Les municipalités doivent agir devant les défis de l’avenir

Florence Sara G. Ferraris Collaboration spéciale
Le réaménagement de la Place Valois, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, contribue depuis 2011 à réhabiliter la « rue principale » du quartier. Voilà un bon exemple d’aménagement et de développement urbain, selon Florence Junca-Adenot.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le réaménagement de la Place Valois, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, contribue depuis 2011 à réhabiliter la « rue principale » du quartier. Voilà un bon exemple d’aménagement et de développement urbain, selon Florence Junca-Adenot.

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités 2013

Rebâtir la ville sur ses fondations. C’est à cette conclusion que les membres du comité d’experts travaillant sur le livre blanc sur l’avenir des municipalités sont arrivés. Ce dernier, rendu public en novembre dernier par l’Union des municipalités du Québec (UMQ), se veut un outil pour les élus afin de faire face aux nouveaux besoins des agglomérations urbaines.


« Les villes évoluent au rythme du monde, c’est-à-dire très vite », lance Florence Junca-Adenot, professeure associée au Département d’études urbaines et touristiques à l’Université du Québec à Montréal et membre du comité d’experts qui a participé à la rédaction du Livre blanc municipal. L’avenir a lieu.


Pour celle qui est également directrice du Forum URBA 2015 - une plateforme de réflexion sur les villes active depuis la fin de l’année 2004 -, les défis qui attendent les municipalités dans les prochaines années sont nombreux. « Le vieillissement de la population, la désuétude des infrastructures, les nouvelles exigences du développement durable et le multiculturalisme sont autant de changements qui frappent les municipalités [du XXIe siècle], explique-t-elle. Elles les subissent, mais elles ne peuvent pas rester les bras croisés. Elles doivent agir ! »


D’où la nécessité de réfléchir sur les façons de le faire et de proposer des solutions concrètes. « Ces modifications sont liées, elles s’influencent et en entraînent d’autres. Elles ont un impact sur chacun des aspects qui définissent la ville. » Elle cite l’exemple du vieillissement de la population. « [Cette transformation démographique] change les besoins en matière de logement, de transport, de système de santé, etc. Cela joue aussi sur les capacités de supporter les coûts de la ville. »


Via le livre blanc, adopté à l’unanimité par les municipalités québécoises, l’UMQ veut également redéfinir les rôles et responsabilités des villes à une époque où elles occupent une place de plus en plus importante. « L’idée du livre blanc, c’était d’avoir une vision renouvelée des rôles conférés aux municipalités par l’État », spécifie Florence Junca-Adenot. Elle ajoute que ces derniers suivent le mouvement et changent tout autant que les structures des villes. « On n’a qu’à penser à l’immigration, qui, initialement, devrait être prise en charge par le fédéral et le provincial. Concrètement, les besoins des nouveaux arrivants se manifestent à l’échelle des villes [au chapitre des services, par exemple]. » Dans cette optique, le pacte financier qui lie les municipalités à l’État doit également être mis à jour. « Il faut rendre les villes autosuffisantes, et ça passe par une certaine autonomie financière. »

 

Montréal, ville idéale?


Quand on se compare, on se console. Ainsi, tant au moment d’élaborer le livre blanc qu’au sein des comités de réflexion que soutient le Forum URBA 2015, les spécialistes ont été amenés à se questionner sur ce qui se fait déjà. Et si la capitale suédoise, Stockholm, est souvent citée en exemple, de nombreuses initiatives bien de chez nous placent la métropole québécoise à l’avant-garde. « On a souvent tendance à critiquer Montréal, admet la professeure. Pourtant, grâce au métro et aux initiatives de quartiers, on ne s’en sort pas trop mal. »


Selon Florence Junca-Adenot, la clé réside dans le fait que la ville est restée compacte, malgré une tendance à l’étalement qui s’observe un peu partout depuis la démocratisation de l’automobile dans les années 1950. « Contrairement à plusieurs villes en Amérique du Nord, Montréal n’a pas tué son centre-ville [au profit] de ses banlieues tentaculaires. »


C’est dans cette optique qu’a été conçu le Plan métropolitain d’aménagement et de développement. Son but est de restructurer les quartiers de la grande région de Montréal autour des transports en commun, à l’image de ce qui fait dans les arrondissements du centre. « Hochelaga-Maisonneuve est un bon exemple de quartier montréalais qui se prend peu à peu en main », note la spécialiste, qui évoque, entre autres, le réaménagement de la place Valois en 2011. Située à l’angle nord-est de la rue Ontario et de l’avenue Valois, cette place publique contribue à réhabiliter tranquillement la « rue principale » du quartier.


En périphérie de l’île, l’un des meilleurs exemples est la ville de Sainte-Thérèse, avance Florence Junca-Adenot. Depuis 2000, le conseil municipal a entrepris de revitaliser le centre-ville de cette banlieue de la couronne nord en mettant fin à la délivrance de permis de construction pour des bungalows. Couplée au rachat des terrains autour de la gare et des entreprises en voie de fermeture, cette initiative fait de la ville, un peu moins de 15 ans plus tard, un modèle. « Lorsqu’un quartier [ou une ville] se redéveloppe et que ça fonctionne, il devient un exemple que l’on peut appliquer ailleurs, s’enthousiasme la professeure en urbanisme. Idéalement, ça peut donner envie à d’autres de faire pareil. »


Les prémisses de Charbonneau


La dernière année a été plutôt sombre pour les municipalités avec les révélations de la commission Charbonneau et les nombreuses démissions au sein des conseils municipaux. Or, selon la spécialiste, les changements qui commencent à s’opérer à la suite de ces événements ne sont pas en porte-à-faux avec les travaux entrepris par son équipe du Forum URBA 2015, qui s’est, entre autres, penchée sur les problèmes de gouvernance dans les villes. Pas plus qu’avec les conclusions du livre blanc.


« Cela s’inscrit dans la même mouvance, précise Florence Junca-Adenot. Ce que fait la commission d’enquête, c’est mettre de l’avant le fait qu’il faut réintroduire maintenant un code d’éthique dans les mécanismes de gestion. Les changements de fond dans la gouvernance sont au coeur des débats sur les villes depuis un moment déjà, et ce, partout dans le monde. La différence, c’est qu’avec la commission, on accélère le processus. »



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