Le congrès de Québec solidaire - Non aux compromis et aux ententes électorales

Le député Amir Khadir, le nouveau président et porte-parole de Québec solidaire, Andrés Fontecilla, et la porte-parole parlementaire, Françoise David.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le député Amir Khadir, le nouveau président et porte-parole de Québec solidaire, Andrés Fontecilla, et la porte-parole parlementaire, Françoise David.

Débordant de confiance avec un effectif qui a doublé dans la dernière année et des intentions de vote qui augmentent sans cesse d’un sondage à l’autre, Québec solidaire ferme la porte à toute entente électorale avec les autres partis souverainistes. Alors que certains s’inquiètent d’un « recentrage » du programme qui pourrait accompagner le virage crédibilité annoncé par Françoise David, cette dernière rêve à une grande vague à la Jack Layton qui les portera en grand nombre à l’Assemblée nationale.

Françoise David affichait une confiance inébranlable à l’issue du congrès de Québec solidaire, dimanche, affirmant notamment que « tous les espoirs sont permis » pour les prochaines élections.


« C’est étonnant le nombre de gens avec qui on parle, Amir et moi, chez lesquels on sent une sympathie, confie Françoise David en entrevue au Devoir. L’espèce de virage qui reste à faire dans la tête des gens, c’est qu’ils se disent : ben oui, on pourrait, comme ils ont fait à l’époque de Jack Layton. Je ne suis pas en train de prédire une vague, mais il arrive des moments, dans l’histoire des peuples, où les gens se disent : pourquoi pas. »


Dans cet enthousiasme, Québec solidaire a fermé la porte à toute entente électorale avec le Parti québécois et Option nationale. Après des débats houleux, qui se sont déroulés à huis clos, les quelque 600 militants rassemblés en congrès ont voté une résolution ferme qui témoignait de leur refus à faire des compromis.


Le refus d’Option nationale de faire de la lutte contre la pauvreté une priorité nationale et l’appel de Jean-Martin Aussant aux souverainistes de droite rendent « plus compliqué de penser qu’on peut développer des valeurs communes », a précisé Françoise David en point de presse à l’issue du vote dimanche midi.


« En ce qui a trait au PQ, il nous a fourni lui-même toutes les raisons du monde de ne pas vouloir avoir d’entente électorale avec lui. »


Pourtant, vendredi dernier, dans son discours d’ouverture, Françoise David disait vouloir « garder la porte entrouverte ». Juste au cas. Deux jours plus tard, elle a dû se rallier à la décision de ses membres.


« Je suis une authentique démocrate. Quand les membres décident que ça va être telle chose, je n’ai aucun problème à me rallier à leur position. D’autant que je comprends tellement qu’on n’en veuille pas. »

 

La tentation de « recentrer le discours »


Dans les couloirs de l’UQAM, certains militants affirmaient que Françoise David avait été trop loin dans ce fameux discours d’ouverture, qu’elle n’était plus en communion avec sa base. Il est vrai qu’on pouvait sentir un certain malaise dans la salle vendredi, notamment lorsqu’elle parlait de l’importance d’acquérir de la crédibilité avec un discours axé davantage sur l’économie. Québec solidaire veut devenir une véritable solution de rechange et aspire même au pouvoir, mais à quel prix ?


C’est une question que se pose notamment le nouveau président et porte-parole de Québec solidaire, Andrés Fontecilla. Dans son discours de présentation, vendredi soir, celui qui s’est présenté comme « le plus progressiste » des quatre candidats, avait bien senti le danger et mettait en garde ses collègues contre la tentation de faire des « raccourcis pour obtenir davantage de sièges à l’Assemblée nationale ».


En entrevue au Devoir, à la suite de sa victoire de dimanche, le militant chilien de 46 ans a précisé sa pensée, faisant un lien avec le NPD qui a enlevé le mot « socialiste » de son programme lors de son dernier congrès.


