Commission Charbonneau – Cloutier donne les ingrédients de sa recette

Gilles Cloutier appliquait les recettes à succès du défunt président américain John F. Kennedy, en invitant des personnalités de marque pour rendre ses soirées plus attrayantes et plus courues.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gilles Cloutier appliquait les recettes à succès du défunt président américain John F. Kennedy, en invitant des personnalités de marque pour rendre ses soirées plus attrayantes et plus courues.

La firme de génie-conseil Roche avait développé des stratégies élaborées pour atteindre les élus, les dorloter et influencer l'octroi des contrats dans les municipalités. Son cocktail pour le match inaugural des Expos était si couru par les maires que Gilles Cloutier devait gérer une liste d'attente.

M. Cloutier, un ex-vice-président au «développement des affaires» chez Roche et Dessau, détaille les ingrédients de sa recette magique, ce matin à la commission Charbonneau.

M. Cloutier n'est pas ingénieur, et il ne connait rien au génie-conseil. L'ancien ministre libéral Marc-Yvan Côté l'a embauché, en 1995, parce qu'il était un spécialiste des élections clés en main. La firme marchandait l'élection de ses poulains pour de lucratifs contrats dans les municipalités.

L'influence de la firme ne s'arrêtait pas aux élections et au partage des contrats. Roche plaçait régulièrement des directeurs généraux dans les municipalités où elle brassait des affaires.

Dessau, où M. Cloutier a travaillé de 2006 à 2009, en faisait tout autant. Selon Gilles Cloutier, l'ex-vice-président de Dessau, Rosaire Sauriol, a entrepris les démarches pour que la Ville de Montréal embauche Claude Léger au poste de directeur général.

M. Sauriol a participé à l'entrevue de pré embauche de Claude Léger, avec Frank Zampino, un événement dont Gérald Tremblay a banalisé l'importance lors de son témoignage.

Cocktail couru

Gilles Cloutier avait bien des cordes à son arc. Chez Roche, il organisait un cocktail fort couru des élus, chaque année au Stade olympique, entre 1998 et 2004, pour assister au match inaugural des Expos. Le coût pouvait grimper jusqu'à 140 000 $ pour 200 invités de prestige parmi les maires.

Les élus savaient pertinemment qu'ils étaient invités par la firme de génie-conseil. Ils se bousculaient quand même au portillon. «Ça grossissait tout le temps, même les maires réservaient d'avance pour avoir leur place», a dit M. Cloutier.

La commission a présenté une vidéo de 12 minutes du cocktail du 9 avril 2004. On y voit Gérald Tremblay sur la tribune d'honneur. Contrairement à ce que l'ex-maire a affirmé lors de son témoignage, Gilles Cloutier n'était pas «abrasif» à son égard, a-t-il précisé. L'ex-maire disait passer en coup de vent, pour une dizaine de minutes dans ce genre d'événements. Il est resté au moins une heure, selon Gilles Cloutier. La plupart des membres du comité exécutif étaient aussi présents.

Gilles Cloutier appliquait les recettes à succès du défunt président américain John F. Kennedy, en invitant des personnalités de marque pour rendre la soirée plus attrayante et plus courue. En 2004, il avait notamment invité l'ex-hockeyeur Pierre Bouchard, le cardinal Jean-Claude Turcotte et l'humoriste Yvon Deschamps pour se mêler aux maires.

Les élus assistaient au cocktail, entre autres pour avoir la chance de rencontrer des ministres et de faire avancer leurs demandes de subvention. Les ministres libéraux Jacques Dupuis (Institutions démocratiques), Jean-Marc Fournier (Affaires municipales) et le député libéral Tony Tomassi étaient notamment présents.

Pour Roche, c'était l'occasion de remercier ses meilleurs clients et de tisser des liens avec de nouveaux donneurs d'ouvrage potentiels.

La firme avait aussi développé des politiques internes pour attirer et fidéliser ses clients du monde municipal. Au nom du développement des affaires, Roche donnait des cadeaux aux élus et multipliait les attentions pour aller aux devants de leurs besoins.

Des documents internes de Roche affirment noir sur blanc que la stratégie consiste à «influencer le promoteur (client) sur le processus d'appel d'offres, la grille (critères) d'évaluation des soumissions, les membres du comité de sélection, les firmes invitées à soumissionner, etc.»

Détails à venir
28 commentaires
  • Martin Maynard - Inscrit 1 mai 2013 11 h 57

    Sapré Gérald ...

    Il nous a bien eu.

    Et que dire de Fournier, Dupuis, Tomassi, Courchesne ... toute la gamme de ministres de celui dont je ne peux plus dire le nom ...

    Mais ne nous offusquons pas, les gentils québecois vont encore voter libéral ... ce ne sont que de vieilles chicanes et on ne retrouvera pas cet argent de toute façon.

    Je me souviens ... de quoi au juste?

    • Albert Descôteaux - Inscrit 1 mai 2013 12 h 13

      "il organisait un cocktail fort couru des élus, chaque année au Stade olympique, entre 1998 et 2004, pour assister au match inaugural des Expos."

      Jusqu'en 2003, le PQ était au pouvoir...

