail des policiers

Les rassemblements du printemps érable de 2012 ont donné lieu à de nombreux affrontements et incidents impliquant des policiers et des manifestants.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Les rassemblements du printemps érable de 2012 ont donné lieu à de nombreux affrontements et incidents impliquant des policiers et des manifestants.

Québec — Le gouvernement Marois a lancé mercredi une commission spéciale d'examen pour analyser les événements du printemps érable.

«Je demeure persuadé que la très grande majorité des policières et des policiers du Québec ont agi avec tout le professionnalisme requis dans les circonstances», a soutenu le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, en point de presse mercredi après-midi.

Il dit répondre aux «nombreuses demandes» que son ministère a reçues depuis l'élection du Parti québécois en septembre dernier. Quelque 200 plaintes ont été formulées au commissaire à la déontologie.

La commission spéciale ne sera pas publique et n'aura pas de pouvoir de contrainte. Un rapport devra être remis au ministre «au plus tard le 20 décembre 2013». Ce dernier le rendra public 45 jours plus tard.

Les commissaires auront notamment le mandat d'analyser les circonstances des manifestations et d'«identifier les facteurs ayant contribué à la détérioration du climat social».
 
Le ministre Bergeron se défend de vouloir «identifier des coupables» ou d'influencer la commission pour l'inciter à pointer du côté des politiques libérales, mais y va lui-même de sa propre analyse dans sa présentation.

«Au cours de cette crise, le gouvernement du Parti libéral, alors au pouvoir, s'est montré extrêmement réticent à négocier avec les organisations étudiantes, ne reconnaissant ni la légalité, ni la légitimité du mouvement de grève. S’en est ensuivi un dialogue de sourds qui n'a fait qu’accroître la tension, y compris entre les étudiants, ce qui a entraîné une judiciarisation du conflit.»
 
Trois personnes siègeront sur le comité. L'ancien ministre de la Sécurité publique, Serge Ménard, agira à titre de président. Siégeront à ses côtés, l'ex-juge Bernard Grenier et l'ancienne présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

Déjà un coupable?
 
Si le but de la commission n'est pas de désigner un coupable, le ministre Bergeron semble avoir déjà tiré des conclusions.
 
«S'il n'y avait pas eu une volonté de la part du gouvernement précédent de hausser de façon démesurée les frais de scolarité, nous n'aurions probablement pas assisté à cette crise-là», a-t-il dit.
 
Dans une déclaration lue devant la presse, M. Bergeron n'a pas soufflé mot sur le rôle joué par l'opposition péquiste durant les événements de 2012 — le port du carré rouge par les députés, par exemple — se limitant à critiquer le «gouvernement du Parti libéral».
 
Néanmoins, la commission n'a pas été mise en place «pour faire porter quelque blâme que ce soit au précédent gouvernement», a par la suite expliqué le ministre. «Ce sera aux membres de la commission d'en arriver éventuellement à une telle conclusion», a-t-il dit.

Commissionnaires désignés

Le ministre de la Sécurité publique a aussi dû défendre le choix des commissaires désignés, plus précisément ceux de M. Ménard, ancien membre du gouvernement péquiste, et de Mme Carbonneau, présidente de la CSN jusqu'en 2011. Le mouvement syndical a joué un rôle actif durant la crise, fournissant dans certains cas le transport aux manifestants.
 
«Ces personnes ont été sélectionnées pour leur expertise, leur vaste expérience, leur crédibilité et leur objectivité», a justifié M. Bergeron. «Ces personnes sont indépendantes et n'ont pas de lien direct avec le ministère de la Sécurité publique ou quelque service de police», a-t-il ajouté.
 
Pour les principaux partis d'opposition, cette commission d'examen accuse un sérieux déficit de crédibilité. Le mandat donné aux commissaires laisse croire qu'il s'agira d'un procès intenté aux policiers, selon libéraux et caquistes.
 
Le ministre Bergeron «a perdu la confiance des 15 000 policiers du Québec, des commerçants et des citoyens qui ont été pris dans le métro de Montréal», a déclaré le porte-parole de l'opposition officielle en matière de sécurité publique, Robert Poëti.
 
«C'est dépenser inutilement l'argent des contribuables, c'est une récupération politique insoutenable», a-t-il argué.
 
La Coalition avenir Québec (CAQ) estime quant à elle que l'exercice est non seulement biaisé, mais inutile dans la mesure où les témoins ne pourront être contraints à se présenter à la barre.
 
«On veut savoir ce qui s'est passé, parfait, mais pas de façon biaisée comme ce qui nous a été présenté aujourd'hui. Les engins fumigènes, les bouteilles d'urine lancées à la police, est-ce qu'il y a quelqu'un qui va venir se vanter de ça s'il vient témoigner volontairement?» a soulevé le député Jacques Duchesneau.

Avec Martin Ouellet et Patrice Bergeron, La Presse canadienne

D'autres détails suivront dans notre édition de jeudi.

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34 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 8 mai 2013 15 h 43

    Enfin!

    Il était temps!