« Lorsqu’un parti passe de la rue aux urnes, il y a un danger de se concentrer uniquement sur l’aspect électoral de la chose. Et lorsqu’on axe l’action d’un parti politique uniquement sur les campagnes électorales en vue d’aller chercher davantage d’électeurs, la tentation est forte de recentrer le discours et de le dépouiller de certains aspects qui paraissent trop radicaux. »


Pour cet organisateur social, pas question de « diluer le programme » de QS pour aller chercher davantage d’appuis électoraux, comme le craignent certains militants depuis que Françoise David a affirmé qu’elle voulait sortir le parti de son image de « pelleteux de nuages ».


Questionnée sur cette tentation de recentrer un peu le parti pour élargir l’électorat, la députée de Gouin reste prudente. « Ça dépend ce qu’on entend par aller vers le centre, répond-elle en pesant bien ses mots. Idéologiquement, non. Je vais défendre dans six mois les mêmes idées qu’il y a deux ans. Ce n’est pas ça la question. La question, c’est d’aller davantage sur le terrain de l’économie où là, les gens qui nous trouvent sympathiques au plan de la justice sociale se demandent si nous sommes capables de travailler à développer le Québec au plan de l’économie et de créer des emplois. »


Plan vert


Pour tenter d’asseoir sa crédibilité économique, Québec solidaire a présenté samedi son Plan vert, un vaste chantier économique de dix milliards de dollars basé sur l’électrification des transports qui permettra la création de 166 000 emplois.


La formation de gauche compte investir un milliard de dollars par année sur cinq ans dans le transport en commun, mettre sur pied un vaste chantier d’efficacité énergétique et redonner un « rôle central » à la Caisse de dépôt et placement du Québec afin de stimuler les coopératives et entreprises collectives.


Québec solidaire entend récupérer l’argent nécessaire en mettant « fin à la culture des subventions massives aux grandes entreprises privées », en luttant de façon plus efficace contre l’évasion fiscale et en augmentant les redevances minières. Amir Khadir parle même d’une « réappropriation de nos ressources naturelles », avec une participation majoritaire de l’État dans certaines entreprises minières, voire même une nationalisation de certains métaux.

67 commentaires
  • Louka Paradis - Inscrit 6 mai 2013 02 h 26

    La fermeture

    Pas de pacte pour ce parti sectaire : c'est écrit depuis longtemps sur l'ardoise de QS. Ces gens disent qu'ils veulent faire de la politique autrement et ils ne cessent de dénigrer le PQ, sont verts de dépit depuis le 4 septembre et n'hésitent pas à faire de la désinformation. De plus, ils sont complètement fermés : «Les quelque 600 militants rassemblés en congrès ont voté une résolution ferme qui témoignait de leur refus à faire des compromis.» Exactement comme l'ASSÉ... ce n'est guère prometteur, mais plutôt prometteur de guéguerres, quand on sait que gouverner, c'est l'art du compromis. Vraiment pas très inspirant de la part de ceux qui se disent progressistes... Ils feront encore élire des libéraux, entravant ainsi la marche du Québec vers sa pleine autonomie. Je n'ai jamais entendu Mme Marois dénigrer F.David : l'inverse est loin d'être le cas ; la co-chef solidaire est souvent hargneuse envers la Première Ministre. Que voulez-vous ? Quand on croit détenir la Vérité absolue...
    Louka Paradis, Gatineau

    • Guy Drouin - Abonné 6 mai 2013 08 h 34

      Je suis tout à fait d'accord avec ce propos et plus encore ... QS est un cul-de-sac, tout comme l'est le pseudo mouvement anarchiste, une gangrène!

    • Alain Lavoie - Inscrit 6 mai 2013 09 h 40

      Bien noté M. Paradis. Ce parti divise la gauche et fractionne l'électorat. Cela ne peut que réjouir les libéraux. C'est main dans la main qu'il faut travailler, et non en se lançant des anathèmes.

    • Pierre Denis - Inscrit 6 mai 2013 09 h 59

      Bien d'accord moi aussi. On appelle ça se peinturer dans le coin. Et c'est rare que ça finit bien ce genre de stratégie. Meilleure chance la prochaine fois.

