Québec consacre 15 millions aux soins palliatifs

La première ministre, Pauline Marois
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La première ministre, Pauline Marois

Le gouvernement québécois investit 15 millions dans les soins palliatifs, un geste inattendu qui survient à quelques semaines d’un projet de loi portant sur les soins de fin de vie.

La première ministre, Pauline Marois, dont le gouvernement veut présenter son projet de loi avant la fin de la session parlementaire, en a fait l’annonce dimanche lors du congrès annuel du Réseau de soins palliatifs du Québec, à Montréal.


Cette somme, accueillie favorablement par au moins un groupe de personnes âgées, consacre 11 millions aux soins palliatifs à domicile - dont le « soutien communautaire et la formation » - et 4 millions à l’ajout de lits et à l’ouverture de maisons de soins.


Les finances publiques vivent des difficultés, mais Québec a voulu envoyer un « message fort », a dit la ministre déléguée aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse, Véronique Hivon.


L’an dernier, la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité - à laquelle ont contribué des élus de toutes allégeances - a conclu qu’il faut impérativement développer les soins palliatifs à domicile, « conformément aux souhaits de la majorité des patients qui désirent mourir dans la sécurité de leur foyer ». Les travaux de la Commission se sont soldés par une motion unanime de tous les partis.


Le projet de loi portera aussi sur « l’aide médicale à mourir », Mme Marois insistant sur le fait qu’une telle réponse demeurerait « absolument exceptionnelle », car « pour la très grande majorité des cas, les soins palliatifs demeurent la réponse par excellence pour les gens en fin de vie ».


Mme Marois a déclaré que c’est la première fois qu’un gouvernement effectue un investissement global « dédié spécifiquement » aux soins à domicile.


Insuffisant, dit l’AQRP


L’Association québécoise des retraité(e) s des secteurs public et parapublic (AQRP) a bien accueilli l’annonce, mais elle estime que la somme de 4 millions pour les nouveaux lits est « insuffisante ». « Cela représente environ le tiers du financement requis pour créer les 200 nouveaux lits que nous avons réclamés durant la dernière campagne électorale », a affirmé dans un communiqué la présidente de l’AQRP, Lyne Parent.


Selon Mme Parent, l’AQRP surveillera de près l’évolution du dossier, puisque l’argent est destiné à une fin spécifique. « Nous devrons rester vigilants afin que ces fonds parviennent bel et bien aux clientèles concernées », a-t-elle dit.


Les travaux de la Commission sur la question de mourir en dignité ont duré deux ans. Ses membres ont entendu 32 experts, écouté 239 personnes ou organismes lors d’audiences dans plusieurs villes et reçu près de 275 mémoires.


Ses membres ont par exemple été « surpris » d’apprendre qu’une personne recevant des soins palliatifs à la maison doit payer pour ce qui est normalement couvert en contexte hospitalier (médicaments, équipement, etc.). Ils se sont aussi dits étonnés de constater que la sédation palliative n’est pas officiellement encadrée.

4 commentaires
  • Louka Paradis - Inscrit 6 mai 2013 02 h 50

    Bravo Mme Marois !

    Bravo pour cette mesure progressive qui démontre que ce gouvernement sait faire preuve de compassion et de vision. Espérons que cette initiative sera saluée par tous, surtout par ceux qui se disent progressistes, et cela, sans faire de chichis... Il faut être juste et reconnaître la situation précaire des finances du Québec : une décote n'aiderait personne. Dans ce contexte, c'est un geste courageux qui répond à un besoin pressant. Les soins palliatifs : une voie respectueuse de la personne en fin de vie, une alternative à la dangereuse promotion de l'euthanasie active (bien différente de l'euthanasie passive = arrêt de traitement mais soulagement de la souffrance sans précipiter la mort, par exemple avec une injection létale).
    Louka Paradis, Gatineau

  • Yvon Bureau - Abonné 6 mai 2013 08 h 32

    De quoi nous réjouir

    Ce geste inattendu est remarqué et remarquable en ce temps difficile des finances publiques. Développer les soins palliatifs est une grande nécessité; reconnue.

    Parler de développer les soins appropriés et personnalisés de fin de vie me parait fort mieux, car centré davantage sur la personne-soignée avec ses valeurs-croyances-libertés que sur les soins et les soignants.

    «... pour la très grande majorité des cas, les soins palliatifs demeurent la réponse par excellence pour les gens en fin de vie ». Soit. Je me réjouis de constater que le gouvernement garde le cap sur la complémentarité entre les soins palliatifs et l'aide médicale à mourir. Comme en Belgique.

    Le Réseau des soins palliatifs du Québec tient son 23e congrès en ce début de semaine, à Montréal. La société se transforme. Les soins se transforment. Les valeurs se transforment et évoluent. « … nous avons tenté, à titre de représentants élus de la population, de soupeser la valeur des arguments en regard de l'évolution des valeurs sociales, de la médecine et du droit ainsi que notre conception du bien commun» (Rapport p. 53).

    Les Soins palliatifs doivent aussi se transformer et sa philosophie se redéfinir. Membre, je suis tout cela de loin, avec cœur et avec espoir d'ouverture appropriée dans ce Réseau. Accompagner les personnes en fin de vie demande tellement d'ouverture et de centration sur leurs seuls intérêts.

    Dans l’objectif de meilleurs soins et services aux personnes en fin de vie et à leurs proches, le travail audacieux et respectueux de notre gouvernement me réjouit.

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 6 mai 2013 14 h 24

    Des patients souffrent...

    Les fonds nécessaire pour établir des soins palliatifs pour l'ensemble de la population québécoise devraient être débloqués dès maintenant, et non pas être étalés sur une période de trois ans. Ces fonds sont minimes et permettraient aux patients de profiter d'une équipe spécialisée pour soulager la douleur physique et psychologique.

    Pourquoi attendre trois ans???

  • Yvon Bureau - Abonné 7 mai 2013 07 h 17

    Une politque à mettre à jour

    En 2004, le MSSS s'est donné la Politique en soins palliatifs de fin de vie.

    Dix années plus tard, en 2014, après une remarquée et remarquable commission des plus réussies, et après un audacieux, respectueux et sage Rapport unanime, le temps me parait fort opportun pour une mise à jour majeure de cette Politique, davantage à centrer sur le soigné que sur le soignant.

    Elle devrait se nommer : Politique sur la personne en fin de vie; soins et approches appropriés.