Redevances minières - Québec a cédé sous la pression du lobby, dénoncent les environnementalistes

Le Québec opte notamment pour un impôt progressif pour les minières qui dégagent des profits, comme cela se fait ailleurs au Canada.
Photo: Agence France-Presse (photo) David Boily Le Québec opte notamment pour un impôt progressif pour les minières qui dégagent des profits, comme cela se fait ailleurs au Canada.

Québec — Le gouvernement a cédé sous la pression du lobby des minières, dénoncent les groupes environnementalistes, qui sont amèrement déçus par ce nouveau recul du gouvernement Marois. « Finalement, on pourrait dire que c’est beaucoup de bruit pour rien », résume en soupirant le directeur de Nature Québec et porte-parole de Québec Meilleure mine, Christian Simard.

« Nous avons participé de bonne foi au forum sur les redevances minières, nous avons échangé, mais nous constatons que la position que les minières ont exprimée à huis clos est à peu près ce que l’on retrouve dans le nouveau régime. L’Association minière n’est déçue que pour la forme, car elle semble avoir réellement fait reculer le gouvernement. »


L’environnementaliste se dit « grandement insatisfait », estimant que des revenus supplémentaires de 50 millions pour 2015 sont « largement insuffisants » et constituent un « point de déséquilibre ».


« Le résultat n’est pas à la hauteur des attentes, pas à la hauteur des engagements, c’est quatre fois moins que ce qu’avait promis le Parti québécois en campagne électorale », dénonce-t-il en conférence de presse.


Les groupes écologistes n’en sont pas à leurs premières déceptions et ont entendu leur lot de promesses électorales. Mais celle-ci était vraiment « centrale » dans la campagne du Parti québécois « qui s’est fait élire sur cette promesse majeure », dénonce Nicolas Mainville, de Greenpeace. « C’est loin d’être suffisant pour ramener la confiance des Québécois dans la façon dont sont exploitées nos ressources naturelles ».

 

Rien pour les régions


Pour Henri Jacob, président de l’Action boréale de l’Abitibi-Témiscamingue, le nouveau régime de redevances est d’autant plus décevant que tout l’argent qui sera dégagé par cette augmentation de l’impôt minier servira au remboursement de la dette québécoise.


« Nous avions demandé qu’une partie de cet argent aille dans un fonds spécial pour aider les régions dans l’après-boom minier, déplore, au bout du fil, cet écologiste de la première heure. On ne nous donne rien pour nous relever, alors on va se retrouver avec des villes qui vont perdre la moitié de leur population quand la mine va fermer, ça va être la déchéance, comme on l’a déjà vécu, parce que, nous, on vit de booms miniers en récessions virulentes quand ça ferme. »


Pour Henri Jacob, le nouveau régime, c’est à peine mieux que rien. « Je ne vois pas une grande différence avec ce que proposait l’ancien gouvernement libéral. À première vue, on change quatre trente sous pour une piastre. »


Incitatifs à la transformation


Les groupes écologistes reconnaissent tout de même des « efforts timides » pour inciter les compagnies minières à faire de la deuxième et troisième transformation. Ils se disent également rassurés de voir un peu plus de transparence dans la divulgation des informations sur le tonnage et sur les redevances qui seront payées par chaque minière.


Mais ils s’inquiètent du signal que ce premier recul envoie pour la suite des choses. Mardi, le gouvernement dévoilera, à Chibougamau, son plan de développement pour le Nord québécois. Un nouveau projet de loi sur les mines devrait également être déposé sous peu par la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet.


« On s’attend à une réforme majeure de la Loi sur les mines, mais si on a commencé à abdiquer de cette façon-là, jusqu’où irons-nous ?, demande Christian Simard. Le message que la Coalition Meilleure mine envoie au gouvernement, c’est de redresser l’échine et de défendre en toute priorité le bien commun, l’intérêt des Québécois et non seulement celui de l’industrie minière. »

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