    • Marc Donati - Abonné 6 mai 2013 10 h 16

      @Louka Paradis

      La vérité, c'est que seul Québec Solidaire a tenté (en vain), au courant des dernières années, de conclure des pactes électoraux. La seule forme d'ouverture que le PQ a manifesté a été de s'indigner du fait que Françoise David se présentait dans Gouin, comté qu'elle habite depuis 40 ans. Qu'offrait le PQ en retour? Rien.

      Le PQ a toujours infantilisé et paterné QS et ON, se contentant de voir ces deux nouveaux partis comme des ''groupuscules'' de brebis égarées que le bon berger péquiste doit s'empresser de remettre sur le chemin de la lumière.

      C'est plutôt le PQ qui se montre sectaire et intransigeant, en voulant conserver le monopole de la souveraineté dont il ne fait même plus la promotion. Oui, les libéraux seront sans doute réélus, car, de toute façon, des libéraux et des péquistes, il n'y a désormais plus que la couleur du logo qui change.

    • Andrée Bessette - Inscrite 6 mai 2013 10 h 30

      Vous saviez que QS était sectaire? Bravo! Toutes ses politiques vous le prouverons. En psychologie certain qualifie cela "la divination"; partir d'une idée préconsue et trouver les faits qui le "prouvent".
      Un parti qui est contre les frais de scolarité devrait s'allier avec un parti qui trouve juste et justifié d'augmenter les frais de 3% par ans?
      Un parti qui fait de sa cause celle des démunies devrait s'associé à un parti qui lance un appel à la droite indépendantiste?

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 6 mai 2013 10 h 49

      Bonjour M. Lavoie,

      Vous dites que ce parti divise la gauche. Pouvez-vous me nommer les autres partis de gauche?

    • Albert Picard - Inscrit 6 mai 2013 11 h 46

      Ah oui? Le QS ne sert qu'à diviser l'électorat? C'est une péquiste qui le dit. Les membres du PQ savent de quoi ils parlent. Ils n'arrêtent jamais de lutter dans des guerres internes.

  • Serge Grenier - Inscrit 6 mai 2013 06 h 12

    Québec solidaire + économie solidaire = monde meilleur

    Small is beautiful. Think globally, act locally.

    Oui ça prend des grands projets mobilisateurs, mais l'essentiel de la nouvelle économie solidaire se passe à petite échelle, sur le terrain, à la fine pointe du développement dans tous les domaines pertinents.

    Les grandes compagnies qui doivent payer des actionnaires avides, une haute direction avec parachute doré et salaires à l'avenant, une hiérarchie lourde et peu efficace, ne pourront pas concurrencer les petites compagnie qui offrent un meilleur service pour bien moins cher.

    C'est pour cela que Québec solidaire a une chance de grandir, en autant qu'il continue à demeurer le porte parole privilégié de cette nouvelle économie.

    • Yves Claudé - Inscrit 6 mai 2013 12 h 42

      Québec Solitaire + Québec Sectaire = «Meilleur des mondes» (Aldous Huxley)

      Pour les citoyens qui connaissent véritablement de l’intérieur le monde de QS, sa culture politique et ses racines mao-staliniennes, l’équation est fort différente de celle idyllique que nous présente Monsieur Grenier !

      Le sectarisme et l’aveuglement des dirigeants de QS est non seulement désolant, mais fort étonnant : la “grenouille” qui se voit, à travers une fantasmatique “vague orange”, devenir plus “grosse que le bœuf” en devenant soi-disant l’opposition officielle, ne semble pas réaliser que c’est bien à la réélection du PLQ qu’elle s’emploie, et ce au détriment des intérêts de la vaste majorité des citoyens.

      QS est solidaire de son sectarisme, le reste n’est que vaine agitation !

      Yves Claudé (@yclaude)

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 8 mai 2013 00 h 46

      Monsieur Claudé, vos propos me déçoivent amèrement.

      Ne savez-vous pas que QS a justement plusieurs racines ? Des racines dans le communautaire, dans le monde syndical, dans le féminisme (même celui modéré de la FFQ), dans l'écologie sociale (Laure Waridel, une mao-stalinienne ?), etc.

