Marois met le feu aux poudres

Pauline Marois a mis le feu aux poudres en affirmant que «la commission doit faire son travail et le faire avec prudence.»
Photo: - Archives Le Devoir Pauline Marois a mis le feu aux poudres en affirmant que «la commission doit faire son travail et le faire avec prudence.»

La première ministre Pauline Marois fait de l’ingérence, de l’intimidation, voire du «bullying politique» en appelant la commission Charbonneau à la prudence, ont dénoncé les partis d’opposition jeudi.

La journée a bien mal débuté pour le gouvernement Marois, qui a multiplié les signes de désorganisation au lendemain des révélations de Gilles Cloutier sur les « magouilles » de Guy Chevrette.


Avant même la période des questions, le ton était donné. Par une simple phrase, en réponse aux journalistes, Pauline Marois a mis le feu aux poudres : « La commission doit faire son travail et le faire avec prudence. »


Quelques minutes plus tôt, le vice-premier ministre, François Gendron, s’était dit « indisposé » par certains aspects de cette commission qui arrose toute la classe politique, affirmant qu’il faudrait « faire attention » dans certains cas.


Même le ministre des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, y est allé de son appel à la prudence, affirmant qu’il était « extrêmement dangereux » de condamner quelqu’un « sur la base d’un seul témoignage ».


En tentant de redorer le blason de son parti, il a néanmoins confirmé que le PQ ne s’attendait pas à se faire éclabousser de la sorte. « On n’avait pas peur de la demander [la commission d’enquête]. Si on avait eu des choses à se reprocher, on ne l’aurait pas demandée comme on l’a fait. »


Les partis d’opposition n’ont pas tardé à réagir, accusant la première ministre de ne pas avoir respecté le principe de séparation des pouvoirs. « C’est quasiment du bullying politique, je suis tombé en bas de ma chaise », s’est indigné le député caquiste Jacques Duchesneau.


François Legault, qui a lui-même goûté à la médecine de Gilles Cloutier plus tôt cette semaine, a demandé des excuses publiques de la première ministre. « Je comprends qu’il y aura et qu’il y a déjà eu des gens honnêtes, intègres qui ont été mentionnés, moi le premier, mais on ne peut, en aucun cas, tolérer que la première ministre du Québec pose des commentaires sur une commission indépendante. »


Gilles Ouimet, porte-parole de l’opposition officielle en matière de justice, parle lui aussi « d’interférence » de la part de la première ministre qui « laisse entendre qu’elle est insatisfaite », alors que c’est elle qui contrôle l’étendue et la durée du mandat de la commission.


Amir Khadir, lui, s’en est remis au jugement populaire. « Les gens ne sont pas dupes, ils vont comprendre qu’à partir du moment où la commission a commencé à parler de quelques personnalités péquistes, là, tout d’un coup, Mme Marois trouve que la commission doit faire preuve de prudence. »


Invitée à préciser son invitation à la prudence, la première ministre a répété qu’elle faisait « confiance à la commission Charbonneau ». Au même moment, le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud, répétait, visiblement mal à l’aise, que la commission Charbonneau était « maître de son ordre du jour, […] des témoins qu’elle appelle [et] de sa façon de procéder ».


Annonces reportées


Le témoignage de Gilles Cloutier a coïncidé avec l’annulation de trois conférences de presse prévues par le gouvernement jeudi.


La ministre de la Famille, Nicole Léger, devait faire une annonce sur les garderies, mais l’ordre du jour a changé dans les minutes qui ont suivi de nouvelles révélations de Gilles Cloutier à la commission Charbonneau. Ce dernier a affirmé avoir organisé un événement de financement pour l’ancienne députée péquiste de Prévost, Lucie Papineau, aujourd’hui directrice du cabinet Nicole Léger.


« Il n’y a pas de lien avec la commission Charbonneau, je me suis trompé, j’ai juste voulu aller trop vite », a expliqué son attaché politique, Bruno-Pierre Cyr. L’attachée de presse de Pauline Marois, Marie Barrette, a pourtant avoué au Devoir que le gouvernement ne voulait pas que le sujet d’attention de la conférence de presse soit détourné sur la question de Lucie Papineau.


En outre, deux attachées du gouvernement ont simultanément pris le blâme pour l’annulation d’une autre conférence de presse conjointe de Marie Malavoy et d’Agnès Maltais sur le programme québécois d’infrastructures en éducation.


Mais la grosse annonce attendue de tous, c’était celle sur les redevances minières. Mélanie Malenfant, l’attachée de presse du ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, a confirmé à certains médias, mercredi, que la conférence devait avoir lieu en fin de journée jeudi. Mais coup de théâtre, elle aura plutôt lieu lundi. « L’annonce a toujours été prévue lundi, c’est moi qui ai voulu devancer les affaires et ce n’est pas le plan qui a été retenu », a-t-elle expliqué au Devoir.


Cette annonce sera faite en deux temps, la première, sur l’impôt minier, par le ministre Marceau à Québec lundi et la deuxième, à Chibougamau mardi, par la première ministre et la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet.

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