    • Louka Paradis - Inscrit 1 mai 2013 13 h 59

      M. Descôteaux, il ne sert à rien de tenter une diversion. Ceux que Cloutier a nommés sont principalement des maires et des ministres libéraux. Les insinuations malveillantes envers le PQ ne sont pas factuelles.
      Louka Paradis, Gatineau

    • Daniel Bouchard - Inscrit 1 mai 2013 23 h 54

      et que fais-tu de Chevrette??? Le PQ n'a rien n'à envier aux autres en terme de corruption et collusion

    • Martin Maynard - Inscrit 3 mai 2013 21 h 53

      M. Descoteaux, le fait que le PQ était au pouvoir n'empêchait pas le PLQ de se préparer et de magasiner quelques sièges. Les compagnies le sentent.

      Je parierais qu'actuellement ça grouille autour de JustinT. Reste à voir s'il succombera. Les finances du PLC ne sont pas très bonne semble-t-il?

    • Martin Maynard - Inscrit 3 mai 2013 22 h 04

      M. Bouchard
      Au moment d'écrire le commentaire, je n'avais pas l'info de Chevrette. Il ne mérite pas mieux que les autres.
      Ne vous mépriser pas, je ne suis pas pour le PQ, ni CAQ, ni QS... Je dénonce un système politique qui concentre trop de pouvoir dans les mains d'une seule personne. Un système dépassé qui donne une majorité avec 30% des votes.

      Et si nous sortions du Canada, nous aurions déjà une couche de m... de moins.

  • Stanislas Vézina - Inscrit 1 mai 2013 12 h 24

    Que penser de nos pliticiens

    J'ai toujours pensé qu'il y avait de la magouille, mais jamais à ce point. La morale : nos politiciens ont une solide pente à remonter pour regagner leur crédibilité s'il en ont le courage.

    • Louka Paradis - Inscrit 1 mai 2013 14 h 01

      Il ne faut pas mettre tous les politiciens dans le même sac. Les nuances sont l'indice d'un jugement éclairé.
      Louka Paradis, Gatineau

    • Serge Marchand - Inscrit 1 mai 2013 15 h 23

      Ils vont tout simplement acheter des votes au dépend de l'ensemble des Québécois comme pour l'énergie superflus et dispendieux qu'est l'énergie éolienne.

      Pour vous endettez, votez PQ, PLQ, ou CAQ.

      Les plus nantis vous en remercient.

  • Bernard Gervais - Inscrit 1 mai 2013 12 h 38

    M. Maynard a raison

    M. Martin Maynard a raison.

    Plus ce Gilles Cloutier parle, plus on réalise combien l'ex-maire Tremblay aura avec ses discours de victime réussi à berner ses concitoyens.

    Mais il s'en trouvera malgré tout toujours beaucoup pour lui pardonner étant donné qu'il est d'allégeance libérale comme ces anciens ministres Courchesne, Tomassi dont parle aussi ici M. Cloutier.

    On ne le répétera jamais assez : au Québéc, on pardonne toujours beaucoup trop facilement aux libéraux qu'aux autres formations politiques !

    • Guillaume Pelletier - Inscrit 1 mai 2013 12 h 48

      Et on courra voter pour Denis Coderre à la mairie de Montréal !

    • Jean-Pierre Bouchard - Inscrit 1 mai 2013 17 h 41

      Les libéraux sont principalement en cause dans ces magouilles ce qui est très grave à dire c'est que le vote un homme, un vote cela signifie quoi?

    • Emmanuel Rousseau - Inscrit 2 mai 2013 00 h 17

      En tout cas, les libéraux, ils le savaient puisqu'ils ont tout fait pour que l'enquête n'ait pas lieu pendant qu'ils étaient au pouvoir!

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 1 mai 2013 13 h 18

    Une tradition toute Libérale

    Les troupes de John James se sentaient très confortable avec un milieu ambiant de sangsues qui financaient les élections au niveau des municipalités et provinciale. Puis il y a eu des Taschereau et Godbout. De plus la bande à Chrétien et St-Laurent ont tous abusés de la bonne foi des électeurs. La victoire à tout prix faisait leur affaire. Même le maire Tremblay ne pouvait s' en passer. Bien des élus ont vécu de magouilles. Combien se sont retrouvés en taule? Aucun à ce jour. Sans conséquence criminelle ils ont tous beau jeux.

    • André Desgagnes - Inscrit 1 mai 2013 18 h 58

      Combien se sont retrouvés en taule?
      Ben suite au scandale des commendites ,2 séparatistes,et 2 conservateurs ont fait chacun 48 mois de prison.

  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné 1 mai 2013 13 h 26

    Tremblay et Zampino ont donc "menti sous serment"

    Il est clair, sous l'éclairage des aveux du grand maître-corrupteur Gilles Cloutier, que tant le maire Tremblay que son bras droit Zampino ont "menti sous serment" devamt la Commission Charbonneau, ce qui signifie 1) qu'ils se sont "parjurés" et 2) que, si la justice est faite un jour, ils devraient tous deux, ne fût-ce que pour des fins d'exemplarité démocratique, aller croupir en prison !!!

    • Michel Coron - Inscrit 1 mai 2013 15 h 45

      Encore faut-il qu'il y ait de la place !