    • Louka Paradis - Inscrit 8 mai 2013 22 h 12

      Espérons que cette commission permettra de tirer des leçons et d'éviter de telles situations à l'avenir. Pour des explications claires et sans filtre venant du principal ministre concerné, voir cette excellente entrevue : http://tvanouvelles.ca/video/2366595326001//

      Louka Paradis, Gatineau

    • Daniel Bouchard - Inscrit 8 mai 2013 23 h 30

      Il était temps de quoi? De faire une mise en seine pour appuyé ces manifestations stupides?

  • Dominic Lamontagne - Inscrit 8 mai 2013 15 h 44

    Effectivement

    Je ne comprends pas qu'il n'ait pas eu d'intervention avant que le grabuge commence, comme à Québec.

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 mai 2013 16 h 43

      Parce que c'est la police qui déclenchait le grabuge en chargeant.

    • Daniel Bouchard - Inscrit 8 mai 2013 23 h 33

      À écouter Sylvain Auclair, il faudrait laisser tout casser par ces groupuscules faiseurs de troubles. La grande majorité de la population en à assez de ces jeunes faiseurs de troubles au nom de causes qui n'en sont absolument pas justifiés.

  • Marc G. Tremblay - Inscrit 8 mai 2013 16 h 28

    Tirer des leçons ?

    Que ce soit un parlement (ou un parent), lorsque l'opposition (l'autre parent) se ligue avec les enfants pour faire du grabuge sur la place publique, comment voulez-vous que les échanges de point de vue demeurent civilisés.

    • Daniel Bouchard - Inscrit 8 mai 2013 23 h 31

      Vous ne pouvez pas dire plus juste!

  • Simon Chamberland - Inscrit 8 mai 2013 16 h 59

    Enfin

    Les libéraux ont toujours refusé de se pencher sur le travail des policiers, et la commission devrait examiner le travail du ministre de la sécurité publique de l'époque, en autre quand la SQ, au lieu de protéger Gabriel Nadeau-Dubois, l'a enfermé dans une pièce, à la demande des pouvoirs politiques, pour examiner ses liens avec des groupes perçus comme extrêmistes.

    Par contre il faut comprendre que le niveau de fatigue des policiers était très haut, avec la très longue opération «occupons Montréal» et les mois de manifs. Ce fut, pour ces hommes et ces femmes, des mois consécutifs de temps supplémentaires et des plusieurs heures loin des familles.

  • Franklin Bernard - Inscrit 8 mai 2013 17 h 10

    Les conclusions sont connues d'avance

    Les policiers n'ont rien fait de mal. Circulez, y a rien à voir. Ce sont les étudiants, les coupables. Pauline Marois (malgré son carré rouge et ses casseroles au moment où elle avait besoin de voix électorales) a trop besoin aujourd'hui de continuer à museler la contestation (voir son silence devant le sinistre et inique règlement P-6 de Montréal) pour critiquer la police.

    On parie?

    • Marc Blanchard - Inscrit 8 mai 2013 17 h 50

      Ce n'est même pas commencé que vous critiquez! Parce que c'est le PQ?

    • Franklin Bernard - Inscrit 8 mai 2013 20 h 12

      M. Blanchard,

      non, je vote PQ depuis toujours. Je critique parce que c'est le pouvoir, tout simpement, et que le pouvoir n'aime pas les manifestations de masse qui le contestent et a, de ce fait, besoin de la police. J'avais espéré que ce serait différent avec le PQ, mais j'ai peur qu'il n'en soit rien.

      J'ai dit «On parie?» Placez un signet sur cette page, et reparlons-nous en décembre. Tout au plus, jettera-t-on un blâme sur les libéraux (à juste titre) mais la police sera blanchie. Je répète: «On parie?»

    • Louka Paradis - Inscrit 8 mai 2013 20 h 42

      Encore des procès d'intention... L'annonce est à peine formulée que les critiques pleuvent à toute volée : ça en devient ridicule. Par ailleurs, le règlement P-6 est un règlement municipal ; si Mme Marois le critiquait, l'opposition l'accuserait immédiatement d'ingérence. On n'a qu'à se rappeler le chiard qu'on a fait avec le mot «prudence»... Toutes ces critiques incessantes à chaque geste, chaque décision, chaque couette un peu de travers du gouvernement commencent à pourrir le climat politique et social du Québec. Un peu de pensée positive SVP : on fera tous une chiâlite aiguë si ça continue...
      Louka Paradis

    • Daniel Bouchard - Inscrit 8 mai 2013 23 h 29

      Quand les authorités nommés à la tête de cette commission, le sont de façon absolument partisane, à quoi peut-on s'attendre?? À une bouffonnerie. La syndicaliste Carbonneau, l'ancien ministre Péquiste Ménard... Franchement! Plus rien à dire, ça n'en vaut pas la peine.

    • Franklin Bernard - Inscrit 9 mai 2013 09 h 19

      Mme Paradis, oui, le règlement P-6 est un règlement municipal, mais les municipalités ne sont pas au-dessus des lois provinciales, et certainement pas au-dessus de la Charte des Droits et Libertés. Or il est avéré que ce règlement viole les dispositions de cette Charte sur le droit de manifester publiquement. Je crois même savoir que les tribunaux sont déjà saisis de cette violation. Le gouvernement Marois aurait dû le dénoncer eux-mêmes, au lieu de mettre ainsi la poussière sous le tapis, en donnant ainsi l'impression qu'ils ne soutiennent pas la Charte des Droits et Libertés.