      Oui, il y a des groupes politiques communistes dans QS. Ils sont d'obéidence trotskystes (ennemis jurés des mao-staliniens) principalement, et pour l'indépendance du Québec.

      Vous réfuterez que F. David a déjà été mao dans les années 1970. Pierre-Karl Péladeau aussi; cela fait-il de Quebecor un empire mao-stalinien ?

  • Jacques Morissette - Abonné 6 mai 2013 06 h 30

    QS, dans notre société en transition, pourquoi pas...

    QS veut se distancer d'un milieu dans le monde des affaires, pourquoi pas. Un peu comme ce certain milieu du monde des affaires veut se distancer de tout ce qui n'est pas profit. Ne dites pas que c'est normal, je vais vous dire que vous avez raison. QS est au monde social ce que ce certain monde des affaires est au marché tout court.

    La vision de QS est plus large et plus profonde que celle d'un certain monde des affaires. La société est en mode transition et ce certain mode des affaires n'en voit que du feu. Quant au nouveau président et porte-parole de QS, Andrés Fontecilla, il semble avoir une certaine rigueur que les pièges dans la démarche de la conquête du pouvoir pourrait leur tendre.

  • Gilbert Paquette - Inscrit 6 mai 2013 06 h 49

    clairobin

    une photo qui montre Françoise David en arrière plan et un article qui la met en opposition avec le nouveau parole ne présagent rien de bon pour la suite des choses....
    Et puis, l'indépendance dans tout cela? parlant de priorités...

    • Annie Pouliot - Inscrite 6 mai 2013 10 h 29

      @ M. Paquette :

      vous ne trouvez pas que ce commentaire est présomptueux ? Soyez rassuré, il n'y a aucun message subliminal dans cette photo ...

      Et en ce qui concerne la foi indépendantiste des membres de Québec solidaire, elle est plus vivante que jamais. Ses membres sont déterminés à la réaliser. Avec un peu de bonne volonté et une sincère ouverture comme le démontre QS depuis sa fondation, leurs alliés souverainistes finiront bien pas désserer les dents.

  • Gilles Delisle - Abonné 6 mai 2013 07 h 00

    Enfin, on est fixé avec les Solidaires!

    On les croyait souverainistes, on les croyait capables de convergence politique avec les autres forces vives du pays à faire, eh bien non, ce sont de véritables fumistes, plus intéressés par le pouvoir et par l'opportunisme politique pur et dur! Si j'avais des hésitations pour la prochaine élection, je n'en ai plus! A jeter aux orties avec les libéraux et les caquistes!

    • Andrée Bessette - Inscrite 6 mai 2013 10 h 37

      Le PQ dans tout ça?
      N'ont-ils pas refusé d'alliance, "de convergence politique avec les autres forces vives du pays"? Dans mon compté, aux dernières élections "les forces vives" furent un candidat de l'extérieur parachuté avec 4 militants jeunes de la région et pourtant mon compté à déjà été très fort pour le PQ. Quelles conclusions en tirer?

    • Laurent Desbois - Inscrit 6 mai 2013 12 h 22

      La position de QS sur l’indépendance et la langue :
      « Je ne suis ni pour, ni contre, bien au contraire. »
      de Coluche, Extrait du sketch Votez nul !

      QS vient donc officiellement confirmer qu"il est doctrinaire, sectaire et dogmatique… à huis clos.
      La foi en un socialisme pur et dur est une condition essentielle exigée de ses militants.

      Québec solidaire rejette toute entente électorale avec un autre parti politique (ON ou PQ) d'ici les prochaines élections provinciales.
      Réunis en congrès à Montréal cette fin de semaine, les 600 délégués solidaires se sont penchés sur la question… à huis clos.
      Les délégués ont également mis fin à une démarche officielle de rapprochement entre QS et Option nationale. Mais là encore, ce sont les positions sociales du parti.

    • Jeannelle La Casse - Inscrit 6 mai 2013 13 h 12

      Bien d'accord avec vous !

      Décevant ce parti de paroles , paroles , paroles !!!!

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 6 mai 2013 14 h 05

      Oui, on aurait préféré qu'ils changent leurs idées et leur discours au gré des sondages et des memes au goût du jour.